Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Critique spectacle

    Densité, divergence et émergence au festival Quartiers Danses

    14 septembre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Le collectif Good Woman Dance s’approprie avec brio le style de la chorégraphe Mélanie Demers.
    Photo: Marc J. Chalifoux Le collectif Good Woman Dance s’approprie avec brio le style de la chorégraphe Mélanie Demers.

    Programme dense pour la soirée Diversité Montréal du festival Quartiers Danses ce mercredi soir, où quatre propositions d’artistes de la diversité s’enchaînent, se déclinant sous des formes et des sujets divergents et faisant se chevaucher des signatures expertes, émergentes et prometteuses.

     

    Nous avions découvert l’année dernière l’intéressant travail mené par la chorégraphe aguerrie Mélanie Demers auprès des jeunes interprètes de l’Ottawa Dance Directive. Le FQD renouvelle l’expérience avec, cette fois-ci, la venue du collectif Good Woman Dance d’Edmonton qui présente We’ll be fine, pièce à la théâtralité toute dermersienne pour cinq interprètes. Farce sur la cruauté banale portée par une chorégraphie faite de déséquilibre, de cinq chaises bleues situées en fond de scène se hissent des personnages chantres du marketing. Les textes livrés en anglais sur un débit colérique sont volontairement surjoués jusqu’à la distorsion. Le verbe chez Demers est toujours aussi exquis en humour noir et en cynisme, embrassant avec adresse l’« unpolitically correctness » pour dessiner une critique de la société de consommation à laquelle même l’art n’échappe pas. On rit jaune devant les allusions à l’appropriation culturelle et la mode, à la pauvreté et à notre participation passive au système qui oppresse, au détournement de l’art à des fins de divertissement. Dans un duel sur talon haut, l’humour potache d’abord séduit, puis se transforme en caricature grotesque et hilarante des codes de la pornographie, ultime symbole de cette course perpétuelle vers la jouissance, si factice parfois.

     

    Le collectif s’approprie avec brio le style Demers, mais plutôt que le sur-mesure auquel nous avait habitués la chorégraphe, on a plus l’impression de voir du prêt-à-porter avec cette pièce similaire à Mere Human (vu au FQD l’an passé), avec cette même frontalité constante et ce vocabulaire chorégraphique nerveux vacillant en chute de gauche à droite. D’un départ pourtant fracassant et provocant comme on les aime, le tissu peu à peu semble s’effilocher à travers certaines redites et quelques longueurs. On apprécie pourtant le monologue final grinçant, se moquant de l’absurdité des discours prémâchés, venant par-là démontrer que l’honnêteté, en effet, n’est pas donnée à tout le monde et est une bataille constante contre les diktats à toujours plus consommer et toujours plus jouir. Pessimistes Demers et ses cinq interprètes ? Oui, mais honnêtes.

     

    Émergences

     

    Plus méditatif, le solo d’Anne Flore De Rochambeau se distingue aussi du lot. Entrée in medias rès, un tube de néon divise la scène à hauteur des yeux de la danseuse, nous laissant percevoir un corps sans tête, sans visage. Les doigts et les mains arachnides sillonnent l’espace sous la clarté du néon. D’abord sur place, l’artiste explore les possibilités de mouvement dans cette sphère lumineuse. Puis, le torse apparaît, les jambes se plient et se déplient, le visage paraît, serein, regard tourné vers le public. Un lent et très fin jeu de dévoilement-dissimulation sur une musique concrète mêlant avec étrangeté un thème champêtre et les rouages d’une mécanique, sorte de locomotive aux impacts étouffés. La conception sonore dont les mouvements épousent la musicalité apporte des textures au solo qui glisse dans un entre-deux de fluidité et d’apesanteur. L’ensemble de la proposition est fort cohérent, démontrant une écriture peaufinée qui s’adapte bien à la forme courte imposée, nous permettant de réaffirmer qu’Anne Flore De Rochambeau est une jeune chorégraphe à suivre.

     

    Dans l’ombre resteront malheureusement les propositions de Morgane Le Tiec et Elizabeth Suich. La première s’illustrant à travers un solo formaliste où rayonne la souplesse, la vélocité et la virtuosité dans un décor chic et sobre. Sur une musique obsessive, le rythme est à la dépense énergétique, les mouvements se font élastiques et tremblotants, présentant un fort potentiel. Est-ce par contrainte de temps peut-être trop stricte qu’on assiste à une montée en tension qui ne semble aboutir à aucun point de chute assez clair ?

     

    Quant au duo Movida qui aborde la décadence, on reste fortement divisés. Il y a certes beaucoup de beauté et de sensualité dans le travail des deux interprètes, Camille Trudel-Vigeant et Marie-Denis Bettez. C’est le propos qui reste flou. À moitié nues, deux silhouettes au tronc cambré se dressent parmi l’obscurité de la salle côté public. Évoluant sur le pourtour d’un halo de lumière, il semble qu’Elizabeth Suich ait voulu ici et là s’approprier un vocabulaire inspiré de la danse érotique des cabarets. Démarches lentes, ondulations de la colonne vertébrale, jambes croisées, décroisées, grandes boucles de mouvements avec les bras prenant essence dans la poitrine. De ces déambulations circulaires surgissent dans l’imagination des figures de pin-up. Regain de pouvoir (empowerment) et affirmation de soi au féminin à travers la performance sexy ou bien enfermement dans un stéréotype qui sied surtout au plaisir voyeur mâle ? On risque bien de pencher malheureusement pour la deuxième option dans ce projet qui mériterait d’être clarifié.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.