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    Critique danse

    «Grand finale» — Danser à la face de la mort

    3 novembre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Cette danse éclectique et métissée est pétrie de techniques issues du contemporain et des danses folkloriques.
    Photo: Rahi Rezvani Cette danse éclectique et métissée est pétrie de techniques issues du contemporain et des danses folkloriques.

    La vitalité flirte avec la morbidité dans Grand Finale, oeuvre chargée en émotion, touchante et euphorisante. Le chorégraphe israélien, au sommet de son art, démontre à nouveau tout le pouvoir d’évocation de ses compositions abstraites et expressionnistes fondées sur une très grande maîtrise du rythme et des ruptures de ton. Par-delà la danse, on assiste à un véritablement voyage musical alors qu’entrent en harmonie les cordes des six généreux musiciens présents et de longues pistes percussives et électroniques composées par le chorégraphe lui-même.

     

    Un brouillard survole le plateau tamisé alors qu’apparaît une première figure pyramidale d’où se détachent la silhouette d’un musicien et son violon. Des parois noires et mouvantes viendront sculpter l’espace au long de la pièce permettant une variation des tableaux. Dans cette scénographie dépouillée, simple et inventive, les dix danseurs se lancent dans des phrasés complexes, entremêlés et composés de différentes couches et strates.

     

    Cette danse éclectique et métissée est pétrie de techniques issues du contemporain et des danses folkloriques avec ces sauts d’une jambe à l’autre, ces balancements, ces bras ouverts vers le ciel et ces rondes. Les danseurs génèrent une forme de chaos organisé alors qu’ils oscillent entre une liberté d’improvisation et des configurations synchroniques puissantes.

     

    Dans ce riche et dense tissu chorégraphique, sorte de cadavre exquis rythmique et énergétique, Hofesh Shechter pose une diversité d’atmosphères, les creuse et étire les images. Prenant appui sur de longues pistes musicales modulant les tonalités, on se trouve happé et embarqué jusqu’à l’émotion par les mouvements synchrones. On passe avec habileté des scènes de révolution et de guerre aux climats extatiques des clubs underground, lieu d’une jeunesse en quête d’absolu, tandis que les interprètes empruntent leurs danses prosaïques aux raves.

     

    L’ironie macabre

     

    Même si Grand Finale penche vers la noirceur et le macabre, une touche de légèreté s’installe grâce à l’ironie et à l’humour noir de Shechter, qui interdit au mélodramatique de prendre le dessus. L’imagerie qu’on retiendra est celle d’un champ de bataille, où les individus cèdent à un état d’urgence et où certains, comme morts, se font traîner à terre à travers la scène, dessinant là des motifs esthétiques. On retiendra les duos vivant-mort, où des corps inertes sont manipulés au sol, brinquebalés de gauche à droite et en portées avec une grande souplesse. On rit face à cette douce ironie culminant avant l’entracte jusqu’au ballet de macchabées, savoureux pastiche des pas de deux classiques.

     

    Le deuxième acte se fait d’abord plus coloré et festif, avec ses élans carnavalesques sur des rythmes d’Europe de l’Est. L’ambiance est à l’ivresse et à la célébration du côté des danseurs qui encerclent les musiciens.

     

    Il y a quelque chose de typiquement eschatologique dans ce passage du carnavalesque à cette série d’instantanés venant clore la pièce. Dans l’espace restreint, entre deux parois de mur, dans des flashs lumineux s’étirant sur une minute, les individus dansent, célèbrent l’amour, se tiennent ensemble dans l’attente et expient à genou. Ici sont évoquées la fin des jours et l’aube d’un nouvel ordre du monde. Le son lyrique, prégnant et suave des cordes entonnant un hymne pacificateur — qui se répète comme un refrain durant la pièce — ramène un équilibre et touche droit au coeur.

     

    Grandiose est ce Grand Finale que nous offre Hofesh Schecter. L’oeuvre à la fois spectaculaire et profonde s’avère un grand point fort de cette saison chez Danse Danse. À ne pas manquer.

    Grand Finale
    Chorégraphie de Hofesh Shechter Interprètes : Chien-Ming Chang, Frédéric Despierre (Rehearsal Assistant), Rachel Fallon, Mickael Frappat, Yeji Kim, Kim Kohlmann, Erion Kruja, Merel Lammers, Attila Ronai, Diogo Sousa. Musiciens : James Adams, Chris Allan, Rebekah Allan, Mehdi Ganjvar, Sabio Janiak, Desmond Neysmith. Présenté par Danse Danse, du 1er au 4 novembre au Théâtre Maisonneuve.












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