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    Naître comme artiste loin de ses racines, José Navas revisite son parcours

    Du Venezuela à Montréal, le chorégraphe chevronné José Navas revisite son parcours artistique

    7 octobre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Dans «On», le chorégraphe José Navas et ses collaborateurs revisitent des segments d’anciennes pièces produites avec l’Agora, s’autorisant des clins d’œil à différentes phases de son parcours esthétique.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Dans «On», le chorégraphe José Navas et ses collaborateurs revisitent des segments d’anciennes pièces produites avec l’Agora, s’autorisant des clins d’œil à différentes phases de son parcours esthétique.

    Lorsqu’il part en tournée à l’international, José Navas est fier de se présenter comme un artiste canadien. Établi à Montréal depuis 1991, c’est ici qu’il a trouvé un environnement propice pour se construire et bâtir son exemplaire carrière. De retour à L’Agora de la danse avec une pièce-hommage à ses collaborateurs, le chorégraphe vénézuélien d’origine et québécois d’adoption pose avec nous un regard rétrospectif sur son parcours inspirant et présente les raisons derrière cette carte blanche offerte à ses concepteurs.

     

    « Le Venezuela, c’est mon enfance, c’est ma mémoire et ma famille », affirme le danseur cinquantenaire avec un pincement au coeur. C’est à la fin des années 1980, à l’âge de 24 ans, qu’il quitte Caracas pour New York. Avec 200 $ en poche et sans parler un mot d’anglais, il court d’audition en audition et parvient à se faire remarquer. Ainsi commence la vie professionnelle de JoséNavas auprès des grands Merce Cunningham et Lucinda Childs : « New York m’a donné l’occasion de me développer en tant qu’artiste. Parce que le Venezuela ne pouvait pas m’offrir ça, une première distance avec mon pays natal s’était déjà créée dans ces années-là. »

     

    Inspirer et résister à distance

     

    Les grands changements politiques au Venezuela arrivent au moment où le danseur s’installe au Canada. La révolution bolivarienne conduit alors Hugo Chávez au pouvoir et la vie politique et économique du pays se trouve bientôt bouleversée, précipitant le Venezuela vers la crise qui affecte si durement encore ce pays riche devenu progressivement pauvre.

     

    Du côté des arts, la place dédiée aux pratiques contemporaines s’est réduite comme peau de chagrin au profit de la culture populaire : « Comme à Cuba, ce qui était recherché, c’était le folklore. Les danseurs contemporains commençaient donc à disparaître. Et là alors une autre distance, plus large encore, s’est immiscée entre moi et mon pays », explique José Navas qui ne reconnaît plus aujourd’hui son pays natal, constatant que la situation politique a brisé beaucoup de familles, y compris la sienne. « J’ai perdu mon pays à cause de Chávez et de sa révolution qui a créé des distances auxquelles je ne m’attendais pas, et a fermé la porte à un possible retour. En tant que danseur-chorégraphe, je pensais que mon métier m’aurait permis de garder un lien avec mon pays et qu’un jour je serais retourné pour ouvrir une école de danse et montrer ce que j’ai appris. »

    Comme artiste, on a toujours la clé pour trouver l'harmonie, l'humanité, cette façon d'être politique en étant au service de l'autre
    José Navas
     

    Malgré cette distance, le chorégraphe de renom espère pouvoir inspirer de jeunes artistes vénézuéliens. « Comme artiste, on a toujours la clé pour trouver l’harmonie, l’humanité, cette façon d’être politique en étant au service de l’autre. Le fait d’être un artiste contemporain vénézuélien connu, c’est ma façon de dire au socialisme de Chávez qu’il existe des gens de talent au Venezuela, des gens éduqués et capables de rêver à un meilleur monde », affirme-t-il, convaincu que le pays et ses habitants sauront se relever de cette période creuse de l’histoire qu’ils traversent.

     

    Un geste d’amour

     

    Dans On (miroir du « nous » québécois), le chorégraphe et ses collaborateurs revisitent des segments d’anciennes pièces produites avec l’Agora, s’autorisant des clins d’oeil à différentes phases de son parcours esthétique. Pour l’occasion, José Navas se distancie de la forme solo qui lui est si familière, ainsi que de la direction artistique pour mieux laisser carte blanche au concepteur d’éclairages Marc Parent et au musicien Alexander MacSween. Il s’agit alors de créer un autre objet à partir d’anciens matériaux chorégraphiques, tandis que le visuel est entièrement entre les mains de ses fidèles partenaires de création : « C’est ma façon d’honorer ces personnes dévouées qui sont peu visibles, souvent dans l’ombre. Je ne suis rien sans eux, sans leur intelligence, leurs idées et leurs suggestions. Je voudrais qu’on voie leur magnifique talent et ce que ça donne quand on leur donne tout l’espace. »

     

    C’est aussi l’occasion pour José Navas de renouer avec le plaisir de danser aux côtés des interprètes qui ont marqué différentes étapes de son parcours : Nova Bhattacharya, Lindsey Renee Derry, Erin Poole, François Richard et Lauren Semeschuk. Centré sur le travail collectif, On représente une sorte de halte dans une vie professionnelle qui roule à cent à l’heure. Un relâchement qui permet au chorégraphe d’approcher le mouvement de manière intime avec les danseurs et de creuser avec eux l’état et la présence, point de mire de ses créations.

     

    Et pour la suite ? Le prolifique artiste amorcera une nouvelle tournée au Québec et en Europe avec le solo acclamé Rites, reviendra en 2019 avec une nouvelle pièce intitulée Voyage d’hiver, sur la musique de Schubert, et compte aussi jouer le jeu du ballet. Encore de belles années sourient au danseur de 53 ans — qui se perçoit comme un hybride, « ni tout à fait vénézuélien ni tout à fait québécois »,dit-il de son accent aux notes hispaniques — prêt à fouler les planches jusque dans ses vieux jours.

    On
    Une chorégraphie de José Navas (Compagnie Flak). Avec Nova Bhattacharya, Lindsey Renee Derry, José Navas, Erin Poole, François Richard et Lauren Semeschuk. Présenté par l’Agora de la danse à l’Espace danse du Wilder du 11 au 15 octobre.












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