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    Danse

    Dans les coulisses avec Ohad Naharin

    La méthode Gaga vue par deux danseurs des Grands Ballets Canadiens

    18 mars 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Naharin emmène les danseurs dans un abandon qu’il est rare de voir chez ces virtuoses.
    Photo: John Hall Naharin emmène les danseurs dans un abandon qu’il est rare de voir chez ces virtuoses.

    Montréal, janvier 2017. Lors d’une répétition ouverte à laquelle Le Devoir a été invité, le chorégraphe israélien Ohad Naharin observe attentivement les danseurs des Grands Ballets engagés dans la chorégraphie à l’état brut de Minus One, pièce reprise dès jeudi au théâtre Maisonneuve. Adaptée sur mesure en 2002 pour la compagnie, l’oeuvre se conçoit comme un collage d’extraits du répertoire du directeur de la Batsheva Company, star mondiale de la danse contemporaine.

     

    Plus que sur les formes, c’est sur l’énergie que le chorégraphe s’arrête. « Stop ! Moins d’énergie », répète-t-il, à la recherche d’une qualité de mouvement, d’une authenticité d’intention dans le geste. Il se lève, se place au centre de la salle, apporte de minutieuses corrections, propose de nouveaux chemins pour enchaîner les mouvements.

     

    L’approche de Naharin emmène les danseurs des Grands Ballets dans un abandon qu’il est rare de voir chez ces virtuoses. Comme Minus One se veut avant tout un hommage aux danseurs, Le Devoir s’est penché sur les principaux concernés et sur leur approche de la méthode Gaga qui fait fureur auprès des professionnels comme des amateurs.

     

    Pour Jean-Sébastien Couture, premier soliste des Grands Ballets, Minus One marque une étape importante. C’est la première pièce dans laquelle il a dansé et avec laquelle il est parti en tournée peu après son arrivée officielle dans la compagnie. Après 15 ans, c’est encore une de celles qu’il affectionne le plus. « C’était une façon complètement différente de bouger de ce que je connaissais », se remémore-t-il depuis Paris, où la troupe est actuellement en tournée avec La jeune fille et la mort.

     

    Prendre conscience de ses limites

     

    « C’est une approche beaucoup plus basée sur le ressenti que sur la forme. On commençait les entraînements par un mouvement de flottement, puis [Naharin] nous guidait, évoquait ce qu’on devait chercher à ressentir à travers toute une série d’exercices. Par exemple, il nous demande d’imaginer deux pièces de 25 sous qui se promènent dans le corps et auxquelles on doit réagir pour bouger », affirme-t-il. Une technique qui fait sortir les danseurs de ballet de leur zone de confort et demande un lâcher-prise assez exigeant, ainsi qu’un entraînement continu pour en acquérir une maîtrise avancée.

    Photo: John Hall Un extrait tiré de «Minus One»
     

    « Je pense que c’est la meilleure façon de nous former à la danse contemporaine », affirme la jeune danseuse Diana Léon, qui a apprivoisé cette technique pour Minus One. « C’est très holistique. Il faut connecter son esprit à son corps. Il ne s’agit pas de chercher à tout prix l’esthétique dans le mouvemen; c’est plutôt la sensation qui doit provoquer le mouvement. Le Gaga permet de mieux nous connaître nous-mêmes; on découvre nos propres limites et possibilités. C’est essentiel parce qu’on ne peut pas se dépasser si on ne sait pas quelles sont nos limites. »

     

    Alors que les contraintes qu’impose le ballet aux corps des danseurs de haut calibre entraînent souvent d’importantes blessures, le Gaga s’avère très utile pour eux. « Évidemment, le ballet repose sur la forme, mais on peut appliquer la technique du ressenti et la marier avec la forme. Dans les mouvements les plus difficiles, on apprend à être à l’écoute de notre corps, à apprivoiser la douleur et voir si on est capables d’aller plus loin », affirme Jean-Sébastien Couture.

     

    La liberté de s’exprimer

     

    C’est d’ailleurs à la suite d’une blessure grave menaçant de mettre fin à sa carrière que le danseur israélien a développé ce nouveau langage lui permettant de continuer à danser malgré la douleur. On reconnaît dans le Gaga l’héritage des méthodes d’éducation somatique de Feldenkrais et Laban, utilisées en danse-thérapie. Le mouvement n’est plus seulement pensé dans l’espace, mais est aussi centré sur les espaces intérieurs créés dans le corps. L’élaboration du Gaga marque ainsi un tournant dans l’esthétique du chorégraphe. Grâce à la popularité de l’artiste invité à créer pour les grandes troupes de danse, cette nouvelle façon d’envisager le mouvement en ballet contemporain se répand aux quatre coins du monde.

     

    « C’est une danse très individuelle. Il y a quelques pas de deux, mais la plupart du temps on danse seul. On doit pourtant maintenir un lien avec les autres, se regarder dans les yeux et être dans le partage. Il faut toujours rester alerte à ce qui arrive autour de soi, mais sans perdre la connexion avec ce qui se passe en dedans de soi », décrivent les deux danseurs.

     

    Chaque segment de Minus One a été finement choisi par Naharin et travaillé personnellement avec les danseurs des GBCM. Dans les enchaînements entre les différentes parties, le chorégraphe a laissé place à l’improvisation et à la voix des interprètes. Des variations, une liberté de s’exprimer et une prise de risque qui stimulent beaucoup les danseurs. « En une heure, on voyage à travers les extrêmes des émotions humaines », affirme Diane Léon.

     

    « Ce qui est bien avec cette pièce, c’est qu’elle est toujours différente d’un soir à l’autre, reprend Jean-Sébastien Couture. Vu que les mouvements sont basés sur le ressenti, elle diffère à chaque représentation. Par exemple, si tu te sens un peu plus mou ou même fâché cette journée-là, tu peux vraiment utiliser ce que tu ressens et t’en servir sur scène. »

     

    Pour les spectateurs, Minus One est une manière de découvrir les segments les plus marquants des oeuvres phares du répertoire d’Ohad Naharin, dont Anaphasa, pièce avec laquelle la compagnie Batsheva a tenu tête à la censure imposée par le gouvernement israélien lors du jubilé de l’État hébreu en 1998.

    Minus One
    Chorégraphie d’Ohad Naharin. Avec les danseurs des Grands Ballets Canadiens de Montréal. Du 23 mars au 1er avril au théâtre Maisonneuve.












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