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    Danse

    Un créateur jeunesse au rayonnement international

    Cas public remporte les honneurs

    1 avril 2017 | Jérôme Delgado - Collaboration spéciale | Danse
    Les créations de Cas public sont imprégnées par des références au conte. «Suites curieuses» (ci-dessus), illustrée par Marjolaine Leray avec Cai Glover, s’inspire du «Petit Chaperon rouge».
    Photo: Julie Artacho Les créations de Cas public sont imprégnées par des références au conte. «Suites curieuses» (ci-dessus), illustrée par Marjolaine Leray avec Cai Glover, s’inspire du «Petit Chaperon rouge».
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Une année exceptionnelle, passée sur les scènes les plus prestigieuses de la planète, se conclut, pour la compagnie montréalaise de danse actuelle Cas public, par les plus beaux honneurs: l’obtention du 32e Grand Prix du Conseil des arts de Montréal (CAM).

     

    L’Opéra de Paris, le Royal Opera House, à Londres, et le Lincoln Center, à New York : trois institutions de poids dans le milieu des arts de la scène et de la musique. Pour un artiste québécois, ou une compagnie, être à l’affiche d’un de ces monuments est un bon indicateur de sa réussite, de la qualité de son programme.

     

    Le parcours en 2016 de Cas public, renommée pour sa programmation pour les 18 ans et moins, ne l’a pas amenée dans une de ces maisons, ni dans deux, mais bien dans les trois. C’est ce « rayonnement international » que le CAM a voulu saluer.

    Hélène Blackburn

    Coup sur coup, presque « simultanément », selon Hélène Blackburn, la directrice et fondatrice de la compagnie née en 1989, les neuf danseurs attitrés de Cas public sont montés sur les scènes de l’Opéra de Paris, du Royal Opera House et du Lincoln Center.

     

    « L’année 2016 est importante par la simultanéité », explique Hélène Blackburn, attrapée entre un séjour à Madrid et un autre à Reims. Il faut dire que, depuis quelques années, Cas public rayonne en dehors de ses frontières. À Paris, la troupe montréalaise est même une habituée de l’Opéra.

     

    « On se sent privilégiés, dit la tête créatrice de Cas public. On est attendus à Paris, on y va, on y retourne, année après année. On nous reçoit comme si on faisait partie de la maison. »

     

    La rareté de la jeunesse

     

    Hélène Blackburn était déjà particulièrement ravie de se retrouver parmi les finalistes pour le Grand Prix, du fait qu’un programme comme le sien, jeune public, est rarement reconnu. Un survol de l’historique de la récompense décernée depuis 1985 révèle en effet que Cas public ne serait que le quatrième diffuseur jeunesse à être cité. Et aucun, ni la Maison théâtre, ni le festival Coups de théâtre, ni l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse, n’a reçu les grands honneurs.

     

    L’erreur est désormais réparée.

     

    « On reconnaît la création jeunesse, mais il existe encore beaucoup de préjugés », déplore Hélène Blackburn. Elle-même avait des idées préconçues, comme celle de croire qu’il fallait scinder le monde en deux, création pour adultes d’une part, création pour enfants d’une autre. Que cette seconde était une voie encore plus incertaine, voire dangereuse. Et pourtant, c’est cette route qu’elle a empruntée. Depuis 2001 et le spectacle Nous n’irons plus au bois, les chorégraphies pour jeune public sont les seules de la compagnie.

     

    « On m’a questionnée sur ce choix [celui de faire de la création uniquement pour jeune public]. On me disait que je ne pourrais pas aller dans les grandes salles, sur de grandes scènes. On m’annonçait que j’allais saboter ma carrière. Je finissais par le croire », raconte celle qui a écouté, au bout du compte, davantage son coeur que sa tête. « J’ai beaucoup d’imagination, mais pas assez pour m’imaginer que j’allais me rendre jusque [dans les scènes des grandes capitales]. »

     

    Sans aucune hésitation, Hélène Blackburn défend aujourd’hui son choix et ses programmes, qu’elle considère comme pour « tous publics ». Plus question de scinder quoi que ce soit. « Une oeuvre bien construite, affirme-t-elle, plaît à toutes les générations. Une exposition de Chagall, un spectacle de cirque, on ne pose jamais la question. Mais en danse, il y a une résistance. »

     

    Elle ne résiste plus et laisse le soin aux programmateurs d’établir l’âge suggéré qui sera affiché à chacun des spectacles. Quitte à ce que cet âge varie pour une même oeuvre : Symphonie dramatique, une relecture du Roméo et Juliette de Shakespeare, a été présentée au Québec comme une création pour adolescents, alors qu’en Europe, elle a été classée 8 ans.

     

    Revoir les classiques

     

    « Il n’y a pas de sujet tabou, estime Hélène Blackburn, il faut seulement réfléchir à la manière de le traiter. On pourrait inclure une partie de nudité, de sa représentation. Quand on décide d’embrasser large, il faut réfléchir au pourquoi et comment. La réflexion doit faire partie de l’équation. »

     

    Enfant, et jusqu’au cégep, Hélène Blackburn pratiquait le ballet. C’est pendant ses études universitaires, à l’UQAM, qu’elle s’est dirigée vers la danse contemporaine. Celle qui a été interprète pour Jean-Pierre Perreault jusqu’en 1989, mais qui a aussi étudié en ethnographie, n’a pas oublié ses classiques. Les créations de Cas public en sont amplement imprégnées par des références au conte — Le petit chaperon rouge est à la base de Suites curieuses —, au théâtre (Roméo et Juliette) et aux chefs-d’oeuvre de la musique, à l’instar de 9, la plus récente création portée par la Neuvième Symphonie de Beethoven.

     

    « Un effet que j’aime, confie la directrice artistique de Cas public, c’est d’aller vers un référent culturel et de travailler sur la mémoire, sur un élément musical. L’impression du souvenir, en danse, place le spectateur dans une position à la fois familière et étrange. J’aime ce va-et-vient, entre la reconnaissance et la découverte. »

     

    Si elle s’est fait un nom pour la maîtrise totale des techniques qu’elle exige de sa troupe, Hélène Blackburn se dit ouverte à toutes les expressions du corps, qu’elles soient d’origine classique ou tirées des danses urbaines. Mais il est vrai, concède-t-elle, que ses chorégraphies appellent la vitesse et la virtuosité, des mouvements complexes qui imposent de grandes capacités physiques.

     

    Pour la création de 9, l’équipe qu’elle dirige a dû se familiariser avec une gestuelle propre au langage des signes. L’arrivée dans le groupe d’un danseur sourd, Cai Glover, a poussé Cas public vers des réflexions plus profondes sur la perception, sur les codes, mais aussi vers cette Neuvième Symphonie, composée par un Beethoven déjà atteint de surdité.

     

    « Avec Cai Glover, on s’est intéressés à la question des langues, de la gestuelle, du langage des signes. On fait plus dans la métaphore. Un sourd pourrait reconnaître quelques traces, sans plus, confie-t-elle. On métisse ça, par un développement des bras et des mains. On travaille aussi sur le doigt, quelque chose qui est très peu présent dans la danse contemporaine, qui vient davantage de la danse urbaine. »

     

    Après plus de 25 ans d’existence, Cas public n’a semble-t-il cessé d’explorer, afin de rejoindre son public, ses publics. Jeunes ou pas, ici ou à Paris, malentendants inclus.













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