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Quatuor à corps et à cordes

La chorégraphe Isabelle Van Grimde propose un fascinant projet croisant danse et musique

9 mars 2013 | Frédérique Doyon | Danse
Les Gestes, fait appel à des instruments de musique numériques inventés spécifiquement pour la danse. Ils se « greffent » au corps, donnant la possibilité aux danseurs de déclencher le son en plus d’agir sur son traitement en direct.
Photo : Michael Slobodian Les Gestes, fait appel à des instruments de musique numériques inventés spécifiquement pour la danse. Ils se « greffent » au corps, donnant la possibilité aux danseurs de déclencher le son en plus d’agir sur son traitement en direct.

Les gestes

À l’Agora de la danse du 13 au 16 mars et le 21 mars au théâtre Centennial de l’Université Bishop, à Lennoxville.

La chorégraphe Isabelle Van Grimde explore les liens entre les deux disciplines depuis longtemps. Mais avec Les gestes, cette quête atteint l’ultime fusion : le corps des deux danseuses devient instrument et les deux musiciens (violoniste et violoncelliste) mènent en partie la danse. Pour un réel quatuor danse-musique.


C’est l’aboutissement d’un long et fascinant processus de recherche croisée entre danse et musique. Des instruments de musique numériques inventés spécifiquement pour la danse par le Centre de recherche interdisciplinaire en musique, médias et technologie (CIRMMT) se « greffent » au corps, donnant la possibilité aux danseurs non plus seulement de déclencher le son, mais d’agir aussi sur son traitement en direct.


« Ils sont jouables par les danseurs sur leur corps et par les musiciens sur le corps des danseurs. C’est à mi-chemin entre l’instrument de musique et de danse. On n’a jamais fait quelque chose comme ça avant », affirme le compositeur Sean Ferguson, qui a invité au départ Isabelle Van Grimde à travailler avec le CIRMMT de l’Université McGill. Duo pour un violoncelle et un danseur est d’abord né de cette collaboration en 2008, première étape dans la fusion du son et du mouvement réalisée grâce au T-Stick, outil déjà existant.


Cette fois-ci, par leur design et leur mapping (programmation des liens entre son et mouvement), les instruments sont conçus pour le corps ; ils en deviennent des extensions, plus sensibles au mouvement organique de la danse.


« Tout à coup, on a un pouvoir sur la musique, s’émerveille la danseuse Sophie Breton. Avec ces instruments, on a le pouvoir de choisir si on veut rendre le son plus long, plus court. » L’équipe a retenu trois instruments parmi la panoplie de prototypes développés sous des formes diverses pour créer l’oeuvre : une colonne vertébrale, une paire de côtes et des visières.


« Ça peut sembler littéral, mais il y a quelque chose de transposé, de transcendé dans le design des instruments et dans le son qu’ils émettent, qui n’est pas littéral du tout », indique Isabelle Van Grimde.

 

Contraintes = libertés


Pour arriver à un tel résultat, une vingtaine d’intervenants différents ont participé à la conception et à la mise au point des outils, développés au laboratoire IDMIL de McGill. Pour un travail colossal qui aura duré trois ans. « Chaque son produit est le résultat d’une recherche », résume le compositeur, également doyen de l’École de musique Schulich de McGill ayant le CIRMMT sous sa gouverne, visiblement ravi de voir la technologie se mettre au service de l’art avec tant de virtuosité.


Un tel dédale d’interventions techniques n’impose-t-il pas des contraintes trop lourdes à la danse et à la musique ? La création, qu’elle soit artistique ou technologique, a besoin de contraintes, répond M. Ferguson, qui rappelle que la première étape de création des instruments visait à jouer avec les formes et les matériaux pour définir leurs caractéristiques sensorielles afin d’en dériver intuitivement les fonctionnalités. Et le choix des instruments pour la création de la pièce s’est fait en fonction de leurs résonances artistiques autant qu’en fonction de leur potentiel technologique, précise la chorégraphe.


« On a développé du mouvement grâce à ces contraintes, dit pour sa part Sophie. Au début, il a fallu s’habituer aux instruments. C’est comme notre corps fois deux ; on a un nouveau volume. Mais une nouvelle sensation vient avec ça. Ça devient comme une deuxième peau. » Jusqu’à ressentir le membre manquant quand elle retirait ses corsets musicaux.


« La complexité de la technologie est telle - entre chaque geste et l’aboutissement du son, il y a une longue chaîne de huit éléments - qu’elle devient un peu vivante », dit la chorégraphe. « L’instrument ne réagit pas de la même manière selon la façon dont on le manipule, ça devient quasiment un autre danseur », enchaîne l’interprète.

 

Les perceptions du corps


Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le résultat donne à voir et à entendre quelque chose de très humain, de très vivant, selon la chorégraphe. « Ce n’est pas du tout cérébral au niveau du son. J’ai eu envie d’avoir des évocations du corps primal et du corps dans toutes ses possibilités de transformations actuelles. »


Il faut dire qu’en amont et au travers de ce processus de création, Isabelle Van Grimde a mené une longue et riche recherche sur les perceptions du corps, sondant médecins, philosophes et artistes à ce sujet, au gré de ses tournées.


Sa danse s’inscrit en étroite relation avec la musique depuis Erosio en 2002.


« On cherche à créer une partition dans laquelle la musique et la danse se répondent et se complètent, dit-elle. L’une ne pourrait exister sans l’autre. Ce ne sont pas des rapports calqués, illustratifs, narratifs. »


Les gestes est certainement sa pièce la plus fidèle à cette philosophie. Jusqu’ici. Car la chorégraphe aimerait beaucoup que d’autres chorégraphes poursuivent le défrichage sophistiqué de ces instruments dansants avec le CIRMMT.


 

 
 
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