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    La gigue dans tous ses éclats

    Une sixième biennale pour fêter 15 ans de gigue contemporaine

    21 mars 2015 | Frédérique Doyon - Collaboratrice | Danse
    L’heure est aujourd’hui à la déconstruction de la gigue.
    Photo: Svetla Atanasova L’heure est aujourd’hui à la déconstruction de la gigue.

    Une saine évolution ne va pas sans un bienfaiteur élément perturbateur. Pour sa sixième biennale, BIGICO gigue contemporaine invite une chorégraphe toute contemporaine à créer une des quatre pièces de son programme. Prérequis : ne pas connaître la gigue et ses a priori pour mieux la confronter à d’autres possibles.

     

    Cette chorégraphe, c’est Isabelle Boulanger, qui se joindra à Fente ta gigue!, une courte pièce de 10 minutes, et à trois autres créations issues du mouvement de la gigue contemporaine des gigueux d’aujourd’hui : Un set vicieux de Philippe Meunier, L’indifférence de Ian Yaworski et Une gigue sur le coeur de Sandrine Martel-Laferrière.

     

    « Je voulais cette distanciation, explique le fondateur et directeur artistique de BIGICO, Lük Fleury. Ça nous permet d’accéder à un nouveau territoire parce que nous [les artistes de la gigue], on a une relation identitaire, filiale, avec la gigue, qui est toujours notre moteur de création. Isabelle n’a pas ce lien émotif ; pour elle, la gigue est une composante du mouvement comme un saut ou un geste de la main. »

     

    Après avoir défriché son propre langage, rassemblé et formé ses créateurs pendant 15 ans, le mouvement de gigue contemporaine est donc mûr pour rebrasser ses codes et secouer ses habitudes. Fondée en 2005, la biennale a d’abord vu ses artistes s’approprier et personnaliser ce langage, puis découvrir son potentiel émotif. L’heure est aujourd’hui à sa déconstruction.

     

    Le rythme essentiel

     

    Si les gigueux contemporains revisitent déjà le folklore d’antan, certains venus de la danse contemporaine (comme Marie-Soleil Pilette et Maïgwenn Desbois), d’autres des scènes plus traditionnelles (Lük Fleury, Nancy Gloutnez), Isabelle Boulanger n’en connaît pas même le vocabulaire ni les techniques. « Elle a déstructuré la gigue pour qu’il en reste des fragments ; on la voit, on la reconnaît, mais c’est totalement hors rythme, hors structure », dit Lük Fleury.

     

    D’où le titre de cette biennale, Gigue, corps et esprit. Car « il faut une force d’esprit pour aller à l’encontre du rythme qui lui est inhérent », poursuit-il. « Je ne veux pas que ça ressemble à Riverdance »,explique Isabelle Boulanger dans une courte vidéo de présentation de sa création. Elle se joue donc des « pas super synchro », de la verticalité inhérente à la gigue.

     

    Reste que le rythme — même subverti — demeure un point d’ancrage de la gigue. Le choix d’Isabelle Boulanger vient d’ailleurs du travail profondément rythmique de sa pièce Fente-toi, inspirée du monde du sport, qu’avait vue Lük Fleury en 2012. Dans une autre pièce au menu de la biennale, Sandrine Martel-Laferrière pousse jusqu’au bout cette notion de rythme en dansant sur ses propres battements cardiaques (retransmis par un cardiofréquençomètre) pour montrer que « le coeur est un organe qui s’adapte, qui bouge », résume-t-elle, À l’image de la gigue actuelle… Cette rythmique corporelle et sonore fondamentale est aussi gage d’union et de partage dans une société qui carbure à l’individualisme, comme en témoignera la pièce de Ian Yaworski.

     

    Autre signe de sa maturité, la gigue croise ses fers avec d’autres formes. Il y a quelques semaines, la chorégraphe et metteure en scène Menka Nagrani articulait la pièce de théâtre Le chemin des passes dangeureuses de Michel Marc Bouchard autour de cette danse sonore. Un geste artistique qui visait à brandir fièrement cet art profondément lié à l’héritage culturel québécois, qu’on semble avoir rejeté en bloc.

     

    « J’ai cherché un texte ancré dans la québécitude pour mettre en avant la gigue contemporaine », rapporte celle qui dirige la compagnie Des pieds et des mains, en saluant le travail de Lük Fleury et de Tangente, qui le soutient depuis ses débuts. « Il y a un manque de fierté par rapport à nos langages traditionnels. C’est associé à quelque chose de kitsch, de quétaine, alors qu’il y a une grande richesse dans notre folklore. Plein d’autres cultures le reconnaissent, mais nous, nos bands de musique trad tournent partout dans le monde sauf chez nous. » Elle a donc associé la honte des trois frères du récit de Michel Marc Bouchard envers leur père exubérant à celle des Québécois envers leurs racines. Une honte que la gigue vient en quelque sorte exorciser… pour que l’art québécois d’aujourd’hui se réconcilie avec ses expressions culturelles d’hier.

    La Biennale de gigue contemporaine
    Présentée par BIGICO et Tangente au Studio Hydro-Québec du Monument-National du 26 au 28 mars












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