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    D’autres terrains de jeu pour la danse

    Dans les galeries d’art, des écritures chorégraphiques s’élaborent et s’exposent sous toutes leurs coutures

    31 décembre 2016 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Une scène des «Caveaux» d’Alan Lake. Sur la photo, les danseurs David Rancourt et Fabien Piche.
    Photo: Romain Guilbault Une scène des «Caveaux» d’Alan Lake. Sur la photo, les danseurs David Rancourt et Fabien Piche.

    Des artistes de renommée internationale, tels que Jérôme Bel, Anne Teresa De Keersmaeker et Boris Charmatz, se sont eux-mêmes prêtés à l’exercice ces dernières années. L’idée ne date pas d’hier, mais l’engouement des chorégraphes à investir l’espace des établissements muséaux semble faire peau neuve. À Montréal, de manière plus discrète et moins dispendieuse, des danseurs locaux prennent leurs marques dans des lieux d’exposition d’art contemporain. Hors des traditionnels théâtres et des scènes à l’italienne, l’art chorégraphique germe, vit et s’expose dans l’intimité des galeries.

     

    À l’initiative du diffuseur Danse Danse, un nouveau terrain de jeu pour des créateurs de danse a fait son apparition cette année. En accueillant dans son espace de 83 000 pieds carrés de courtes résidences chorégraphiques, L’Arsenal se fait à la fois un stimulant lieu d’exploration et de création pour les artistes, ainsi qu’un lieu de convergence de deux pratiques et de deux publics.

     

    Cette saison, les chorégraphes Caroline Gravel, Clara Furey, Alan Lake, Rhodnie Désir et Frédéric Tavernini ont profité de l’envergure des lieux au passé industriel pour faire avancer leurs recherches respectives. Pour Caroline Ohrt, directrice de la programmation chez Danse Danse et grande amatrice de fusion danse-arts visuels, « l’idée première de ces résidences est d’offrir carte blanche aux artistes. On essaie d’être au plus près à l’écoute de leurs besoins ». En contrepartie, les créateurs sont tenus d’animer un « mardi culturel », soit une soirée de performance suivie de conversations organisées avec le public.

     

    Accès au chantier de la création

     

    « Pour le public, ça amène une autre expérience de l’oeuvre. C’est la possibilité de s’y intégrer, ajoute Caroline Ohrt. Comme diffuseur, c’est un beau luxe quand on est invité à voir le travail des artistes en studio. Avec cette initiative, on partage le luxe de pouvoir frôler la création de près. Je pense très sincèrement qu’en faisant ce type d’activité, on donne accès à une meilleure compréhension de ce qui se passe dans la tête des artistes. Ça permet ensuite de mieux appréhender ce qu’on va voir au théâtre. Le fait que les créateurs soient accessibles peut aussi mener à démystifier ce qu’on voit. »

     

    Peut-on s’attendre à un nouveau lieu de diffusion ? « On n’en est pas encore là, répond la programmatrice. Ça reste un espace loué, alors ça entraîne certains coûts. Ce n’est qu’un début, on est toujours sur un mode exploratoire. Il faut le voir plutôt comme un “hors-les-murs” spontané. Dans l’idéal, bien sûr, il y aurait un soutien technique, des sous pour que les artistes engagent plus de collaborateurs…On amène un public différent à la galerie. L’Arsenal a d’ailleurs accepté de poursuivre le projet l’année prochaine. »

     

    Durant tout le mois de janvier, l’équipe de Dave St-Pierre et Anne Le Beau investiront les lieux pour finir le montage de leur dernière création, Suie. Pendant les résidences, la galerie reste ouverte aux visiteurs. « Pendant un mois, les gens vont pouvoir aller voir ce que Dave fabrique tous les jours », ajoute-t-elle.

     

    Outre le fait que la danse et l’art visuel ont sans doute tout à gagner à mettre leur public en commun, ces nouveaux environnements d’exposition suscitent des rencontres fructueuses entre artistes issus de différentes disciplines. « Quand L’Arsenal a appris ce sur quoi Dave travaillait, il s’est dit que ça serait une bonne occasion de faire une exposition Marc Séguin, car il semble qu’il y ait là un dialogue intéressant », affirme-t-elle.

     

    Toucher, révéler et éveiller l’espace

     

    Si s’emparer des lieux le temps d’une performance est en soi intéressant pour les danseurs, le fait de pouvoir développer les prémices d’un projet sur la longueur, en s’imprégnant de l’univers d’autres artistes, l’est d’autant plus. La possibilité d’interagir avec la matière exposée en galerie est laissée au choix de l’interprète.

     

    C’est d’ailleurs la piste qu’ont choisi de retenir le chorégraphe Frédéric Tavernini et sa collaboratrice Anne Thériault. Durant leur semaine de résidence, ils ont ainsi intégré une installation d’Hannah Perry.

     

    Comme en témoigne l’interprète, présenter des oeuvres chorégraphiques dans ces lieux implique souvent la déambulation du spectateur et, par conséquent, cela change les modalités de représentation. « La notion du temps peut se dilater, du moins la perception qu’on en a change, affirme Anne Thériault. Je trouve intéressant que l’espace soit imprévisible, que la frontalité change toujours. Les gens n’ont pas la même attention dans une galerie que dans un spectacle, où on a une place, où on va s’asseoir, où il fait chaud, où il y a un cadre. Là, l’espace est grand, la température différente. C’est le même plancher qu’on partage. Ça éveille un autre genre de concentration pour le performeur. Même si tu as une idée de l’endroit où tu vas, tu ne sais jamais vraiment ce qui va se passer. Aussi, il n’y a pas de durée de visite spécifique dans une galerie. Certains vont y passer trois heures, d’autres 15 minutes. Pourquoi ça ne s’appliquerait pas aussi aux arts vivants ? »

     

    Entre ces murs, le processus créatif diffère évidemment du travail en studio. « Avec Frédéric [Tavernini], on prenait nos pauses avec les oeuvres de la galerie. Quand on s’arrêtait pour réfléchir, on était continuellement stimulés par le travail des artistes visuels. Parfois, même, on allait se mettre dans une installation. Être entourés de tout ça était très stimulant. Ç’a certainement enrichi et influencé notre manière de travailler », explique la danseuse, qui a souvent apprivoisé les lieux d’arts visuels, notamment dans ses collaborations avec Lynda Gaudreau à la galerie Leonard Bina Ellen (Out of Grace en 2010) et, plus récemment, à la Fonderie Darling en cocréation avec la plasticienne Julie Favreau pour Doux.

     

    Ces liens de plus en plus étroits entre les disciplines ouvrent le champ des possibles et donnent lieu à des performances qui éveillent, révèlent et rendent tangibles certaines expositions, tout en donnant corps et chaleur à la matière sculpturale.

    Les explorations à L’Arsenal Au cours des mardis culturels organisés par Danse Danse, les artistes ont exploité l’espace de L’Arsenal de diverses manières. Caroline Ohrt fait un retour sur les événements présentés à la galerie cette année : « Caroline Gravel a poursuivi sa création devant public en l’intégrant à sa performance. Un film résultera de son travail. Alan Lake venait de faire Les caveaux et a repris des portions de l’oeuvre pour jouer avec elles, les manipuler et les retravailler. Il a exploité l’écran géant de L’Arsenal pour projeter son film Ravage. Rhodnie Désir a profité de l’espace pour également faire des tests, filmer des vidéos promotionnelles et avancer sa création MWON’D avec ses intervenants. Frédéric Tavernini a travaillé dans les oeuvres, car son intérêt est là. Il a profité des lieux pour amorcer une nouvelle création de sa trilogie Dark Muse. »












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