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    Danse

    Le parti pris des choses

    Martin Messier envoie valser les hiérarchies entre scène et chorégraphie pour «Corps mort»

    21 janvier 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Les danseurs Patrick Lamothe, Kimberley De Jong et Simon-Xavier Lefebvre, en répétition la semaine dernière
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les danseurs Patrick Lamothe, Kimberley De Jong et Simon-Xavier Lefebvre, en répétition la semaine dernière

    En révélant la part de beauté insoupçonnée que renferment certains objets du quotidien, Martin Messier pourrait bien être aux arts vivants ce que Francis Ponge est à la poésie. Au théâtre La Chapelle, l’artiste multidisciplinaire met la dernière main à sa nouvelle création, Corps mort. Cet objet scénique non identifié ouvrira les activités hivernales de la scène contemporaine logée dans la rue Saint-Dominique.

     

    L’atmosphère sur le plateau est bon enfant. Alors que le créateur tire les ficelles de son ingénieuse installation, les danseurs Kimberley De Jong, Patrick Lamothe et Simon-Xavier Lefebvre accaparent l’espace. Ici, ils n’ont pourtant pas l’apanage du mouvement et doivent composer avec la présence d’une dizaine de chaises dont les déplacements sont orchestrés par l’artiste touche-à-tout.

     

    Connu surtout pour ses conceptions scéniques, ses installations et ses compositions électroacoustiques, Martin Messier s’est permis pour cette pièce d’adopter une double casquette de scénographe et de chorégraphe. Une première incursion en solo dans la matière chorégraphique pour celui qui a souvent travaillé en tandem avec les danseuses Caroline Laurin-Beaucage (SOAK, Hit and Fall) et Anne Thériault (au FTA avec Con Grazia et Derrière le rideau).
     


    Une oeuvre totale

     

    En abattant les cloisons entre les disciplines, l’artiste envoie implicitement valser les hiérarchies entre conception de la scène et chorégraphie. Loin d’être simple accessoire, c’est à partir du dispositif scénique qu’il structure et appréhende le mouvement. Les chaises prennent alors une place aussi déterminante que ses danseurs dans cette installation.

     

    « Des scénographies aussi poussées ne se voient pas beaucoup à Montréal, parce qu’on a rarement accès à l’espace et au temps nécessaires pour les développer. Les danseurs travaillent beaucoup en studio et purement sur le mouvement avec des thèmes. Souvent, on travaille sur les scénographies que très peu de temps à l’avance, alors elles ne sont pas complètement intégrées, » remarque-t-il, s’estimant chanceux d’avoir obtenu des résidences techniques dans divers espaces d’envergure propices à développer son projet sur la longueur.

     

    Ayant beaucoup travaillé en tant que concepteur pour la danse, Martin Messier se remémore certaines frustrations. « J’aurais aimé qu’entre créateurs de musique, d’éclairages et de mouvements, on puisse travailler plus ensemble ; mais souvent on réussissait à peine à dialoguer. » Rares sont les pièces où la direction des danseurs, la musique et la scénographie sont signées par la même personne, constate-t-il. « Même si je sens que je passe à côté de certaines choses en gérant cette pièce tout seul, l’avantage, c’est que tous les éléments finissent par s’unir et dialoguer ensemble. C’est ce qui me pousse à intégrer la danse dans mes créations. »

    En tant que musicien, j'ai l'habitude de travailler avec des machines, des instruments qui répondent à ce que je veux. Avec les danseurs, c'est plus chaotique. Je ne peux pas complètement les transformer ou les amener ailleurs.
    Martin Messier
     

    L’art du détournement

     

    Pour Corps mort, la direction des danseurs ne s’est pas faite sans appréhension. « En tant que musicien, j’ai l’habitude de travailler avec des machines, des instruments qui répondent à ce que je veux. Avec les danseurs, c’est plus chaotique. Je ne peux pas complètement les transformer ou les amener ailleurs. Je me suis aussi rendu compte qu’ils faisaient beaucoup plus partie du processus créatif que je ne le croyais. En général, on n’accorde pas assez de crédit aux danseurs. Dans ce projet, ils sont aussi créateurs que moi. La différence, c’est qu’ils ne ramassent pas tout ensemble à la fin », affirme-t-il.

     

    À partir de son installation, Martin Messier a poursuivi une recherche d’état de corps amorcée avec la danseuse Brianna Lombardo autour de la notion de « corps morts ». Pour le mouvement, il s’appuie sur la sensation du manque d’énergie et l’image d’un corps devenant de plus en plus faible afin d’évoquer « ce moment où on s’éteint petit à petit avant de s’éteindre complètement ». Parallèlement, il exploite le potentiel visuel et sonore des objets du quotidien, jouant avec l’anthropomorphisme en manipulant l’environnement où il les dépose. Ainsi, les chaises, dans l’imaginaire du créateur, deviennent des mammifères à quatre pattes, le miroir de l’être humain présent sur scène.

     

    Selon lui, Corps mort renferme une dimension spirituelle, mais il ne veut pas en dire plus que la création elle-même. « Je veux juste suggérer des idées sans les dire ou les souligner », affirme-t-il, misant plutôt sur les sensations pour apprivoiser et réfléchir notre rapport à la mort.

    Corps Mort
    De Martin Messier, avec Kimberley De Jong, Patrick Lamothe, Simon-Xavier Lefebvre, du 23 au 27 janvier au théâtre La Chapelle.












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