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    Danse

    Du spectacle à la sieste sensorielle

    25 février 2015 |Nayla Naoufal | Danse
    Une scène tirée de «Dark Meaningless Touch»
    Photo: Svetla Atanasova Une scène tirée de «Dark Meaningless Touch»
    m/Other et dark meaningless touch 
    De Benjamin Kamino, Avec Robert Abubo, Amanda Acorn, Paul Chambers, Ellen Furey, Benjamin Kamino, Gabby Kamino, Jesse Orr, Timothy Rodrigues, Simon Portigal et Christopher Willes, à Tangente au Théâtre Aux Écuries, jusqu'au 27 février.

    Toucher autrui sans ressentir de sensations ou d’émotions…  Une gageure absurde? Non, un exercice corporel éprouvé en atelier et transposé par son concepteur, le chorégraphe Benjamin Kamino, dans sa 4e création. Comprenant une performance et une installation, cette pièce inventive est cependant sibylline.

    Un grand plancher de bois clair, autour duquel le public s’assoit par terre, surplombé par une toile blanche à hauteur variable. Au centre, un homme et une femme en tenue d’Ève. Fascinants, lui délié, elle plantureuse, ils s’imbriquent lentement, roulent, s’effleurent du dos de la main au son d’une musique qui alterne entre électroacoustique et chants.  

    m/Other donne à voir Benjamin Kamino et sa mère, la chorégraphe torontoise Gabby Kamino. Il y a quelque chose du rituel mystique dans leur duo à la fois brut et délicat. La lumière joue joliment sur leurs corps, dont la nudité faite de pénis et de chairs mouvantes, de cheveux en désordre et de tatouages évoque l’humanité dans son essence.

    Des personnes commencent à se mouvoir au sol, avançant insensiblement vers le centre. On nous invite à nous allonger par terre. Le plancher est peu à peu jonché de corps. Truffé de transmetteurs, le plancher vibre, prodiguant un semblant de massage.

    Pendant l’installation dark meaningless touch, il est difficile de distinguer les danseurs des spectateurs. On dirait que, d’un commun accord, toutes les personnes présentes ont voulu faire se fondre dans la mêlée.

    Mais certains enlèvent un vêtement. D’autres lisent à voix basse. Ici et là, des corps s’empoignent, se touchent.
     
    « Fais-tu partie de la pièce? » « Non, mais je crois qu’on fait tous partie de la pièce »
     
    Drôle de création que la 4e de Benjamin Kamino. Y sont à l’œuvre une esthétique de l’ellipse et de l’inachevé ainsi qu’un esprit de bricolage et d’auberge espagnole. Les interprètes s’interrompent pour discuter avec des spectateurs. Certains se rhabillent, puis se déshabillent à nouveau. Du reste, seul Benjamin Kamino est intégralement nu. Gagnés par cette liberté, certains spectateurs imitent les danseurs ou s’embrassent à bouche que veux-tu.

    En dépeignant des gestes gratuits, la pièce semble traversée par une critique sociale et artistique en filigrane. Kamino explique dans le dossier de presse qu’il est en quête de significations qui n’ont rien à voir avec l’économie capitaliste. Ainsi, les livres parsemés sur le sol comprennent L’insurrection qui vient du Comité invisible.

    Création sensible et courageuse, ce diptyque a ceci de très intéressant qu’il est composé de deux parties complémentaires, le spectacle et l’expérience. Mais il est aussi hermétique et on regrette que les actions n’y soient qu’esquissées et jamais menées à leur terme. Malgré des prémices prometteuses, la pièce tourne à vide, laissant le goût de quelque chose d’inachevé.













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