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    Critique danse

    «Rose of Jericho» — Une bouture lyrique

    11 octobre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Une scène de «Rose of Jericho», chorégraphiée par l'Américain Andrew Skeels.
    Photo: Damian Siqueiros Une scène de «Rose of Jericho», chorégraphiée par l'Américain Andrew Skeels.

    L’écriture rigoureuse et raffinée d’Andrew Skeels se frotte au sujet délicat de la résilience des migrants dans Rose of Jericho chez Danse Danse. Bien que tout en délicatesse, cette nouvelle création aux intentions louables souffre de certaines redondances et de longueurs, ainsi que d’un dosage inégal des énergies et des rythmes chorégraphiques. Autopsie d’une pièce qu’on aurait voulu aimer.

     

    Ayant fait ses classes aux Grands Ballets de Montréal, le chorégraphe américain laisse une place de choix à la virtuosité de ses sept danseurs, qui s’illustre d’abord dans des solos féminins où percent la force et l’énergie des figures de breakdance ainsi qu’un vocabulaire contemporain très léché. Outre le caractère spectaculaire qui ravira le public ce mardi, c’est surtout le soin apporté à l’autre qui saura retenir toute notre attention alors qu’une délicatesse et une tendresse se manifestent à travers les accolades et les touchés bienveillants entre les interprètes de ce septuor mixte.

     

    Imposer le silence

     

    À l’entrée du public en salle, on découvre un sol marbré où les danseurs sont déjà présents et en activité, parmi des amas de tissu dans lesquels ils se camouflent grâce à des costumes pâles et couleur chair. Une pile de couvertures où repose un corps inerte lentement se défait, tandis que le centre de la scène se dégage et s’ouvre. En pleine lumière côté salle, dans le brouhaha des discussions et chuchotements des spectateurs, on se demande quand la performance déjà en train de se faire parviendra à retenir toute l’attention et à imposer le silence.

     

    Curieusement, l’immobilité fait taire la salle, avant que celle-ci ne plonge pour de bon dans le noir. La scénographie simple et efficace évoque tantôt une étendue désertique, tantôt un campement jonché de guenilles. On est, dès le départ, happés par la souplesse des déplacements de groupe embarquant un individu sur son passage et engageant ses mouvements, rappelant fortement les chaînes humaines de Crystal Pite. Des spirales collectives jaillissent des formes acrobatiques et des glissades aux trajectoires maîtrisées.

     

    Il est facile de se laisser fasciner par les formes et la parfaite performance des danseurs, mais on peine cependant à décoller de cet écrin lyrique et à embarquer jusqu’au bout dans le propos principal soulevé par Skeels : la représentation de la résilience des migrants.

     

    Soif d’intérêt

     

    Les figures léchées qui s’enchaînent à profusion, portées par les thèmes musicaux aériens signés Sussan Deyhim et Richard Horowit, semblent aboutir à une démonstration de souplesse. Hormis la musicalité des mouvements épousant à la perfection les cordes suaves et les chants orientaux, l’atmosphère de la pièce reste si égale d’un bout à l’autre et ne s’autorise que si peu de fluctuation qu’on finit après le premier quart du spectacle par se désintéresser d’un propos pourtant si actuel et crucial. Tirant ses forces de ses séquences en synchronie et ses sculptures humaines à la Ohad Naharin, l’écriture chorégraphique semble cependant se complaire dans une certaine redondance et finit par donner l’impression de tourner en rond, tandis que des notes d’affliction et de pathos s’inscrivent ici et là dans la théâtralité de la composition.

     

    Il reste tout de même dans ce Rose of Jericho, dont on mesure tout le potentiel, le fin travail de groupe des interprètes — cette très intéressante mise en scène de l’acte de prendre soin —, l’émouvant appel à la solidarité et à la tendresse. Au bout du compte, la pièce s’avère être une bouture assez lyrique, solidement chorégraphiée et peaufinée, mais qui aurait besoin d’un bon élagage et de se défaire du superflu pour captiver notre intérêt jusqu’au bout sur un sujet qui est aussi digne d’intérêt.

    Rose of Jericho
    Une chorégraphie d’Andrew Skeels (Skeels Danse). Avec Alexandre Carlos, Etienne Gagnon-Delorme, Jessie Lhôte, Odile-Amélie Peters, Alisia Pobega, Lila-Mae Talbot et Brett Andrew Taylor. Présenté par Danse Danse du 10 au 14 octobre à la 5e Salle de la Place des Arts.












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