Comme de vieilles âmes
When We Were Old
Chorégraphie et interprétation : Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe.
À l’Agora de la danse (en coprésentation avec Tangente) jusqu’au 26 avril.
When We Were Old réunit le Québécois Emmanuel Jouthe et l’Italienne Chiara Frigo autour du thème du cycle de vie, du nécessaire anéantissement d’une part de soi pour se transformer. «Come, I bring you somewhere», lance Frigo d’entrée de jeu. Ce quelque part, c’est d’abord l’autre à qui il faut s’abandonner un peu pour créer quelque chose de nouveau à deux.
Dans la gestuelle de bras qui s’ébranle, chacun bloque le mouvement de l’autre, brise son élan. Petite tension, légère méfiance. Même l’étreinte se fait douloureuse. Puis au fil de la pièce, ce même segment chorégraphique reviendra, avec plus de souplesse, moins d’entraves, porté par la musique de Laurent Maslé.
S’accumulent les accessoires, souvent en référence à la nature: billots de bois, plantes. Au micro, c’est Jouthe qui cette fois invite Frigo à le suivre… sous le tapis de danse à même le sol ! Idée à la fois saugrenue et géniale, comme les enfants qui réinventent des mondes avec des bouts de carton. Frigo en ressortira d’ailleurs habillée autrement, transformée.
On met un peu de temps à saisir le fil, mais déjà une humeur et une pointe d’humour nous tiennent en haleine. Et tout s’emboîte lors d’un dialogue autour d’une légende de baobab, qui revit une fois déraciné. À l’instar des tapis sous lesquels ils se glissent, et qui absorbent des objets pour en révéler d’autres, la nature accumule les strates pour faire jaillir d’autres vies, le nouveau remplace l’ancien - qui deviendra vieux à son tour. Et leur danse nerveuse est souvent exécutée à rebours, décomposée… pour mieux revivre.
Frigo (quelle présence !) et Jouthe (c’est un bonheur de le revoir sur scène après une si longue absence) forment un tandem parfois drôlement assorti. Mais une même énergie, un instinct et surtout une démarche d’une grande cohérence artistique les unit. Ils se sont rencontrés en Italie au gré d’un projet d’échange international, puis ont amorcé une recherche commune, qui aura duré deux ans, malgré leurs différences et leur ego de chorégraphes. Comme de vieilles âmes retrouvées.







