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    Pénurie de plastique et machines désirantes

    Jacques Poulin-Denis livre une fable futuriste et écologique ciselée et captivante

    22 avril 2015 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Danse
    Photo: Dominique T. Skoltz

    Les créations de Jacques Poulin-Denis se suivent et ne se ressemblent pas. (Very) Gently Crumbling met en scène quatre femmes dans un monde futuriste, passant au crible l’effondrement de la civilisation par le biais des corps. Ironie poétique d’une œuvre sobre et galvanisante qui entremêle danse, musique, arts visuels et littérature.

    Le décor est minimaliste et ludique, dans les tons technicolor d’une crèche pour enfants : un cactus en papier, deux coussins dans une drôle de matière — pâte à modeler rose qu’on meurt d’envie d’aller tâter sur scène — et un gros ballon jaune dégonflé, avec une longue queue qui disparaît dans les coulisses.

    Une soufflerie se met en marche et le ballon commence à prendre de l’ampleur, façonnant une sorte d’animal. Au gré des arrêts et reprises de la soufflerie, l’animal-ballon vibre, s’affaisse et reprend forme. Spectacle sans acteurs contemplatif et berçant, fascinant par l’organicité du plastique bruissant de vie.

    Une voix féminine désincarnée nous souhaite la bienvenue, nous enjoint de nous installer confortablement et de « nous glisser dans notre peau, comme dans des couvertures de soie ». Elle fait penser à ces intelligences artificielles qui tiennent compagnie aux astronautes dans les films. Écrit par Étienne Lepage, son discours est délicieusement surréaliste. Il laisse entrevoir un monde marqué par l’aliénation, peuplé par des humains déconnectés de leur milieu de vie et hyperperformants.

    Apparaissent quatre femmes, bouches ouvertes et yeux écarquillés. Elles se meuvent au son d’une musique électronique ouvragée composée par Poulin-Denis, dont les sonorités collent à merveille à l’univers de science-fiction. Vêtues de manière identique (en short rose bonbon et haut rose clair), les danseuses aux muscles déliés évoquent des amazones transgéniques ou des poupées androïdes, déployant une fascinante gestuelle angulaire et déstructurée, tout en lignes syncopées.

    Si l’effondrement est le fil d’Ariane de la création et de sa partition chorégraphique, celle-ci a évité l’écueil des mille modalités de la chute. Mettant en branle toutes les parties du corps, du bout du nez au pied, l’écriture n’est jamais uniforme. Elle n’en finit plus de muter, passant par des changements de qualité, de rythme, de tempo, d’amplitude. La fluidité et le circulaire infiltrent les traits et les saccades. Magnifique passage où les danseuses sautent à pieds joints les bras en l’air, en apparence similaires, mais conservant leurs individualités.

    Laissant le champ libre à l’imagination, la création ne partage avec Gently Crumbling, créée en 2011 par Poulin-Denis, que le titre et la thématique de l’écroulement. Plus physique et plus kinesthésique que les dernières créations du chorégraphe, (Very) Gently Crumbling donne à voir un plastique qui semble vivant et des humaines devenues machines. Tel un réquisitoire jamais littéral contre les maux de la modernité, par une pièce formidable et très fine, savoureusement lucide.

    (Very) Gently crumbling
    Création et musique : Jacques Poulin-Denis. Avec Caroline Gravel, Claudine Hébert, Anne-Marie Jourdenais, Katrine Patry. Texte : Étienne Lepage. Éclairages : Alexandre Pilon-Guay. Au Théâtre La Chapelle, jusqu’au 25 avril.












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