Danse - Identités instables
Enchanted Room et T†Bernadette
Des chorégraphes Kristel van Issum et Guilherme Miotto de la compagnie T.R.A.S.H.
Par : Joss Carter, Oona Doherty (danseurs).
À la Cinquième salle de la Place des Arts jusqu’au 9 mars.
Les deux pièces, Enchanted Room et T†Bernadette, portent sur le mal-être contemporain, l’individu en déroute, à travers le prisme d’un homme et d’une femme. Percutant, surtout si on partage ce pessimisme.
Les deux chorégraphies sont faites du même rock. Entre implosion et explosion, la danse y ressemble à de la boxe, lutte pour la survie mêlant énergie brute et corps sous tension dans une chorégraphie élaborée. On pense à Ultima Vez, en plus radical. Au duo Forgeries, Love and Other Matters de Benoît Lachambre et Meg Stuart, en plus violent et désespéré.
Les danseurs évoluent dans une lumière crue, un décor simple mais signifiant, et changent souvent de costumes et de perruques, comme autant d’identités instables. Ils se jettent par terre, se percutent au lieu de se rencontrer, passent du tremblement épileptique à de brefs moments d’unisson.
Drogués ? Fous ? Non, seulement deux humains entre ravissement passager et rage prévalente, dont la perte de repères totale se traduit en énergie débridée. Comme si le corps portait soudain toutes les contradictions du monde et de leur esprit.
Tout est agression, mais envers soi plus qu’envers l’autre. Le texte crié, décousu, n’est pas fait pour être tout compris, suffit d’en capter l’énergie et le ton désenchanté. « I care about you » s’enchaîne à « Happy fu… birthday ».
Ce jeu manque de nuances, mais la musique live sauve la mise : chants d’inspiration polyphonique dans la première pièce et violoncelle aux sonorités classiques amplifiées dans la seconde. La collision entre les deux esthétiques est efficace et fait jaillir la vulnérabilité latente des personnages.
Peut-être à cause de son ambivalence plus riche en textures, j’ai préféré Enchanted Room, courte pièce tirée de l’intégrale Desordely Conduct (Humanoid Trilogy Episode 1). Son côté bipolaire laisse pointer des notes d’espoir, sa folie y est plus fantaisiste.
Plus radicale et rêche, la vie de couple dépeinte dans T†Bernadette s’ouvre toutefois sur un puissant solo féminin, entre prostration et libération. Mais pour le reste, attachez votre coeur avec de la broche.








