Fermeture du FIND: certains artistes attendent d'être payés
Le milieu pleure un acteur crucial du développement de la danse
L'annonce de la fermeture du Festival international de nouvelle danse (FIND) laisse le milieu dans le deuil et certains artistes dans le rouge. Le déficit accumulé de 600 000 $ de l'organisme éclabousse non seulement les collaborateurs (diffuseurs et autres), mais aussi des compagnies de danse.
«Je sais qu'au moins une artiste, la compagnie Système D de Dominique Porte, est toujours en attente d'être payée», rapporte Mireille Massé, directrice générale de Diagramme, organisation qui gère les affaires de plusieurs chorégraphes. «Elle avait eu un chèque qui payait son cachet de spectacle (5000 $), mais il a rebondi. On n'a aucune entente et rien ne nous dit si l'on sera payé ou pas.»
La directrice artistique — et longtemps directrice générale — du festival, Chantal Pontbriand, reconnaît que des compagnies nationales et internationales n'ont pas reçu leur cachet. «Il n'y a pas juste les compagnies et les artistes qui sont touchés, mais aussi mon personnel, moi-même et vingt ans d'histoire, s'empresse-t-elle de préciser. Ça ne veut pas dire qu'ils ne seront pas payés. Mais je ne suis pas en mesure pour l'instant de donner de réponses. Je n'ai pas repris les pourparlers avec eux [les subventionneurs] depuis décembre. Il y a beaucoup d'efforts qui ont été faits pour que ça se termine dans les meilleures circonstances possible. J'ai énormément travaillé pour le développement du milieu ici et à l'international. Je ne suis pas quelqu'un qui va laisser les artistes derrière, si c'est possible de faire autrement».
La marge de manoeuvre demeure toutefois bien mince, maintenant que le festival a annoncé qu'il fermait ses portes. Lorsque des organismes sont en difficulté, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) leur envoie une lettre qui garantit l'octroi d'avance de leur subvention pour l'année suivante. «Le CALQ avait émis une lettre d'engagement auprès du FIND pour qu'il puisse établir avec son institution financière une marge de crédit, mais cette lettre est devenue caduque quand le FIND a annoncé qu'il fermait, explique Gaétan Gosselin, porte-parole du CALQ. Le Conseil ne peut pas verser une subvention à une organisation qui ne poursuit pas ses activités».
Le Conseil tient par ailleurs à préciser qu'il n'a pas été interpellé «de manière formelle» pour une demande d'aide de la part du festival, ni avant l'annonce de fermeture, ni après, et que seule la ministre de la Culture avait reçu une lettre formelle annonçant la triste intention de fermer boutique. Et au ministère de la Culture, on s'empresse de souligner que, au-delà de tout, «c'est une grande préoccupation que les artistes soient payés».
Ce curieux dialogue de sourds laisse-t-il croire que la porte reste entrouverte? Festival et subventionneurs se renvoient la balle. Reste à voir lequel des deux camps fera le premier geste. En attendant, les artistes écopent.
Le milieu de la danse en réflexion
Presque un mois après que le Festival international de nouvelle danse a annoncé sa fermeture, les acteurs de la danse montréalaise sont unanimes pour dire leur grande tristesse de voir disparaître l'événement qui a contribué à façonner le paysage montréalais de la danse.
«Le milieu est malheureux, témoigne Lorraine Hébert, directrice générale du Regroupement québécois de la danse, parce que c'est un événement qui a positionné la danse québécoise dans le monde et inversement.»
«C'est une perte terrible pour Montréal, parce que c'est seulement dans le cadre d'un festival qu'on peut prendre certains risques, surtout dans un langage exponentiel comme celui de la danse, insiste pour sa part Yves Scherif, adjoint à la direction de l'Usine C. Le FIND avait une façon très courageuse de présenter certaines pièces, surtout dans les dernières années».
L'autre opinion largement partagée est que Montréal ne peut se passer d'un festival de danse. «Tout le monde s'entend pour souligner l'importance d'un festival», déclare Pierre Des Marais, directeur général de Danse Danse, organisme né dans la foulée de l'annulation des saisons qu'organisait auparavant le FIND.
«Il faut qu'il y ait un événement fort qui fasse du développement de marchés et de publics comme le festival, insiste Diane Boucher, ex-codirectrice du festival. Il faut s'asseoir autour d'une table avec les gens du milieu pour savoir où on veut s'en aller, pour conserver notre public et ce statut que Montréal a acquis beaucoup grâce au festival. Comment ça va se faire? Je ne peux pas répondre à ce moment-ci, mais cela doit se faire en lien avec ce qui se fait déjà».
Car, depuis plusieurs années, un fossé séparait le festival du reste du milieu de la danse à cause d'un manque de concertation de part et d'autre. Ce fossé s'est creusé davantage avec le lancement du Laboratoire international de recherche et de développement de la danse, en mars dernier. Le milieu a alors clairement laissé entendre qu'il désapprouvait la tenue annuelle du festival.
«Elle [Chantal Pontbriand] n'était pas soutenue dans son virage, qui était prématuré dans la conjoncture», confirme Mme Hébert. Celle-ci souligne notamment la vision «très large» du nouveau projet du Laboratoire, qui englobait la recherche et débordait de son cadre biennal pour se faire une place en saison, empiétant ainsi sur le milieu. «Elle saisissait bien tout ce qu'il y avait à faire pour le milieu, mais elle ne pouvait pas le faire toute seule», explique Mme Hébert.
D'un côté, une directrice de festival visionnaire qui faisait cependant trop souvent cavalier seul, de l'avis de plusieurs; de l'autre, un milieu qui s'est consolidé et ouvert sur la création d'ici et d'ailleurs (entre autres grâce au travail de défrichement du festival) et qui en a eu marre d'être laissé de côté. Déjà palpable avant, la cassure semble s'opérer définitivement. Il serait toutefois malheureux que le développement de l'art dansant paie les frais d'une telle mésentente.
«Je sais qu'au moins une artiste, la compagnie Système D de Dominique Porte, est toujours en attente d'être payée», rapporte Mireille Massé, directrice générale de Diagramme, organisation qui gère les affaires de plusieurs chorégraphes. «Elle avait eu un chèque qui payait son cachet de spectacle (5000 $), mais il a rebondi. On n'a aucune entente et rien ne nous dit si l'on sera payé ou pas.»
La directrice artistique — et longtemps directrice générale — du festival, Chantal Pontbriand, reconnaît que des compagnies nationales et internationales n'ont pas reçu leur cachet. «Il n'y a pas juste les compagnies et les artistes qui sont touchés, mais aussi mon personnel, moi-même et vingt ans d'histoire, s'empresse-t-elle de préciser. Ça ne veut pas dire qu'ils ne seront pas payés. Mais je ne suis pas en mesure pour l'instant de donner de réponses. Je n'ai pas repris les pourparlers avec eux [les subventionneurs] depuis décembre. Il y a beaucoup d'efforts qui ont été faits pour que ça se termine dans les meilleures circonstances possible. J'ai énormément travaillé pour le développement du milieu ici et à l'international. Je ne suis pas quelqu'un qui va laisser les artistes derrière, si c'est possible de faire autrement».
La marge de manoeuvre demeure toutefois bien mince, maintenant que le festival a annoncé qu'il fermait ses portes. Lorsque des organismes sont en difficulté, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) leur envoie une lettre qui garantit l'octroi d'avance de leur subvention pour l'année suivante. «Le CALQ avait émis une lettre d'engagement auprès du FIND pour qu'il puisse établir avec son institution financière une marge de crédit, mais cette lettre est devenue caduque quand le FIND a annoncé qu'il fermait, explique Gaétan Gosselin, porte-parole du CALQ. Le Conseil ne peut pas verser une subvention à une organisation qui ne poursuit pas ses activités».
Le Conseil tient par ailleurs à préciser qu'il n'a pas été interpellé «de manière formelle» pour une demande d'aide de la part du festival, ni avant l'annonce de fermeture, ni après, et que seule la ministre de la Culture avait reçu une lettre formelle annonçant la triste intention de fermer boutique. Et au ministère de la Culture, on s'empresse de souligner que, au-delà de tout, «c'est une grande préoccupation que les artistes soient payés».
Ce curieux dialogue de sourds laisse-t-il croire que la porte reste entrouverte? Festival et subventionneurs se renvoient la balle. Reste à voir lequel des deux camps fera le premier geste. En attendant, les artistes écopent.
Le milieu de la danse en réflexion
Presque un mois après que le Festival international de nouvelle danse a annoncé sa fermeture, les acteurs de la danse montréalaise sont unanimes pour dire leur grande tristesse de voir disparaître l'événement qui a contribué à façonner le paysage montréalais de la danse.
«Le milieu est malheureux, témoigne Lorraine Hébert, directrice générale du Regroupement québécois de la danse, parce que c'est un événement qui a positionné la danse québécoise dans le monde et inversement.»
«C'est une perte terrible pour Montréal, parce que c'est seulement dans le cadre d'un festival qu'on peut prendre certains risques, surtout dans un langage exponentiel comme celui de la danse, insiste pour sa part Yves Scherif, adjoint à la direction de l'Usine C. Le FIND avait une façon très courageuse de présenter certaines pièces, surtout dans les dernières années».
L'autre opinion largement partagée est que Montréal ne peut se passer d'un festival de danse. «Tout le monde s'entend pour souligner l'importance d'un festival», déclare Pierre Des Marais, directeur général de Danse Danse, organisme né dans la foulée de l'annulation des saisons qu'organisait auparavant le FIND.
«Il faut qu'il y ait un événement fort qui fasse du développement de marchés et de publics comme le festival, insiste Diane Boucher, ex-codirectrice du festival. Il faut s'asseoir autour d'une table avec les gens du milieu pour savoir où on veut s'en aller, pour conserver notre public et ce statut que Montréal a acquis beaucoup grâce au festival. Comment ça va se faire? Je ne peux pas répondre à ce moment-ci, mais cela doit se faire en lien avec ce qui se fait déjà».
Car, depuis plusieurs années, un fossé séparait le festival du reste du milieu de la danse à cause d'un manque de concertation de part et d'autre. Ce fossé s'est creusé davantage avec le lancement du Laboratoire international de recherche et de développement de la danse, en mars dernier. Le milieu a alors clairement laissé entendre qu'il désapprouvait la tenue annuelle du festival.
«Elle [Chantal Pontbriand] n'était pas soutenue dans son virage, qui était prématuré dans la conjoncture», confirme Mme Hébert. Celle-ci souligne notamment la vision «très large» du nouveau projet du Laboratoire, qui englobait la recherche et débordait de son cadre biennal pour se faire une place en saison, empiétant ainsi sur le milieu. «Elle saisissait bien tout ce qu'il y avait à faire pour le milieu, mais elle ne pouvait pas le faire toute seule», explique Mme Hébert.
D'un côté, une directrice de festival visionnaire qui faisait cependant trop souvent cavalier seul, de l'avis de plusieurs; de l'autre, un milieu qui s'est consolidé et ouvert sur la création d'ici et d'ailleurs (entre autres grâce au travail de défrichement du festival) et qui en a eu marre d'être laissé de côté. Déjà palpable avant, la cassure semble s'opérer définitivement. Il serait toutefois malheureux que le développement de l'art dansant paie les frais d'une telle mésentente.
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