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    Le festin pour l’oeil de Benoît Lachambre

    Prismes explore la notion de présence dans un grand délire chromatique psychédélique

    12 octobre 2013 |Frédérique Doyon | Danse
    Sur scène, dans la scénographie comme dans les costumes, Prismes exploite et distortionne les couleurs extrêmes, jouant avec les effets d’optique.
    Photo: Montréal Danse Sur scène, dans la scénographie comme dans les costumes, Prismes exploite et distortionne les couleurs extrêmes, jouant avec les effets d’optique.
    Jeux d’optique et d’éclairages

    Rose, vert lime, mauve, orange. Prismes joue, à travers les couleurs, avec le mécanisme physique de la perception. « On a beaucoup exploré les rapports à la couleur et les phénomènes d’optique, comme le halo qui se crée après avoir été exposé à une lumière forte, explique l’éclairagiste Lucie Bazzo. On a essayé toutes sortes de combinaisons pour trouver ce qui créait le plus d’aura autour des corps. »

    La travailleuse de l’ombre, qui œuvre en théâtre et en danse depuis plus de 20 ans (elle commençait en lion avec la Trilogie des dragons et les Plaques tectoniques de Robert Lepage), s’en donne ici à cœur joie dans une conception lumineuse intense qui sort du cadre habituel. Prismes mise aussi sur les couleurs complémentaires que l’œil « génère » naturellement. Exposé au bleu, il voit ensuite l’orangé.

    Au début du spectacle, les danseurs expliquent d’ailleurs le phénomène au public pour lui donner quelques clés de lecture afin de maximiser son expérience… Car « le phénomène se crée seulement si le regard fixe un point, pour laisser le temps aux couleurs d’imprégner la rétine. »

    L’inclassable Benoît Lachambre signe Prismes pour la compagnie Montréal Danse. Une pièce aux couleurs extrêmes et aux états de corps aux antipodes les uns des autres. Et, surtout, une expérience marquante pour les interprètes de Montréal Danse qui s’y frottent. Entretien.

     

    De Délire défait à Snakeskins, ses pièces ont déjà révélé son talent à fouiller les états de corps, parfois avec moins de succès que d’autres, toujours avec l’audace du chercheur qui n’a pas froid aux yeux. Mais avant de frapper l’imaginaire du spectateur, Benoît Lachambre bouleverse les corps des danseurs auxquels il transmet ses techniques de relâchement (releasing) et d’ultra-conscience corporelle.

     

    « C’est un phénomène, confie Rachel Harris, qui en a vu d’autres puisqu’elle danse pour Montréal Danse depuis 1998. Il est tellement dans le présent. J’ai vraiment l’impression d’être devant un maître. »

     

    « Pour lui, le corps ne finit pas avec la peau, il vibre bien au-delà, ajoute pour sa part Elinor Fueter, membre de la troupe depuis 2010. Il nous fait découvrir le corps d’une autre manière, en nous apprenant comment y entrer plus profondément. » Un ésotérisme si ancré dans les cellules des muscles et des organes qu’il en devient sérieusement déconcertant…

     

    Benoît Lachambre a beaucoup travaillé en Europe, qui l’a depuis longtemps sacré créateur de l’avant-garde chorégraphique. Vrai qu’il remet en question depuis longtemps la notion de représentation, comme en témoignent ses happenings Not to Know (Festival international de nouvelle danse 2001) et 100 rencontres (Festival de théâtre des Amériques 2005). La grande Louise Lecavalier a fait appel à ses talents et à son flair somatique pour I Is Memory et partagé la scène avec lui dans Is You Me. Il a aussi joué les mentors pour Clara Furey dans le moins réussi Chutes incandescentes.

     

    Depuis quelques années, il multiplie les stages et les ateliers à Montréal Danse, l’une des rares troupes de danseurs sans chorégraphe fixe. Montréal Danse travaille en amont avec les artistes avant d’engager ses danseurs dans un processus créatif. La troupe l’a notamment fait avec Estelle Clareton, Jean-Sébastien Lourdais et George Stamos.

     

    Festin visuel

     

    Du spectre de la lumière à celui des états humains, Prismes aborde la notion de présence par le biais de la perception.

     

    « Ça nous montre à quel point on est programmé à regarder et comment on peut regarder autrement », décrit Elinor Fueter.

     

    Sur scène, dans la scénographie comme dans les costumes, on exploite et distortionne les couleurs extrêmes, jouant avec les effets d’optique qui leur sont liés (voir l’encadré). Une manière de mettre en lumière les corps, leur présence.

     

    « C’est un festin pour l’oeil », résume Rachel. Le propos chorégraphique va du follement frivole et kitsch au plus profondément enraciné en soi, autant de facettes du prisme humain, physique et social, que Lachambre assume pleinement.

     

    « Ça va d’un extrême à l’autre, dit Rachel Harris. On est dans le très plastique et le visuel, et tout à coup, on plonge dans les entrailles profondes du corps, dans l’énergie pure.On passe du mannequin [s’ébrouant] dans sa robe de couleur à l’exploration du mouvement du diaphragme, du très intérieur au drôle. »

     

    Le défi consiste à ne pas basculer dans la parodie, à incarner et habiter le mouvement avec autant d’intégrité, qu’il soit exubérant, léger ou plus intérieur et profond. En résulte un univers à la fois cliché, déjanté et spirituel, « entre le terre à terre et l’au-delà », résume Harris. Et une « joie », une « euphorie » qu’on aborde plutôt rarement en danse contemporaine, signale-t-elle. La description rappelle le brin de folie qui traversait Lugares Communes, sauf qu’ici le côté sci-fi a été remplacé par un délire chromatique psychédélique.


    Prismes
    De Benoît Lachambre et Montréal Danse, du 16 au 18 octobre à l’Agora de la danse.

     

    Prismes ::: Benoît Lachambre | Montréal Danse @ Agora de la danse
    Sur scène, dans la scénographie comme dans les costumes, Prismes exploite et distortionne les couleurs extrêmes, jouant avec les effets d’optique. Du spectre de la lumière à celui des états humains, Prismes joue sur nos perceptions.












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