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    Le paradis féminin des Cool Cunts of Velvet

    Les interprètes-créatrices réunies par Dave St-Pierre fondent leur collectif d’artistes

    5 août 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Leticia Hamaoui et Pascale Drevillon du collectif CCOV, qui donnera sa première performance au ZH Festival cette semaine.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Leticia Hamaoui et Pascale Drevillon du collectif CCOV, qui donnera sa première performance au ZH Festival cette semaine.

    À l’origine, elles étaient 25 artistes à travailler sur une oeuvre à grand déploiement inspirée de La divine comédie chapeautée par Dave St-Pierre au Centre de création O Vertigo (CCOV), avant que ce dernier ne se voie retirer sa résidence de création en mars dernier. Coupées dans leur élan par une mésentente entre le chorégraphe et l’institution cédée par Ginette Laurin, alors en pleine restructuration, les créatrices n’ont pas pour autant dit leur dernier mot. Pied de nez au CCOV, les Cool Cunts of Velvet s’approprient l’acronyme du centre chorégraphique pour imaginer et proposer une autre voie.

     

    Le Devoir a rencontré Pascale Drevillon et Leticia Hamaoui, membres du collectif féministe et multidisciplinaire (danse, cirque, arts visuels, musique), en amont de leur première performance au ZH Festival. Le désir de s’affranchir d’un système qu’elles pensent trop rigide est au coeur de leur préoccupation.

     

    Défaire les hiérarchies

     

    Encore aujourd’hui, il est difficile pour les deux créatrices de ne pas rester amères quant au désengagement du CCOV envers leur projet, mais celles-ci tirent le positif de l’adversité. « Cette expérience a été très formatrice, affirme la performeuse Pascale Drevillon. Ça nous a unies et nous a prouvé qu’on ne pouvait pas arrêter le projet là. Surtout après avoir partagé tant d’idées, de désirs, d’intentions et nos propres visions du milieu artistique. »

     

    Alors que la pièce en cours de création explore la diversité en mettant en scène un groupe hétérogène de femmes d’ethnies, de religions, de genres, de sexualités et de corps différents, les conditions de production se devaient d’entrer en cohérence avec leur vision artistique. « Notre mode de fonctionnement non hiérarchique n’entrait pas dans le cadre du CCOV cette année-là,ajoute Leticia Hamaoui. Nous n’aurions pas pu fonctionner comme on désirait le faire dans ce cadre-là. »

     

    « Toutes les artistes impliquées dans le projet ne s’étaient jamais fait offrir des conditions aussi idylliques qu’au CCOV, reprend Pascale Drevillon déplorant la perte d’un contrat formel. Mais c’était trop beau pour être vrai, car au final ce n’était même pas compatible avec notre projet d’être toutes au même niveau. Ça allait à l’encontre de nos intentions politiquement parlant. C’est une institution qui compte sur son passé et son histoire. Ce n’était pas quelque chose d’assez exploratoire pour nous. »

     

    Les défis du collectif

     

    Le fonctionnement en collectif demande à chaque membre une grande souplesse et un sens particulier du partage (pas de droits d’auteur individuels). Il nécessite une prise de décisions concertée, une interchangeabilité et une égalité des rôles, un refus de hiérarchie entre disciplines (les décors, les éclairages, les costumes étant aussi importants que la performance, la danse et la chorégraphie) et des contributions actives, tandis que la création se fait aux aléas des disponibilités de chacune.

    Ça nous a unies et nous a prouvé qu’on ne pouvait pas arrêter le projet là
    Pascale Drevillon

    Le grand défi qui attend les Cool Cunts est de pouvoir se faufiler à travers les mailles du filet d’un système qui met souvent en avant une figure — parfois au détriment des autres et de leurs crédits — et de faire reconnaître leur modèle à long terme. Les artistes comptent pour le moment sur la notoriété de Dave St-Pierre (curateur du collectif), alors que le chorégraphe de renom cherche à laisser place à ses collaborateurs et à être perçu à la même hauteur. Voilà un geste concret vers une remise en question des hiérarchies entre danseurs et chorégraphes, sujet chaud qui divise actuellement dans le milieu de la danse.

     

    Une création évolutive

     

    Inspirée de l’imagerie des Paradis, Enfer et Purgatoire de Dante, la pièce évolue plus exactement autour du motif d’un paradis féminin : « Ce serait un endroit où on pourrait évacuer la question féministe, car on n’en aurait plus besoin. Un état de présence et d’égalité, où il n’y aurait pas de hiérarchie entre sexes, races, générations, religion… » décrit Pascale Drevillon.

     

    Conçue comme un work-in-progress, Cool Cunts va à l’encontre de l’idée d’un produit fini pouvant être mis en vente. Prêts à s’adapter à tous lieux et à toutes plateformes, les artistes accumulent les explorations et raffinent leur identité au contact du public, visant la création d’une oeuvre à grand déploiement. « On ne sait pas quand ni comment, mais on est certaines qu’on va mener jusqu’au bout ce que le CCOV nous avait laissé miroiter »,concluent-elles, reconnaissantes envers Dave St-Pierre de les avoir rassemblées pour former ce microcosme de féminités plurielles.

    Cool Cunts
    Une création du collectif Cool Cunts of Velvet. Avec Marie-Ève Carrière, Angie Cheng, Marilou Craft, Pascale Drevillon, Nadia Essadiqi (La Bronze), Émilie Gratton, Leticia Hamaoui, Alex Huot, Alanna Kraaijeveld, Marie-Pier Proulx, Marie-Ève Quilicot et Dave St-Pierre. Dans le cadre du ZH Festival, le samedi 5 août à la Maison de la culture Maisonneuve.












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