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    Performance

    Les dernières Edgy Women

    Le chant du cygne de l’événement phare du Studio 303

    25 février 2016 |Catherine Lalonde | Danse
    Andrea Rideout et Miriam Ginestier, têtes dirigeantes du festival Edgy Women
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Andrea Rideout et Miriam Ginestier, têtes dirigeantes du festival Edgy Women

    En 23 ans, le festival Edgy Women a su devenir le moment fort et le phare de la programmation artistique du Studio 303, à Montréal. On a pu y voir défiler les déjantées Nathalie Claude, Antonija Livingstone, Jacqueline Van de Geer et Alexis O’Hara, mais aussi Annie Sprinkle ou Heather Cassils. L’événement de performance de tous poils célèbre depuis le féminisme, dans toute sa complexité, sans être consensuel, en mélangeant la scène queer à celle du Studio 303. Cette année, exit Edgy. Une toute dernière édition, forcément titrée La fin, sera le chant du cygne du festival.

     

    Edgy Women, raconte la fondatrice et directrice artistique Miriam Ginestier, est né par accident. « À l’époque, il n’y avait pas de programmation. Les gens venaient à nous, et Edgy a commencé comme tous nos vernissages danse, en suivant une proposition de Karen Bernard, qui voulait venir présenter chez nous avec deux autres artistes new-yorkaises. La soirée, en 1994, avait été titrée Women from the Edge. L’année suivante, Karen a voulu réitérer l’expérience. » Madame Ginestier a alors été chargée de la programmation. « Je n’aimais pas le nom, qui me rappelait le film d’Almodovar Women on the Verge of a Nervous Breakdown. J’ai changé le titre pourFemmes au-delà/Edgy Women. Et graduellement, l’événement est devenu féministe. »

     

    Il faudra tout de même un peu plus de cinq ans pour que celle qui est devenue depuis directrice générale du Studio 303 ose dire ouvertement que le festival était féministe. « Est-ce parce que ce n’était pas à la mode ? Il y avait certainement plus de connotations (c’est militant, not fun) à l’époque. »

     

    « On voulait célébrer le travail des femmes et le mettre en lumière », renchérit Andrea Rideout, qui a repris les rênes de la programmation il y a trois ans. « Mais en célébrant surtout la complexité, l’étrangeté, ce qui dérange et repousse les limites », complète Miriam Ginestier.

     

    Sexe, genre, corps, race

     

    Quelque 500 artistes ont défilé sur les scènes d’Edgy Women, qui se sont elles-mêmes multipliées, au gré des besoins et des partenaires. La Sala Rossa, La Centrale, et même le club de boxe Chat bleu ont accueilli soirées et spectacles. Est-ce que les thèmes ont évolué, en deux décennies, est-ce que la représentation du féministe a mué ? Difficile question, répondent Ginestier et Rideout, qui s’entendent pour dire qu’Edgy Women a été un microcosme, certainement le reflet d’une scène plus grande, et un accès peut-être pour les curieux de la scène queer qui ne se seraient pas faufilés dans ses lieux-dits. La réflexion sur le genre et les politiques des sexes a pris de l’importance, comme celle sur les races, nomment à vue de nez les âmes du festival. La transformation du corps, les manières dont il peut être utilisé, ce qui le rend féminin ou non, toutes ces questions qui ne datent pas d’hier ont été et sont encore reposées.

     

    Pourquoi en finir avec Edgy ? À cause d’une certaine fatigue artistique, admet Miriam Ginestier, survenue après la grosse édition du 20e anniversaire de 2013. Aussi parce que le financement de Patrimoine canadien a été amputé par le gouvernement conservateur, forçant le festival international sur deux semaines à se condenser en Edgy Redux, une mouture réduite. « Ce fut notre réponse logistique devant la perte de fonds de 15 % que le Studio 303 a subi, mais qui se traduisait pourtant en 85 % de moins pour Edgy Women. En fait, on a été vraiment chanceuses de pouvoir produire encore trois éditions dans ces conditions-là », indique madame Rideout, qui a repris à ce moment-là la direction de la programmation.

     

    Finir en beauté

     

    Mais c’est également pour en appeler à de nouvelles idées qu’Edgy Women laisse la place. « La transition est difficile aussi philosophiquement, poursuit Rideout. On a un passé riche et complexe. Mais je suppose que ce serait plus difficile d’adapter, rendues à ce point, de changer plutôt que de faire place nette, en créant un vacuum. Miriam dit toujours que des choses formidables naissent du vide… »

     

    Le désir de rester porte-parole de la performance féministe reste clair. Mais comment ? Les idées sont déjà là : un camp de performances queer, ou une résidence pour commissaires invités. Mais avant de donner forme au prochain cycle, Miriam Ginestier et Andrea Rideout entendent finir en beauté.

     

    La fin d’Edgy Women se déploiera en trois événements : une rétrospective en forme de joyeuse veillée funéraire lors de la Nuit blanche samedi prochain ; un cabaret avec Alexis O’Hara, Alvis Parsley, Claudia Chan Tak, Judy Virago, Marie-Chantal Scholl, T.L. Cowan, Nathalie Claude et Dayna McLeod au Lion d’Or le 5 mars ; et un enterrement numérique de l’histoire d’Edgy Women sur Wikipédia le 12 mars.

    Andrea Rideout et Miriam Ginestier, têtes dirigeantes du festival Edgy Women Nathalie Claude s’est produite au festival il y a quelques années et sera de la prochaine édition.












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