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    Le danseur franco-algérien Hervé Koubi sur les traces de ses ancêtres

    Le danseur franco-algérien puise ses inspirations dans l’histoire des civilisations méditerranéennes

    27 juillet 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    «Ce que le jour doit à la nuit» est une pièce ayant pour point d’ancrage la quête personnelle du chorégraphe vers ses racines.
    Photo: Didier Philispart «Ce que le jour doit à la nuit» est une pièce ayant pour point d’ancrage la quête personnelle du chorégraphe vers ses racines.

    Né en France de parents algériens, Hervé Koubi découvre l’étendue de ses origines à l’âge de 25 ans, alors qu’il finit ses études universitaires en pharmacie et fait ses premiers pas de chorégraphe à Marseille. De passage au Festival des arts de Saint-Sauveur (FASS), il présentera Ce que le jour doit à la nuit, pièce ayant pour point d’ancrage sa quête personnelle vers ses racines.

     

    « Comme point de départ à cette pièce, il y a ma quête personnelle, mais ce n’est certainement pas une revendication identitaire, affirme-t-il à l’autre bout du fil, racontant ses incursions en Algérie. Je me connaissais certaines attaches avec ce pays, mais j’étais loin d’imaginer que mes ancêtres étaient tous d’Afrique du Nord, et non français comme je pouvais le croire. Mes parents n’étaient pas très bavards sur mes origines. »

     

    Photo: Marie-Aimée Mercier Hervé Koubi

    Hervé Koubi s’intéresse à ce que nous laissons à la postérité en tant qu’êtres vivants, ce à quoi nous nous attachons et ce qui traverse le temps. Les questions liées à la mémoire, aux traces et à la filiation sont omniprésentes dans son travail. « En Algérie, j’ai tout de suite voulu essayer de regarder les choses avec une certaine distance. Je me suis donc attaché à trouver des sources d’inspiration dans l’histoire du bassin méditerranéen. J’avais l’impression que ma petite histoire faisait écho à une plus vaste histoire, à une plus grande échelle, celle des civilisations autour de la Méditerranée. »

     

    Une masculinité tout en délicatesse

     

    En se rendant sur les lieux où ses parents ont grandi, le chorégraphe est allé à la rencontre de danseurs de rue. Ayant une formation institutionnelle en danse, il se frotte à un autre rapport au mouvement en Afrique du Nord. « Ces danseurs, influencés par la mondialisation, se sont formés à une pratique qui existe d’un bout à l’autre du monde. Mais, quand on les observe sur scène, on se rend bien compte qu’ils ne sont pas de France, d’Europe ou d’Amérique. Il y a une sorte de pudeur et d’authenticité qui se dégagent d’eux », affirme-t-il. Ainsi, des formes issues des danses urbaines (hip-hop) se mêlent au vocabulaire contemporain dans son écriture chorégraphique, d’où se dégage une grande sensualité.

     

    L’artiste accorde une part importante au toucher et au soin de l’autre sur scène. Une image de la masculinité et de la virilité empreinte de délicatesse qu’il est plutôt rare de voir représentée. Cultive-t-il alors une certaine subversion quant aux codes de genre à travers son art ? « Ça peut paraître subversif, mais en réalité, c’est authentique », répond le chorégraphe. « La relation au toucher entre personnes du même sexe dans certaines cultures en Orient est très particulière. C’est encore plus vrai au Moyen-Orient, mais aussi en Afrique du Nord. J’ai pu observer pendant mes voyages cette sensualité assez étonnante et très belle, sans qu’il y ait d’ambiguïté sexuelle dans la façon de se toucher et de prendre soin de l’autre », explique-t-il, évoquant un souvenir en Jordanie où il a pu voir des hommes se tenir par la main et se donner un bain. « Dans le monde arabe, le rapport à l’homosexualité est un grand tabou et il y a beaucoup de violence à ce sujet actuellement, mais il faut dire qu’en Occident, on a un vrai problème avec le toucher entre les personnes du même sexe, surtout les hommes ! »

     

    Toucher au sacré en remuant l’histoire

     

    Si on trouve dans l’univers d’Hervé Koubi des rappels au sacré — comme certains motifs soufis dans la musique et les figures des derviches tourneurs dans les mouvements —, c’est que l’artiste se plaît à brasser les références aux cultures millénaires païennes, judéo-chrétiennes et musulmanes, et à faire cohabiter celles-ci avec le vocabulaire chorégraphique contemporain.

     

    « Nous sommes les héritiers d’une histoire qui est souvent résumée et méconnue. Il y a une sorte de dichotomie et de bipolarité dans la manière dont les faits historiques nous sont exposés », affirme le danseur, qui cultive une conscience accrue de ce qui est relégué aux marges de l’histoire, et de la propagande en jeu dans l’information actuellement. Pour le danseur, il suffit de regarder l’histoire de plus près pour se rendre compte que certains faits du passé ont été masqués, étouffés, effacés soigneusement ou bien tordus à l’avantage de certaines civilisations. Ce sont des préoccupations qui continuent d’habiter les thèmes des pièces de l’artiste algérien et sa pratique de la danse jusqu’à aujourd’hui.


    Équipe réduite En raison de complications rencontrées dans ses demandes de visas, la compagnie Hervé Koubi tourne avec des effectifs réduits. Par conséquent, ils ne seront que dix danseurs sur scène au FASS, au lieu de douze. « Obtenir un visa pour le Canada n’est pas une mince affaire pour les danseurs méditerranéens. Les procédures sont très longues et lourdes. Ce sont des formalités interminables qui nous mettent souvent dans l’embarras au moment où on est invités à tourner à l’étranger », témoigne le chorégraphe.

    Le titre choisi pour la pièce, Ce que le jour doit à la nuit, fait référence au roman de l’auteur algérien Yasmina Khadra. « J’avais choisi le titre avant même d’ouvrir la première page du livre, explique Hervé Koubi, mais après la lecture, la somme des détails m’a conforté dans mon choix. Cette histoire d’amour et de désamour entre un homme et une femme, c’est, pour moi, l’histoire de la Méditerranée. Très clairement, elle symbolise les relations entre l’Algérie et la France, deux pays qui se sont aimés, mais dont l’amour était impossible finalement. »
    Ce que le jour doit à la nuit
    Chorégraphie : Hervé Koubi. Interprétation : Lazhar Berrouag, Adil Bousbara, Abdelghani Ferradji, Zakaria Nail Ghezal, Giovanni Martinat, Mohammed Medelsi, Nadjib Meherhera, Riad Mendejl, Mourad Messaoud, Houssni Mijem, Issa Sanou et El Houssaini Zahid. Présentée dans le cadre du Festival des arts de Saint-Sauveur, le 29 juillet.












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