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    Danse

    Et pourtant ils tournent

    30 janvier 2015 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Danse
    Photo: Svelta Atanasova
    IDIOM
    De et avec Jennifer Dallas et Bienvenue Bazié

    Suivi de
    Le projet qui tourne
    Marie Claire Forté
     
    +ENTRE
    Aurélie Pedron
     
    29, 30 et 31 janvier, 19h30
    1er février, 16h
    « Ne pas tourner soi-même, mais être tourné. » Ces mots de la danseuse Mary Wigman semblent parler de Marie Claire Forté, Jody Hegel, Adam Kinner et Catherine Lalonde dans leur création à la grâce singulière et à la finesse drolatique Le projet qui tourne. Et en première partie de ce double programme pas aussi contrasté qu’on pourrait le croire, la Canadienne Jennifer Dallas et le Burkinabé Bienvenue Bazié font de la danse une rencontre par-delà les différences.

     

    Apprivoisement escamoté

     

    Ils sont beaux, lui aussi sombre et robuste qu’elle est claire et menue. Sur un côté de la scène, des ampoules sont suspendues dans des cageots à légumes, créant une lumière feutrée. Jennifer Dallas et Bienvenue Bazié entament une danse à deux, timide de prime abord. L’un derrière l’autre ou l’un à côté de l’autre, ils se livrent à une chorégraphie de bras : déployés puis refermés et protecteurs ; suspendus tels des arcs prêts à tirer… Le duo se fait plus mobile. Les mains sont à l’avant-plan : tendues en offrande ou jointes devant la poitrine en prière — pour la paix ?

     

    Il y a des moments puissants et de jolies trouvailles, comme ce déhanché pendant lequel Bienvenue roule les épaules et caresse le sol des pieds, provenant probablement du vocabulaire gestuel de Bazié. Mais dans l’ensemble, le chassé-croisé est quelque peu convenu, évoquant la contact-improvisation ou le langage des signes.

     

    Surtout, la partition est bien trop rapide, notamment celle interprétée par Bazié. Les mouvements semblent escamotés, brisant l’impression d’harmonie sensible. Un apprivoisement ne devrait-il pas se faire en douceur, dans l’écoute lente de l’autre ?

     

    L’obsession du tour

     

    Vêtus de jupes de diverses couleurs — même Adam Kinner en porte une —, les interprètes sont debout et immobiles. Insensiblement, ils commencent à pivoter, s’arrêtant au bout d’un quart de tour. Progressivement, leurs tours se font moins verticaux. Ils se rapprochent inexorablement, comme attirés les uns par les autres et se rapprochent parfois du sol. Leurs gestes se font précaires et loufoques, les membres s’enchevêtrent. Tout ce qui compte est ce tour qui les parcourt.

     

    Le silence, parfois troublé par un ventilateur ou des bruitages (le son est d’Adam Kinner), participe à un sentiment de contemplation. Puis ce silence est troublé par une conversation délirante à bâtons rompus, qui reprend le fil d’autres conversations. Lalonde cherche la date d’entrée du mot « vagin » dans le dictionnaire, tandis que Forté annonce qu’elle va se faire couper les cheveux mercredi prochain.

     

    Fascinante, cette pièce est aussi expérientielle et kinesthésique. On se surprend à vouloir tourner. On rit de l’instabilité des échafaudages. En permettant une multiplicité des perspectives, le tour permet une ouverture à l’autre, finalement plus efficacement qu’une écriture conçue dans ce but.

    Idiom suivi de Le projet qui tourne
    De et avec Jennifer Dallas et Bienvenue Bazié et de et avec Marie Claire Forté, Jody Hegel, Adam Kinner et Catherine Lalonde, à Tangente, au Monument-National, jusqu’au 1er février.












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