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    Critique danse

    «Tordre»: deux âmes dansantes à nu

    Le chorégraphe français Rachid Ouramdane livre un magnifique petit bijou

    5 juin 2017 21h17 |Catherine Lalonde | Danse
    «Tordre» est un admirable exercice d’intimité, de dévoilement de l’âme toute particulière de deux danseuses d’exception: Lora Juodkaite et Annie Hanauer.
    Photo: Patrick Imbert «Tordre» est un admirable exercice d’intimité, de dévoilement de l’âme toute particulière de deux danseuses d’exception: Lora Juodkaite et Annie Hanauer.

    Tordre fut, en tant que critique et que spectatrice, « mon » spectacle de danse de 2016, attrapé à la 17e Biennale de danse de Lyon. Voilà que Montréal accueille, par bonheur, cet admirable exercice d’intimité, de dévoilement de l’âme toute particulière de deux danseuses d’exception. Sans aucune impudeur, sans exposition ou dépouillement d’ego.

     

    Sur une scène au fond arrondi, le chorégraphe français Rachid Ouramdane (vu au MAI en 2014 dans son solo Loin…) fait tourner deux solos. Annie Hanauer, prothèse bien visible puisqu’il lui manque un avant-bras, y va d’une séquentialité des impulsions étonnante. Elle maîtrise l’art de l’arrêt — presque b-girl — et il émane d’elle cette présence transparente, simple, incarnée dans le moment, qui transforme la représentation en un « être ensemble » en théâtre. Sur l’interprétation chavirée de Feelings par Nina Simone, elle donne parfaitement corps à la voix, généreuse, dans des effusions d’ouvertures physiques justes et touchantes.

     

    Lora Juodkaite, elle, tourne, pirouette en un grand cercle dans l’espace, sans fin, de cette manière toute personnelle qu’elle a découverte à cinq ans. « I spin every day », malade ou fatiguée, confie-t-elle. Les yeux fermés sur scène — impossible ? non, elle le fait vraiment ! — dans un abandon total à la giration, dans un effet de durée et des éclairages qui entraînent l’illusion d’optique, elle tourne. Quand elle accélère — impossible, cette vitesse… non, elle le fait vraiment ! —, les contours de son corps deviennent flous et semblent se transformer sous nos yeux. Une seconde de parfait mélange entre science-fiction et humanité.

     

    Si on accepte de se fondre en Tordre, on y trouve plusieurs moments de grâce, de partage. Et surtout une puissance de la douceur rare, et rare sur un plateau. On en pleurait. Un magnifique petit bijou.

    Tordre
    Un spectacle de CCN2 – Centre chorégraphique national de Grenoble après une création originale de L’A./Rachid Ouramdane. Interprétée par Annie Hanauer et Lora Juodkaite. Les 6 et 7 juin au Théâtre Rouge du Conservatoire dans le cadre du Festival TransAmériques.












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