Danse - Un autre monde qui n’advient pas
Chorégraphie : Margie Gillis, avec Holly Bright et les interprètes Marc Daigle et Paola Styron. Interprétation : Margie Gillis, Marc Daigle, Paola Styron. Musique : Larsen Lupin. Scénographie : Randal Newman. À la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu’au 30 mars.
C’est la critique qu’on aurait préféré ne pas écrire. Non parce qu’elle est assassine, mais plutôt parce qu’elle traduit la triste indifférence ressentie devant la dernière création de l’icône québécoise de la danse moderne, Margie Gillis.
Ces dernières années, j’ai été tantôt saisie par sa présence irradiante de soliste, tantôt pressée de la voir partager la scène. Peut-il en être autrement avec cette artiste qui a mené une carrière de plus de 35 ans ? Dans The Light Between, où elle danse avec des proches collègues, comme dans les précédents Filatures et M. Body. 7, on ne sent malheureusement pas cette traversée métaphysique des miroirs à laquelle elle nous conviait.
Les solos, duos et trios créés et interprétés par Margie Gillis avec Marc Daigle et Paola Styron se terminent avant même d’avoir eu le temps de s’épanouir et peinent à s’arrimer entre eux. Est-ce que les petits esprits de la nuit, du voyage initiatique, qu’ils tentent d’incarner manquent de souffle ? Ou peut-être est-ce la manière Gillis qui souffre de partager cet espace sacré qu’elle a défriché : la psyché humaine, dans ses petits soubresaults entre joie, rage et douleur ?
Si bien qu’on ne croit plus autant à la naïveté des danses fébriles de la soliste, ici répercutées par Daigle qui, malgré ses airs d’alter ego masculin de la divra, n’a ni son lyrisme ni l’aplomb de Styron. L’imposant travail chorégraphique des bras - qui cherchent, questionnent, implorent, tempêtent - devient malheureusement littéral et redondant dans le foisonnement de membres peints sur les tissus qui composent la scénographie de l’artiste visuel Randy Newman. Ces mêmes bras que manient encore plus tard les danseurs, telles des antennes un peu convenues pointées vers un autre monde qui n’advient pas vraiment sur scène.
Si on sent la complicité de Gillis et Daigle, on tarde à comprendre ce que vient faire Styron, un peu marginalisée et pourtant bouleversante dans son minimalisme gestuel. Je lui dois d’ailleurs des excuses pour l’avoir confondue, dans mon texte de samedi dernier, avec une autre collaboratrice de Gillis, la septuagénaire Eleonore Duckworth. Paola Styron qui a dansé pendant plus de 20 ans pour la chorégraphe américaine Martha Clarke, aurait mérité une plus grande place dans ce qui ressemble par moments à un duo déguisé en trio. Son solo, en fin de parcours, où elle erre sur scène avec une traîne bardée de bras nous fait mieux comprendre le sens de l’oeuvre et aurait servi une superbe finale.







