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    Danse

    Dana Gingras, nouvelle résidente du CCOV

    Forte de la reprise de «Monumental», la chorégraphe s’attaque à une pièce pour dix danseurs

    26 avril 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    Pour commencer sa composition de groupe, l’artiste entend «débuter en travaillant avec chaque interprète individuellement — une approche très chronophage — pour créer un dialogue».
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour commencer sa composition de groupe, l’artiste entend «débuter en travaillant avec chaque interprète individuellement — une approche très chronophage — pour créer un dialogue».

    Dana Gingras, forte de la reprise de Monumental — cosignée en 2005 avec Noam Gagnon —, qui termine une tournée de sept villes et trois pays, hérite de la résidence du Centre de Création O Vertigo (CCOV). De septembre 2017 à 2019, la chorégraphe anglo-montréalaise aura l’occasion, devenue rare au pays, de travailler à une grande forme, pour huit à dix danseurs et musique live.

     

    « Le coeur du travail germera de questions sur les frontières, annonçait en anglais la chorégraphe en entrevue au Devoir, sur nos limites personnelles, privées comme sociales. Il y a des frontières partout, les territoires se définissent et se retracent continuellement. » Comment interagit-on les uns avec les autres ? se demandera, artistiquement et physiquement, l’artiste. Pouvons-nous faire tomber ces frontières ? Construire des ponts et une réelle connectivité ?

     

    « J’ai proposé le projet le jour même de l’intronisation de Trump, poursuit Mme Gingras, et j’avais fort conscience de ce timing. Que nous étions — que nous sommes — en train d’entrer en des contrées sauvages en quelque sorte ; que le besoin d’être alerte, aimable, plein d’empathie, de compassion, de générosité, envers les gens et notre art, est criant. »

     

    Dana Gingras devait être la deuxième artiste en résidence d’un CCOV en pleine redéfinition, mais l’interruption de la première, octroyée à Dave Saint-Pierre, devance son arrivée d’un an. La chorégraphe, tout juste cinquantenaire, se retrouvera ces prochaines années à travailler de front deux projets aux antipodes formels : une petite forme « expérimentale », solo accompagné, pour l’Agora de la danse (2018), et cette grande forme. Deux projets qui se nourriront l’un l’autre. Car pour Mme Gingras, il y a à la fois différence et fusion entre la recherche et le résultat, la question artistique hyperprécise et l’accessibilité, le pointu et le mainstream, et les deux sont nécessaires à la bonne santé d’un art.

     

    « L’art doit être fait en marge, précise-t-elle, il peut se retrouver au centre, mais ne doit pas y rester, au risque de perdre sa vitalité. Une grande forme, je crois, doit viser le centre, le mainstream. » Jusqu’à proposer un travail plus poreux ? « Oui. C’est la responsabilité que je prends, si je veux que la pièce tourne. Je l’ai vu avec la reprise de Monumental. » Pour elle, ce centre « exige un certain formalisme, qu’on donne au public quelque chose d’universel, qu’il peut saisir et comprendre comme une poignée pour entrer dans l’oeuvre. Car une grande scène agit comme un amplificateur : il faut choisir ce que tu y amplifies, et y condenser les idées afin qu’elles s’expriment clairement et ouvertement. » L’artiste rappelle que ce qui est devenu commun pour une niche peut aussi rester poussé aux yeux d’un autre public — une autre leçon de sa récente tournée. « Le volume sonore, la perspective noire des choses, l’intensité, la tenue d’un langage gestuel minimal de Monumental, c’était edgy pour des spectateurs des grands théâtres qui nous ont accueillis. Je ne crois pas non plus que je serais capable de faire un travail lisse. Il y aura toujours quelque chose de politique, ne serait-ce qu’implicitement. »

     

    De l’intime au public

     

    Pour commencer sa composition de groupe, l’artiste entend « débuter en travaillant avec chaque interprète individuellement — une approche très chronophage — pour créer un dialogue, trouver les façons de se comprendre, aborder [ses] grandes questions à partir des résonances individuelles qu’elles auront chez chacun, et réunir ensuite le groupe pour voir comment ça se traduit collectivement ». Un passage de l’intime au plan large, en quelque sorte.

     

    Dana Gingras ressent-elle une responsabilité particulière à bénéficier de cette résidence privilégiée, au moment où le CCOV doit recevoir l’aval des jurys de pair des organismes subventionnaires pour que le papillon O Vertigo mue vers sa prochaine forme, plus collective ? « Il y a toujours de la pression sur les épaules d’un chorégraphe, qu’on soit à composer une petite ou une grande forme. C’est le chorégraphe qui va perdre le sommeil, sachant qu’il a la responsabilité du succès ou de l’échec de la pièce, en tentant de résoudre de nuit les problèmes. Mais j’ai confiance, j’ai toujours eu confiance dans la force du groupe. »













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