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    Délires et beignets corporels

    28 novembre 2014 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Danse
    Photo: Svelta Atanasova

    Le ruban de Möbius, sorte de bande à deux dimensions sans fin, a inspiré nombre de créations en littérature, cinéma, sculpture… C’est le point de départ d’Infinity Doughnut, la nouvelle création délicieusement délirante, tout en drôlerie et finesse, de Katie Ward. La chorégraphe y met en mouvement de manière limpide des phénomènes physiques. Lui prêtent main-forte quatre danseurs infiniment magnétiques et une partie du public.

     

    Les spectateurs d’Infinity Doughnut ont le choix : ils peuvent regarder le spectacle d’en haut ou directement sur scène. Ceux qui optent pour l’immersion se donnent la main, descendent les escaliers et tournent en spirale sur le plateau. Tiraillés entre l’avant et l’arrière, ils ressentent physiquement l’idée d’interconnexion dont parle Katie Ward, assise en tailleur sur scène. Les participants feront d’autres expériences peu communes sur une scène, que je vous laisse découvrir.

     

    Résonances et flatuosités

     

    À l’école, on a tous étudié en physique que rien ne se perd, rien ne se crée. C’est cette notion qu’on retrouve dans Infinity Doughnut. Chaque son, parole ou mouvement d’un performeur se transmet au sein du groupe, se transformant en autre chose.

     

    Couché par terre, un danseur vibre, faisant entendre des flatulences extrêmement maîtrisées, quasiment mélodieuses. Tous les interprètes se retrouvent alors allongés dans diverses positions, faisant entendre des flatuosités variant par leurs sonorités.

     

    Emplies d’autodérision, les saynètes se succèdent. Les danseurs réalisent de manière décalée des mouvements inspirés de l’aérobic ou de la danse contemporaine. Ou alors, ils se livrent à un formidable concert de rires. Ils construisent des sculptures vivantes où le poétique le dispute au cocasse, comme une parodie des jams de contact-improvisation.

     

    Les performeurs époustouflants de virtuosité interprètent une partition très exigeante avec une grande sensibilité et l’air de ne pas y toucher. Dans Infinity Doughnut, tout coule de source.

     

    Seul regret : les spectateurs sont assis en rond autour de la scène, exception faite d’une poignée de personnes installées au milieu. Une plus grande immersion du public aurait pu permettre à celui-ci de ressentir un rapport plus palpable aux danseurs.

     

    L’écriture de la pièce convoque souvent des gestes issus du quotidien, un dada de Katie Ward. Cette partition est frappante, quand on pense que de nombreux gestes sont appelés à disparaître avec les changements technologiques. Avec des pièces comme la très aboutie et originale, jamais littérale, Infinity Doughnut, la danse peut aider à conserver la mémoire de nos gestes. Qui se souviendra du geste de lecture d’un livre ou d’un journal dans 50 ans ?

    Infinity Doughnut
    De Katie Ward. Collaborateurs-interprètes : Audrée Juteau, Patrick Lamothe, Dany Desjardins, Peter Trosztmer. Musique : Michael Feuerstack. À Tangente jusqu’au 30 novembre.












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