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    Les urbanités fragmentées de Kyle Abraham

    1 mars 2014 |Frédérique Doyon | Danse
    Pavement s’inspire de deux autres œuvres : le film Boyz N the Hood et le classique de la littérature américaine The Souls of Black Folk.
    Photo: Steven Schreiber Pavement s’inspire de deux autres œuvres : le film Boyz N the Hood et le classique de la littérature américaine The Souls of Black Folk.
    Pavement
    D’Abraham. In. Motion, le 4 mars à la salle Maurice-O’Bready de Sherbrooke et du 6 au 8 mars au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

    Il arrive à Montréal porté par les éloges et les honneurs. Kyle Abraham, nouvelle coqueluche de la scène new-yorkaise, pose un regard sur l’identité et l’histoire des Noirs dans Pavement.

     

    Les pièces du jeune Afro-Américain ne se présentent pourtant pas comme des pamphlets sociopolitiques. Elles s’enracinent d’abord dans l’expérience personnelle du chorégraphe et dans sa propre quête d’identité. Mais elles finissent par télescoper en filigrane la grande histoire.

     

    « Je ne veux pas être hyperpolitique, mais c’est vrai que chacune de mes pièces comporte son propre commentaire social parce que ça m’intéresse », explique en entrevue l’artiste de 36 ans, avec une franchise dépourvue d’arrogance. The Radio Show (2010) abordait l’impact de la fermeture d’une radio sur la communauté noire locale et traitait en même temps de l’aphasie dont souffrait son père. A Ramp to Paradise racontait l’histoire d’un club underground gai noir de New York.

     

    Fondée en 2006, sa compagnie Abraham. In. Motion compte une grosse poignée de pièces à son actif et accède déjà aux grandes scènes. Une ascension fulgurante qui culminait à l’automne dernier, avec une bourse de 625 000 $ de la Fondation MacArthur. Créée en 2012, Pavement lui a valu le prix du prestigieux Jacob’s Pillow Dance Festival. L’artiste en résidence du New York Live Arts a aussi remporté le prix Bessie pour la meilleure performance avec The Radio Show.

     

    La chorégraphie pour sept danseurs (incluant Abraham) s’inspire de deux autres oeuvres : le film Boyz N the Hood (1991) de John Singleton et le classique de la littérature américaine The Souls of Black Folk de W.E.B. Du Bois. Des « récits » qu’il morcelle et déconstruit en les croisant à ceux de deux quartiers de son Pittsburgh natal. Autrefois vibrants d’une scène artistique en ébullition animée par les Ella Fitzgerald et Duke Ellington, Homewood et Hill District sont déchirés par les guerres de gangs pendant sa jeunesse.

     

    « Ce sont les hauts et les bas de la culture urbaine et de l’histoire noire. Ça me permet de regarder où j’en étais en 1991 et où je suis rendu aujourd’hui. Mais il y a aussi une réflexion plus large sur l’engagement du gouvernement dans les communautés urbaines. »

     

    Influences multiples

     

    Rien de narratif ni de linéaire ici. Fragments vidéo des quartiers aux immeubles placardés dialoguent avec la danse imprégnée des multiples influences du chorégraphe et danseur : le ballet, la danse moderne, mais aussi le côté plus brut et libre des improvisations structurées du hip-hop qui nourrissent naturellement ses oeuvres.

     

    « Je ne mentionne jamais la culture hip-hop pour décrire mon travail », dit-il pour distinguer son langage de celui du Québécois Victor Quijada, qu’il connaît et auquel on est tenté de le comparer. Tous deux du même âge et nés dans ces cultures de rue, Quijada les métisse avec les langages plus contemporains pour en forger un nouveau, tandis que Kyle Abraham n’y voit que « différents outils » formant « un mélange organique ». « Toutes les techniques Limon, Graham, Cunninham se fondent dans mon travail. Je n’essaie pas de codifier quoi que ce soit. »

     

    Si une culture urbaine l’a davantage forgé, dit-il, c’est la culture rave qu’il a largement fréquentée durant ses années de high school. Reste qu’il est impossible de le cantonner à un univers, surtout musical, car il est aussi pétri de musique classique, rompu au violoncelle et au piano, avant même de goûter à la danse. « J’adore la musique », confie-t-il. La trame de Pavement (Sam Crawford) impose d’ailleurs sa propre dramaturgie émotive, passant de Bach à Jacques Brel en passant par Benjamin Britten et quelques airs d’opéra.

     

    Connexion viscérale

     

    C’est pourtant par la lorgnette des arts visuels — aussi partie de son curriculum académique — qu’il appréhende son art. « Quand je regarde la danse, je la vois plus comme de l’art visuel que comme un art de la performance, parce qu’il y a une connexion viscérale qui s’opère. Il y a quelque chose dans l’imagerie et le temps qui vient plus du règne des arts visuels ; l’usage de lumière, aussi, est un élément dynamique et une stratégie dramatique, en quelque sorte. »

     

    En 2001-2003, il a pris une pause de la danse professionnelle. « Je n’étais pas sûr de vouloir vivre le trip de compagnie », dit-il. Parti faire de la musique en Angleterre, il est rentré aux États-Unis pour faire ses études universitaires. Il a fondé Abraham. In. Motion en 2006. En 2009, Dance Magazine le classait parmi les 25 artistes à surveiller. The rest is history, comme ils disent en anglais.

    ***

    Une petite empreinte toute québécoise

    Kyle Abraham a fait ses débuts québécois en 2008, à l’invitation du Springboard Danse Montréal, rampe de lancement de jeunes danseurs. Une de ses installations y était présentée. C’est là qu’il a rencontré Alexandra Wells, cofondatrice de la plateforme québécoise (avec Susan Alexander). L’ex-danseuse américaine, pédagogue — elle a aussi enseigné à l’École supérieure de ballet contemporain — et commissaire est devenue la conseillère artistique d’Abraham. In. Motion. « Elle est tout pour moi : mon coach, ma confidente, mon soutien moral, dit le jeune directeur artistique de la troupe, Kyle Abraham. J’adore son honnêteté et son dévouement pour les artistes. Avec elle, AIM a vraiment pris son envol depuis la pièce The Radio Show. » 
     

    Pavement s’inspire de deux autres œuvres : le film Boyz N the Hood et le classique de la littérature américaine The Souls of Black Folk. Kyle Abraham a fait ses débuts québécois en 2008, à l’invitation du Springboard Danse Montréal, rampe de lancement de jeunes danseurs.
    Pavement
    D’Abraham. In. Motion, le 4 mars à la salle Maurice-O’Bready de Sherbrooke et du 6 au 8 mars au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.












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