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    Création du troisième type

    19 novembre 2014 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Danse
    Évoquant le cinéma, <em>Obsolescence programmée</em> brosse les tribulations d’une jeune femme à travers les gestes de Miriah Brennan. 
    Photo: Claudia Chan Tak Évoquant le cinéma, Obsolescence programmée brosse les tribulations d’une jeune femme à travers les gestes de Miriah Brennan. 

    Le compositeur, photographe et vidéaste Nans Bortuzzo signe une première création dans l’air du temps, la générative Obsolescence programmée. Explorant les nouvelles écritures de l’ère électronique, l’artiste français installé à Montréal entremêle en temps réel les pans gestuels, visuels et sonores de sa pièce transdisciplinaire. Ce baptême du geste sophistiqué, qui gagnerait à être dépouillé davantage, remue par sa beauté cotonneuse.

    Une femme est couchée au bord d’une scène inclinée. Aimantée par des sphères lumineuses, elle rampe sur le dos, en direction du centre de la scène. Apparaît une ample tache rouge texturée, qui semble dégager de la chaleur. La danseuse se lève brusquement et retombe au son de battements de cœur, vibrant de concert avec le magma vermillon.

    Nans Bortuzzo a élaboré un ingénieux programme informatique qui lui permet de capter et de trafiquer les mouvements de l’interprète et les fréquences de la trame sonore, les transformant en images qu’il projette sur scène. Composé d’une caméra infrarouge et d’un projecteur fixés au plafond, le dispositif technologique est très discret. Il donne vie à de nombreux tableaux vivants, comme un Montréal lunaire aux prises avec une tempête de neige qui défile en toile de fond.

    Évoquant le cinéma, Obsolescence programmée brosse les tribulations d’une jeune femme à travers les gestes de Miriah Brennan. Grâce aux projections, sa peau semble parfois travaillée avec de la matière, gagnant en densité et en porosité. Se tordant et se convulsant, son corps devient désarticulé et difforme, offrant une perspective scénique rafraîchissante.

    Dans ce travail d’état sensible, on reconnaît la marque de fabrique de Catherine Gaudet, qui a collaboré à l’écriture gestuelle à l’instar de Virginie Brunelle. On devine l’influence de cette dernière lorsque l’esthétique chorégraphique fait place à une partition plus écrite. Si les sauts propulsés sur la scène en pente sont exaltants, ce phrasé plus proche de la grammaire contemporaine tranche avec l’atmosphère flottante de la pièce et peine à convaincre.

    Il en va de même pour la voix off d’Alexa-Jeanne Dubé. Bien que celle-ci livre un écrit ciselé de la comédienne, on ne l’écoute guère dans l’ambiance de caisson sensoriel. L’élagage de certaines couches narratives aurait bénéficié à la pièce.

    Cultivant à la fois la délicatesse de la contemplation et l’empathie corporelle, Obsolescence programmée fait spectacle, tout en donnant à vivre une expérience qui s’éprouve physiquement. Avec son choré-cinéma entre science-fiction et cinéma expérimental, Bortuzzo a compris que les sens travaillent conjointement.

    Obsolescence programmée
    Conception, son et visuels : Nans Bortuzzo. Avec : Miriah Brennan. Collaboration à la chorégraphie : Catherine Gaudet et Virginie Brunelle. Au théâtre La Chapelle, jusqu’au 21 novembre.












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