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    La danse avance masquée

    12 février 2015 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Danse
    Photo: Austin Young
    Somewhere Between Maybe
    De : Dana Gingras. Avec : Sonya Stefan et Jamie Wright. Musique : The Caretaker, Roger Tellier-Craig. À l’Agora de la danse, jusqu’au 13 février.

    Délaissant l’animation et la physicalité du mouvement, la chorégraphe vancouvéroise Dana Gingras sort de sa zone de confort avec une création lynchienne, nimbée d’une douceur singulière. Aux lisières de la performance, des arts visuels, du théâtre d’objets, du burlesque et de la danse, Somewhere Between Maybe innove, remue et met en joie.

     

    Sur une scène que le public surélevé regarde en contrebas, deux tourne-disques tranchent dans la pénombre par le bleu électrique des vinyles. Du plateau éclairé à moitié et entouré de rideaux noirs se dégage une atmosphère feutrée et intimiste. Vêtue de rouge de pied en cap, une jeune femme met en marche une platine. Au son de la musique nostalgique qui s’égrène, Jamie Wright fait de petits pas, rappelant la marche entravée des Chinoises d’antan aux pieds bandés. On ne voit que son dos, jusqu’à ce qu’elle s’engouffre dans les rideaux. On voit alors émerger de l’étoffe noire un bras à l’horizontale, qui se dérobe à nouveau. Après un cycle d’apparitions et de disparitions de parties corporelles d’une grande poésie visuelle survient une autre jeune femme, Sonya Stefan, tout en bleu.

     

    Dans Somewhere Between Maybe, la gestuelle prend peu d’ampleur, tout en étant précise et minutieuse. Bassins arqués, pas entravés ou démesurés, oscillations de la colonne, les danseuses se livrent à des micromouvements. Renversant de l’eau par terre, Wright tourne sur place, en se déhanchant légèrement et en esquissant des coups de boxe. Ce qui est passionnant, c’est que ce petit manège cocasse semble déclenché par l’eau, comme si l’interprète prenait plaisir à la sensation de l’eau sous ses pieds et à son clapotis.

     

    Sauts, cordes, balles et autres objets sont manipulés par les danseuses. Stefan déploie une corde à travers le plateau, enroulant la jambe de Wright qui dépasse du rideau. Alors que les danseuses ne sont plus visibles, la corde bouge toute seule. Ainsi, la création foisonne d’objets animés de vie. Un seau tourne sur lui-même, une kyrielle de balles roule sur une scène désertée…

     

    La chorégraphie minimale correspond davantage à des actions dansées qu’à une partition gestuelle. Et ces actions sont tronquées, rappelant la technique filmique du faux raccord. Car si Gingras a mis de côté la vidéo, elle intègre dans la scénographie et l’écriture de Somewhere Between Maybe des effets du 7e art, comme le cadre et le zoom, organisant le regard du public comme au cinéma.

     

    L’ambiance de la pièce évoque certains films de David Lynch, la noirceur en moins. On décèle aussi l’empreinte de Tati. Quant aux masques transparents portés par les danseuses et aux faux seins et fesses de Sonya Stefan, on les doit à l’influence de Cindy Sherman, dont se réclame la pièce.

     

    Gingras a-t-elle voulu déconstruire les stéréotypes associés à la féminité, à l’instar de Sherman ? Si c’est le cas, elle le fait tout en subtilité et sensibilité, laissant la voie ouverte à l’interprétation. Création impressionniste, Somewhere Between Maybe cultive la délicatesse de l’attention, conjuguant fantaisie et finesse.

    Somewhere Between Maybe
    De : Dana Gingras. Avec : Sonya Stefan et Jamie Wright. Musique : The Caretaker, Roger Tellier-Craig. À l’Agora de la danse, jusqu’au 13 février.












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