Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Vitrines sur cohabitation perméable

    9 septembre 2016 21h34 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Danse
    Une salle de classe immaculée, deux masques de chien, un sac en plastique rouge faisant office de tableau au mur
    Photo: Cyril Baldy + Tilman O’Donnell Une salle de classe immaculée, deux masques de chien, un sac en plastique rouge faisant office de tableau au mur

    Transfuges de la Forsythe Company, les chorégraphes-interprètes Cyril Baldy et Tilman O’Donnell ont invité des artistes montréalais à concocter avec eux une déambulation à travers quatre univers performatifs dans les salles de classe du Goethe-Institute. Rafraîchissante, savoureuse et truculente, cette cohabitation fait un pied-de-nez salutaire aux diktats en matière de rendement et de normes d’excellence artistique.

     

    Une salle de classe immaculée, deux masques de chien posés par terre, un sac en plastique rouge faisant office de tableau au mur. Portant des masques dans le style Anonymous et des perruques sur la tête, vêtements mous et dépareillés, deux hommes font leur entrée. L’un a une bouche gigantesque de joker, l’autre les cheveux qui lui cachent le visage. Ils ont des corps sveltes et musculeux de danseurs ayant longtemps pratiqué la barre classique.

     

    Dégingandés, Cyril Baldy et Tilman O’Donnell se livrent à une drôle de gestuelle au sol, se déployant par terre sans l’appui des mains. Tour à tour hiératiques et sinueux, droits comme un « i » et avachis, ils passent par plusieurs états poreux. Leur langage corporel est imprégné de traces de ballet classique, traces immanentes qui se transforment en autre chose, qui vont et viennent sur fonds de silence. On n’entend que leurs souffles.

     

    Les deux acolytes – l’un français installé à Francfort et l’autre américain basé à Stockholm – se sont rencontrés au sein de la compagnie de William Forsythe, chorégraphe célèbre pour son style néoclassique rigoureux et son écriture chorégraphique basée sur la déconstruction du ballet.

     

    Leur proposition au Goethe-Institute est fascinante en ceci qu’elle est dépourvue de réinterprétation, de fusion voulue ou de dérision. Ils laissent uniquement résonner l’empreinte de leurs années de ballet, toile de fonds d’une performance expérientielle et immersive.

     

    Mordre la main qui nous nourrit

     

    Dans la salle voisine, Hanako Hoshimi-Caines, Adam Kinner et Jacob Wren sont installés devant des instruments de musique : magnifique piano en bois, basse électrique, batterie et maracas.

     

    Un peu comme s’ils étaient dans leur salon, souvent hilarants, ils discutent à bâtons rompus. Faut-il mordre la main qui nous nourrit, ou la main qui nous punit ? Le refus du joueur de football américain Colin Kaepernick de se lever pendant l’hymne étasunien pour protester contre le racisme est-il mieux que l’art ? Entre cohérence et absurdité, ils discutent d’événements récents ou historiques ayant marqué la culture populaire nord-américaine.

     

    Entre deux échanges, ils permutent de place devant leurs instruments et jouent un morceau entraînant de rock, visiblement composé par le trio. Les paroles cocasses réinterprètent ironiquement les thèmes de chansons populaires. Se levant à tour de rôle pour entonner chaque morceau, les performeurs semblent parfois en rajouter dans l’emphatique. Mais, malgré l’effet comique, ils résonnent parfois de manière poignante, tant ils sont ancrés dans les maux de notre époque.

     

    Trois des salles du parcours comportent de grandes fenêtres donnant sur la rue Saint-Laurent. Des passants s’arrêtent longuement ou pour un petit moment pour ces performances en vitrines.

     

    Dans une autre pièce, une salle de cinéma sans fenêtres, Dana Michel est installée à genoux sur une planche à roulettes. Ses épaules, son bassin, sont traversés d’oscillations, qui prennent peu à peu de l’ampleur. Tout son corps rebondit sur place, d’une manière hypnotique et synesthésique. Insensiblement, on se met à bouger en cadence avec elle.

     

    L’effet de transe est encore renforcé par les onomatopées et les sons gutturaux qu’émet Dana Michel. Galvanisante, les mamelons en uppercut, elle a ce don incroyable de susciter dans les corps et les esprits toute une kyrielle d’états sensoriels et d’imageries. Cérémonie rituelle ? Convulsions animales de plaisir ? Itinérante handicapée ? Michel persiste et signe.

     

    Verres communicants

     

    Dans la dernière proposition, Lydia Elisabeth Östberg Diakité et Karin Bergman, deux étudiantes suédoises en danse tout de noir vêtues, versent du liquide coloré dans des verres alignés le long du mur.

     

    Une fois la séquence des « verres communicants » achevée, elles se mettront à danser, s’appropriant le langage chorégraphique de Cyril Baldy et Tilman O’Donnell, avec qui elles étudient. Belle virtuosité, mais il leur reste encore à acquérir cette présence performative impressionnante qui permet à Baldy et O’Donnell de se passer de point culminant dans leur proposition, donnant à vivre une expérience dans un même lieu.

    Whateverness Singularities
    Concept : Cyril Baldy + Tilman O’Donnell Avec : Cyril Baldy, Karin Bergman, Hanako Hoshimi-Caines, Adam Kinner, Dana Michel, Tilman O’Donnell, Lydia Elisabeth Östberg Diakité, Jacob Wren. Goethe-Institute de Montréal. Jusqu’au 10 septembre à 20 heures.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.