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    Le sacre de l’automne de Thierry Niang

    Le chorégraphe Thierry Niang est au Québec pour faire danser adolescents et aînés

    1 mai 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    Thierry Thieû Niang trouve auprès des aînés au corps fatigué une source d’inspiration.
    Photo: Jean-Louis Fernandez Thierry Thieû Niang trouve auprès des aînés au corps fatigué une source d’inspiration.

    L’artiste français d’origine sénégalo-vietnamienne Thierry Thieû Niang est toujours à la recherche d’adolescents pour son atelier de danse de Montréal. L’atelier des aînés — 60 ans minimum — a, lui, trouvé rapidement tous ses participants. Pour continuer à agrandir sa danse, le chorégraphe a eu besoin de chercher d’autres corps et d’évacuer de son imaginaire les stéréotypes du danseur. Survol d’une correspondance courriel avec un artiste qui valorise et recherche « l’écoute vertigineuse ».


    « Ce qui me fait maintenant bouger, explique Thierry Thieû Niang, c’est un autre et son mouvement empêché. » Ce mouvement des personnes en situation de handicap, physique ou mental, précise le chorégraphe ; des aînés au corps fatigué, à mobilité réduite ; des détenus contraints dans l’espace, le contact, l’expression et la communication ; des adolescents en découverte anarchique et sensible de leur corps en devenir ; des enfants vivant des troubles de personnalité, une rupture scolaire ou familiale. Ce mouvement des réfugiés syriens, aussi, qui composait Au coeur, présenté au dernier festival d’Avignon. En résumé l’intéresse « tout ce qui empêche un corps d’être et d’accéder au monde et aux autres, de devenir langage et langue, singulier et pluriel ».

     

    « N’y voyez aucun acte réparateur ! Je ne suis ni thérapeute ni éducateur spécialisé, mais simplement un homme qui aime danser et faire danser tous les autres ! » Peut-être, précise-t-il, est-ce parce qu’il est métis, toujours autre, qu’il a ce regard. « Mais c’est de plus en plus volontaire et conscient, poétique et politique. D’autant plus aujourd’hui, où tout est fiché, rangé en petites catégories. »

    Je ne suis ni thérapeute ni éducateur spécialisé, mais simplement un homme qui aime danser et faire danser tous les autres
    Thierry Thieû Niang, chorégraphe
     

    Tant d’individuelles poésies

     

    La gestuelle des chorégraphies de Thierry Niang, forcément, est influencée par ces corps empêchés, faite d’états de corps, de marches et de courses, de tâches à exécuter, mais surtout, surtout, comme on le sent même à travers l’écran en visionnant Danser le printemps à l’automne, d’une écoute sensible, d’une disponibilité — du chorégraphe comme des dansants — qui semble tenir parfois de la transparence tant l’ego devient fin dans l’union du corps à ce qui l’entoure.

     

    « Fabriquer comme écrire un mouvement fait de métamorphoses et transformations, d’impressions, en une écoute vertigineuse et humble de ce qui n’est pas soi, mais déjà proche, donc intime — oui ! Et qui nous bouge et nous fait bouger », lance métaphoriquement l’artiste. Cette écoute, cette façon de donner un autre mouvement à la forme, d’inventer son univers, sa poésie, sa technique, est aussi pour M. Niang ce qui démarque, chez les professionnels, le virtuose des autres. Et de nommer en exemple, en commençant élégamment par des créateurs du Québec, Louise Lecavalier (chez Lock), Frédérick Gravel, Dave St-Pierre, comme Pina Bausch et Israel Galván.

     

    Pour composer ses propres pièces, il prend « le temps de la recherche », celui d’établir « une grammaire commune et un temps singulier et partagé » et y ajoute son regard, qui le pousse « à tisser et à tricoter, à faire et à défaire les paysages et les mouvements, et tout ce qui est entre eux ; et ainsi s’écrit une chorégraphie, une danse ».

     

    Cette sérieuse enfance

     

    Thierry Thieû Niang, choisissant parfois des amateurs, parfois des professionnels, parfois des corps empêchés, parfois d’autres travaillés des années durant, donne ainsi une voix égale à des silhouettes qui ne sont peut-être pas toutes vues équitablement par leur société. « Il y a les visibles et les connus avec qui j’ai la chance de travailler [il a collaboré avec Mathilde Monnier, Philippe Découflé, au théâtre Patrice Chéreau, un film s’en vient avec Valeria Bruni-Tedeschi], mais il a aussi les invisibles et les anonymes, qui sont même quelques fois sans langage, et dont le mouvement des corps me bouleverse et me parle. Et parce que les corps souvent peuvent ce que les mots ne peuvent pas, ou ne peuvent plus dire, je vais vers ces corps, femmes, hommes, grands, petits, habiles, maladroits, et je cherche avec eux — pas pour eux — un mouvement commun. »

     

    L’homme dit prendre très au sérieux l’enfance, l’adolescence, « comme ce moment où l’on met les aînés, les anciens de côté ». Lui vient un plaisir particulier à les « regarder ensemble inventer un temps commun ».

     

    Thierry Thieû Nang passera, de ce lundi au 18 juin, par Montréal, Ottawa, Saint-Jean-Port-Joli, Paspébiac, Pikogan et Kitcisakik et Rouyn-Noranda, dans le cadre de la tournée Danser le printemps ! de Cinédanse. À chaque escale, il y aura des ateliers gratuits de danse, des échanges citoyens, une présentation du documentaire de Denis Sneguirev sur Le sacre du printemps qu’ont signé Niang et Jean-Pierre Moulères avec des interprètes de 60 à 87 ans, sans expérience de la danse.

     

    À Montréal, s’ajoutent également un Lunch Beat — ces néo-discos du midi —, une projection du film de la réalisatrice québécoise Béatriz Mediavilla Danse avec elles (2014) et une table ronde sur nos rapports, comme société, à la vieillesse, avec entre autres la poète Joséphine Bacon, la chorégraphe et enseignante Martine Époque, et notre chroniqueuse Josée Blanchette. « Vous avez vu ? demandait par courriel Thierry Nang, pour la rencontre-débat du 3 mai, les invités sont essentiellement des femmes. Comme si les hommes n’osaient pas parler de vieillir. »













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