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    La mémoire de la danse

    La conservation et la transmission du patrimoine sont devenues un enjeu d’actualité

    21 février 2015 | Frédérique Doyon - Collaboratrice | Danse
    «Cartes postales de Chimère» avait fait émerger un « nouvel alphabet » lors de sa création.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Cartes postales de Chimère» avait fait émerger un « nouvel alphabet » lors de sa création.

    Vingt ans après la création de Cartes postales de Chimère, Louise Bédard reprend ce solo marquant de son parcours pour les 25 ans de sa compagnie… tandis que le Musée de la civilisation de Québec propose Corps rebelles, une première « exposition » sur la danse. Deux actes essentiels pour la mémoire vivante de la danse, un enjeu brûlant d’actualité pour le milieu.

     

    En 1996, Louise Bédard s’est enfermée en studio dans l’urgence d’une quête. Le chorégraphe Jean-Pierre Perreault, pour qui elle a beaucoup dansé, lui disait toujours « faut que tu relâches, t’es trop raide », se souvient-elle. « J’allais donc travailler sur ces qualités d’abandon — des bras surtout dans l’espace — et comment ça se traduit dans l’esprit. C’est un solo formel, mais on plonge aussi en cette femme traversée par plusieurs autres, comme des fulgurances. Je ne voulais pas juste de belles formes plaquées sur moi, je voulais m’y investir pour qu’elles m’appartiennent. »

     

    Entre poids et légèreté, intimité et extase, Cartes postales de Chimère a fait émerger un « nouvel alphabet » et « donné l’impression de vivre un moment unique », selon les critiques de l’époque. Le solo a aussi valu à sa chorégraphe-interprète le prix national de la danse Jean A. Chalmers.

     

    Comment retrouver aujourd’hui ces qualités impalpables ? « Heureusement, j’avais un cahier de notes et une vidéo, sinon je ne me serais souvenu de rien », confie-t-elle. Mais le puzzle repose aussi largement sur la transmission de la pièce à deux interprètes, Isabelle Poirier et Lucie Vigneault, qui la danseront en alternance.

     

    « Je tenais à en avoir deux, confie la chorégraphe. Car la force et la vulnérabilité qui m’habitaient à l’époque, je voulais voir comment chacune se l’approprierait différemment, comprendre pourquoi cette qualité-là passe dans ce corps mais pas dans l’autre — ou autrement. »

     

    Cette transmission d’un corps à l’autre fait de Cartes postales de Chimère un legs à la communauté autant que le voeu d’une artiste. C’est pourquoi la reprise-passation fait l’objet d’une « boîte chorégraphique » à la Fondation Jean-Pierre Perreault (FJPP) qui, depuis la mort de son créateur, oeuvre à élargir sa mission de valorisation du patrimoine chorégraphique à l’ensemble des artistes québécois.

     

    « On a une histoire et on ne doit pas la perdre ; on doit faire en sorte que le grand public y ait accès », indique Lise Gagnon, directrice de la FJPP. Par sa nature éphémère et mouvante, le patrimoine dansant ne peut se résumer à un simple geste d’archivage, de conservation. « La conservation est une chose, poursuit Mme Gagnon. Mais si on ne valorise pas le patrimoine, ça reste un potentiel. Il faut que ce patrimoine vive ; ça implique donc quelque chose de l’ordre de la transformation. »

     

    Danser au musée

     

    Les boîtes chorégraphiques réunissent tous les éléments nécessaires à la reconstruction d’une oeuvre : cahier de scénarisation (réalisé dans ce cas-ci par Isabelle Poirier), plan d’éclairages, fiches de costumes et de décors, vidéos de répétition et de spectacle, entretiens avec les créateurs, etc. Celle de Louise Bédard s’ajoute à celles déjà consacrées à Joe et à Rodolphe de Jean-Pierre Perreault, à Bras de plomb de Paul-André Fortier et à Duos pour corps et instruments de Danièle Desnoyers.

     

    Ce travail de valorisation de la FJPP a alimenté une partie de Corps rebelles, première exposition vouée à la danse au Musée de la civilisation, qui débute le 11 mars. Les visiteurs pourront danser un extrait de l’oeuvre phare de Perreault, Joe, grâce à un atelier immersif réalisé par Moment Factory. L’exposition, qui voyagera ensuite à Lyon, vise à démystifier la danse contemporaine à travers des thèmes comme le corps urbain, naturel, social. Un studio accueillera aussi une douzaine de compagnies, dont celles de Karine Ledoyen, de Harold Rhéaume, d’Emmanuel Jouthe et de Lucie Grégoire, avec qui le public pourra échanger. Pour une expérience muséale atypique, qui se répand à travers le monde.

     

    « On aborde habituellement l’objet physique en 2D ou en 3D, là c’est immatériel, ça nous permet de penser l’exposition différemment », explique Michel Côté, directeur de l’établissement, qui a souvent fait appel à des artistes de la scène pour repousser les limites de la muséographie.

     

    « L’insertion des arts vivants dans l’institution muséale oblige celle-ci à travailler avec le corps, donc avec les personnes porteuses du patrimoine. Cette collaboration est une caractéristique intimement liée à la conservation de l’art vivant », explique Gabrielle Laroque, qui vient de finir sa maîtrise en muséologie sur ce patrimoine particulier et travaille à un autre projet de mémoire chorégraphique au Regroupement québécois de la danse (voir l’encadré).

     

    À l’inverse, la relativement jeune discipline, qui carbure à la création, se préoccupe plus sérieusement de son passé depuis quelques années : « Il y a une volonté de créer des traces, d’être dans une transmission plus pérenne, au-delà du corps », dit-elle, fascinée d’assister à cette volonté venue de l’intérieur du milieu.

    http://www.ledevoir.com/documents/video/corpsrebelles_extrait1.mp4












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