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    Critique danse

    Le banquet de Lina Cruz

    22 janvier 2015 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Danse
    Photo: Nicolas Sado
    Imaginarium, ne pas nourrir les animaux !
    Chorégraphe : Lina Cruz. Interprètes : Tanya Crowder, Danielle Davidson, Jean-François Duke, Catherine Larocque et Fabien Piché. Musiciens et performeurs : Philippe Noireaut et Ghislaine Deschambault. À l’Agora de la danse jusqu’au 23 janvier.

    Selon le Banquet de Platon, Zeus aurait coupé les humains en deux, nous condamnant à rechercher en permanence notre moitié. Inaugurant avec panache l’année à l’Agora, la création aboutie et captivante de Lina Cruz semble réunir les moitiés, façonnant un univers féerique et libertaire peuplé par des créatures doubles, à la fois danseuses et musiciennes, humaines et animales, hommes et femmes.

     

    Cinq danseurs en vestes noires ouvertes sur soutiens-gorge en dentelle (rembourrés pour les deux hommes). Converses et cuissardes rouges pour Noireaut et un collier de cymbales importées de la cuisine pour la mezzo-soprano Ghislaine Deschambault.

     

    Entre cérémonie du thé et tour de passe-passe, la danse de Catherine Larocque avec une tasse et une soucoupe donne le coup d’envoi d’une écriture surprenante et saccadée, tout en contrastes réussis : ronds de jambe, relevés, tours et développés riment avec désarticulation et ondulation. Le buste serpente et se cambre, donnant parfois lieu à un numéro d’adresse, tasse en équilibre sur la bouche. Les mains frétillent et entourent le visage, les bras tranchent l’espace. Le breakdance, les claquettes et les arts martiaux font parfois irruption.

     

    Empreinte de théâtralité, la gestuelle tout au long de la création est à l’avenant du premier solo. Déclinés également au sol, les mouvements des interprètes sont souvent teintés d’animalité. On croit deviner un flamand rose, un gorille, une autruche…

     

    L’écriture chorégraphique est en osmose parfaite avec la musique composée et jouée par Philippe Noireaut. La trame sonore expérimentale et bruitiste fait appel au piano, à la flûte, aux percussions, aux cloches, parfois au spoken word, au chant merveilleux de Deschambault…et aux interventions des danseurs, qui participent par des diatribes et des chants en italien, des onomatopées, des rires et des tintements de tasses. Et, à un moment, par des gémissements orgasmiques : le sexe s’immisce parfois dans la pièce. Perché sur un observatoire en hauteur, Fabien Piché simule une masturbation qui finit en cascades de pièces de monnaie.

     

    Imaginarium, ne pas nourrir les animaux ! égrène aussi un pas de deux des musiciens, ainsi que des portés touchants et poétiques, illustrateurs de la condition humaine. On y retrouve solidarité, parasitisme, luttes de pouvoir… La création est éminemment politique sous des couverts de cocasserie. Elle donne à voir une revue militaire ; elle donne à entendre « la guerre est la bonne fortune de l’État » ; « Dieu est mort ».

     

    Portée par des performeurs formidables, Imaginarium offre une plongée rafraîchissante dans l’imaginaire fantasmagorique de Cruz, tout en proposant une réflexion critique sur les réalités sociales, politiques et artistiques. Surtout, elle fait partie de ces oeuvres qui brassent les tripes, le corps et l’esprit, rendant respirable un monde devenu inhabitable.

    Imaginarium, ne pas nourrir les animaux!
    Chorégraphe : Lina Cruz. Interprètes : Tanya Crowder, Danielle Davidson, Jean-François Duke, Catherine Larocque et Fabien Piché. Musiciens et performeurs : Philippe Noireaut et Ghislaine Deschambault. À l’Agora de la danse jusqu’au 23 janvier.












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