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    Danse

    Bureaucrates au bord de la crise de nerfs

    13 avril 2016 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Minimaliste, la scénographie est enrichie par des jeux de lumière qui balaient l’espace de la scène.
    Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Minimaliste, la scénographie est enrichie par des jeux de lumière qui balaient l’espace de la scène.

    En mettant en mouvement les mélodies épiques et riches en images de Godspeed You ! Black Emperor (GY!BE) lors d’un concert-performance, Holy Body Tattoo se frottait à un défi de taille. En dépit d’une chorégraphie présentant quelques irrégularités et qui se trouve parfois éclipsée par la présence forte des musiciens sur scène et des multiples fragments poétiques de Jenny Holzer, Monumental parvient à dresser avec subtilité le portrait d’une névrose collective devant lequel on pourrait difficilement rester insensible.

     

    Juchés sur des socles blancs, neuf individus formellement vêtus apparaissent figés dans des positions contorsionnées. Comme dans un musée la nuit, une lueur chaude éclaire ces statues qui sortiront peu à peu de leur inertie. Isolés, chacun dans son îlot de lumière et prisonnier de son cubicule, les interprètes aux allures de bureaucrates se meuvent dans des lignes verticales et horizontales. Tout en flexion et extension des bras, dans des replis sur soi, la danse entre en synchronisation avec les pulsations arythmiques de la batterie et les notes plaintives des cordes de GY!BE. Une gestuelle martiale et schizophrénique, d’où se dessinent les gestes d’un seppuku collectif, cloue les interprètes à leur monolithe pendant toute la première partie de l’oeuvre.

     

    Minimaliste, la scénographie est enrichie par des jeux de lumière qui balaient l’espace de la scène. Des néons illuminent les socles qui occuperont une place prépondérante tout au long de l’oeuvre. L’image vidéo d’éoliennes dans un ciel grisâtre en arrière-plan entre en correspondance avec les mouvements des danseurs dans des périodes d’accalmie.

     

    Sortie de secours

     

    L’apparition des musiciens dans une lumière chaude en arrière-plan a pour effet de détacher le regard des mouvements secs et d’une inertie qui traînent tant soit peu en longueur. Les montées en puissance de la musique tendent à surpasser une danse quelque peu monocorde. Une attente se fait sentir avant que ces figures névrotiques vacillent de leurs piédestaux et que les bulles dans lesquelles ils se trouvent étriqués et écartelés éclatent. Des démangeaisons et tics viennent constituer un vocabulaire chorégraphique singulier, une irritation allergique qui en deviendrait presque contagieuse.

     

    Une fois que les interprètes décollent les pieds de leurs socles, l’oeuvre reprend un nouveau vent de fraîcheur et entre en contraste avec le caractère discipliné et autoritaire des premiers mouvements linéaires et spasmodiques répétitifs.

     

    Au sol, des luttes intestines se produisent à travers des portés et des jetés impressionnants. Les corps s’élançant dans le vide, rattrapés in extremis, ainsi que les chutes impromptues des danseurs depuis leurs socles, démontrent une prise de risque et un dépassement des limites propre à l’esthétique percutante de Holy Body Tattoo. Bousculades et exercices de force apportent une profondeur qui résonne avec l’intensité des riffs électriques et mélancoliques des guitares de GY!BE.

     

    Reflet des symptômes d’une course contre la montre quotidienne, où neuf figures anxiogènes finiront sur les rotules, l’oeuvre se clôt sur l’image d’une tentative d’expiation. Dans le ventre d’une machine infernale, la sortie de secours reste encore à trouver.

    Minimaliste, la scénographie est enrichie par des jeux de lumière qui balaient l’espace de la scène. Juchés sur des socles blancs, neufs individus formellement vêtus apparaissent figés dans des positions contorsionnées.
    Monumental
    Chorégraphes : Dana Gingras, Noam Gagnon. Interprètes : Caroline Gravel, Louise-Michele Jackson, Kim De Jong, Shay Kuebler, Louis-Elyan Martin, Esther Rousseau-Morin, Sovann Prom Tep, Michael Watts, Jamie Wright. Musique : Godspeed You ! Black Emperor. Les 11 et 12 avril au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts et le 15 avril au Grand Théâtre de Québec.












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