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    Critique danse

    «La vie attend» – Une vie de surface

    «La vie attend», en dissonance entre son écrin et son propos

    29 septembre 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    La somme de «La vie attend» demeure inférieure à la valeur de chacune des parts, pourtant bien faites, qui forgent la pièce.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La somme de «La vie attend» demeure inférieure à la valeur de chacune des parts, pourtant bien faites, qui forgent la pièce.

    Quelle est la différence entre les jeux de pouvoir et ceux de séduction ? Doivent-ils forcément naître de la force et de l’intensité, ou peuvent-ils émerger d’une simple ouverture, d’une vulnérabilité ? Et quels sont ces jeux entre spectateurs et danseurs — qui impose quoi entre le regardant et l’actant ? Qui est l’otage volontaire de l’autre, ou son tyran, éclairé ou non ? Le seul préambule de La vie attend, dernière création des chorégraphes à deux têtes David Albert-Toth et Emily Gualtieri, expose ces questions.

     

    En moins de dix délirantes minutes, le danseur Marc Boivin, dans son faux mot de bienvenue en partie improvisé, pose seul en scène ces enjeux. Avec une grande liberté et une juste fronde, il apostrophe le spectateur — ainsi que votre critique, interpellée par son p’tit nom et conviée à écrire que « le spectacle est divin dans tous les top newspapers de la danse », qui se retrouve ainsi, postures renversées, part du spectacle et dans l’impossibilité, normalement, de critiquer — c’est de bonne guerre ! —, et remet les rôles et les forces en question. De la timidité à l’arrogance explosive, du dictateur artistique au maître de piste halluciné, Boivin slalome, et le public rigolard avec lui, dans un large spectre d’intensité.

     

    La table est donc dressée. Entre quelques tableaux théâtraux — discours, toujours sur les attentes face à un spectacle ; gamins qui jouent à la guerre — et d’autres tout dansés, La vie attend parle, à travers des cycles répétés, des limites du monde des apparences et de celui de l’intimité. La gestuelle, très élastique, sensuelle, entre attente, mouvements séquentiels et quelques saccades, crée de larges kinésphères autour des cinq interprètes. Les espaces négatifs sont denses et sensibles.

     

    Musique, éclairages, dramaturgie et composition sont léchés. Peut-être trop. Car on finit par se demander si la pièce ne parle pas aussi des limites de ce qui peut se produire dans un espace sacré, protégé. Les danseurs, très bons, ont développé un fort esprit de corps. Ils semblent dans une telle empathie que sont effacés les frictions, jeux de chiens, compétition, affamements et réconciliations qui donneraient du relief au propos et à la composition. On sent une dissonance entre l’enveloppe et le discours, si aplani qu’on le cherche ; entre les tableaux théâtraux et ceux dansés, entre certaines propositions et la douceur avec laquelle elles sont rendues.

     

    Pendant le trio entre Simon-Xavier Lefebvre, Milan Panet-Gigon et Joe Danny Aurélien, voilà enfin les atomes qui rebondissent les uns contre les autres, des anicroches qui apportent une porosité. Quand le tableau finit, avec Panet-Gigon et Aurélien qui tiennent contre son gré Lefebvre au mur, on retombe dans l’image composée plutôt que dans le réel jeu physique, de force, que la situation semble appeler.

     

    Comme s’il manquait, au soir de la première, de vertiges relationnels. Comme si le sujet avait besoin d’une plus grande part de sauvagerie, d’accident, d’agressivité, de prédation même pour gagner en profondeur. À sa première représentation, après un départ explosif, La vie attend s’asseyait sur les habiletés de composition, réelles mais trop contrôlées, des chorégraphes, sans arriver à renouer avec les modulations, l’abandon et les complexités que la pièce proposait elle-même d’entrée de jeu.

     

    La somme de La vie attend demeure inférieure à la valeur de chacune des parts, pourtant bien faites, qui forgent la pièce. Mais la chorégraphie a un vrai potentiel pour mûrir, et pour prendre par les cornes les combats qu’elle ne fait pour l’instant qu’esquisser.

    La vie attend
    Chorégraphie : David Albert-Toth et Emily Gualtieri. Avec Joe Danny Aurélien, Marc Boivin, Simon-Xavier Lefebvre, Milan Panet-Gigon et Nicolas Patry. Présenté par Danse-Cité. À La Chapelle Scènes contemporaines jusqu’au 7 octobre.












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