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    Critique danse

    «Le jour se lèv(r)e»: le jeu de mots qui reste une coquille

    3 octobre 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    Une scène de «Le jour se lèv(r)e»
    Photo: Frédéric Lavoie Une scène de «Le jour se lèv(r)e»

    Le jour se lèv(r)e. Le titre de la récente chorégraphie de l’artiste visuelle et performeuse Sylvie Cotton a besoin de sa parenthèse afin que le jeu de mots ne semble pas être une coquille, une bête faute typographique.

     

    Dans son faux solo, puisqu’elle y répond parfois à une Anne Plamondon filmée en pleine forêt, Sylvie Cotton propose un rituel personnel où images, danse et performance sont convoquées autour de l’aube (éveil, jour, présence, renouveau, etc.) et des lèvres (souffle et bouche, à peine effleurés, et sexe féminin — on nous offre même un simili miroir pour exploration future, au besoin, après spectacle). La soliste traverse les rangées de spectateurs depuis l’arrière des gradins d’une marche lente et solennelle, boîte-cadeau à la main ; en extirpe un vêtement ; s’en revêt. Elle enfilera ensuite un long collier de chaînes alignées. Ondulera du bas de la colonne vertébrale et des bras, de trois quarts dos, dans la pénombre.

     

    Le geste est minimal ici, ancré dans le mouvement authentique, et n’est pas le sujet de cette proposition. Ce serait plutôt la présence, l’état de corps et d’authenticité qui le sont ; mais le travail sur ce plan — est-ce un clash disciplinaire ? — est si en deçà de ce qu’on a vu ces dernières années en danse contemporaine, en ce qui a trait à la complexité, que la proposition ne peut que souffrir d’être offerte sur la scène de l’Agora de la danse. La présence est abordée avec affectation ; le naturel — dans le geste, le rapport au spectateur, le regard — comme l’utilitarisme sont gommés, créant une lourdeur qui ne sert en rien ni le propos ni l’intention.

     

    Reste le travail visuel, qui joue sur le symbolisme et l’onirisme, sans audace. Même le sujet du sexe féminin est tout sagement abordé. L’écrin scénographique (son, vidéo, lumières) est très pensé, hyperléché. La démarche aussi, on le lit dans le programme. Mais l’effet (symbolique, sonore, visuel, énergique aussi, lors de la scène de « poupée géante de rubans ») des propositions est mal jaugé, et elles ne sont pas assez incarnées pour contaminer par empathie ou par kinesthésie.

     

    Dans son mot d’artiste, Sylvie Cotton parle de risque, de vulnérabilité. Notions certes relatives d’un individu à un autre, d’une discipline à l’autre, mais il ne faut pas non plus prendre des vessies pour des lanternes ; un univers tellement contrôlé qu’il en devient prescriptif n’est pas une conversation.

     

    En l’état, Le jour se lèv(r)e reste une coquille. Ornée, ourlée, travaillée avec une réelle attention, on le sent, et un réel amour. Mais qui sonne creux.

    Le jour se lèv(r)e
    Une chorégraphie de Sylvie Cotton, interprétée par Sylvie Cotton et, sur vidéo, par Anne Plamondon. À l’Agora de la danse, jusqu’au 5 octobre












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