Le retour de l'enfant prodige
Crystal Pite présente Uncollected Work à l'Agora de la danse
Le milieu de la danse canadienne semble ragaillardir depuis quelques années. Le F!ND en témoigne peut-être mieux que jamais cette année avec la venue de Kidd Pivot, la compagnie de Crystal Pite. Rentrée au pays il y a deux ans, après avoir passé cinq ans au sein de la compagnie de William Forsythe à Francfort, cette dernière est déjà considérée comme l'enfant prodige de la danse canadienne. Il y a un an, elle faisait un tabac au Festival Danse Canada avec sa pièce Field: Fiction, qui forme l'un des deux volets de la pièce présentée cette semaine au F!ND. À Montréal, on l'a connue avec Short Works: 23, une pièce pleine de verve et d'énergie conçue pour les 30 ans des Ballets Jazz de Montréal en 2001.
Coqueluche du milieu dès 1995, elle chorégraphiait pour l'Alberta Ballet, et recevait le Cliffort E. Lee Award, fraîchement sortie des rangs du Ballet of British Columbia. Cette double identité de danseuse et chorégraphe, devenue insoutenable avec la pression du succès, est d'ailleurs en partie la cause de son départ à l'étranger. «Je me suis dis qu'en allant à Francfort, je mettrais ma carrière chorégraphique en veilleuse pour me concentrer sur mon travail d'interprète, tout en étant exposée au travail de Forsythe et à toutes sortes d'autres artistes européens», explique-t-elle.
Paradoxalement, cette expérience a stimulé son désir de créer, consolidant et enrichissant ses qualités de chorégraphe. Le goût du risque de William Forsythe l'a particulièrement influencée. «Ce qui me fascinait, c'est qu'il pouvait faire des changements majeurs dans son travail à la dernière minute, confie-t-elle. J'ai été inspirée par sa capacité à laisser aller ses idées, à lâcher prise, toujours confiant qu'une autre idée viendrait.» Bien qu'elle ne partage pas entièrement cette philosophie, Crystal Pite sent qu'elle a surtout appris «comment gérer ce risque» avec le grand maître de Francfort.
Forte de cette réconciliation entre ses deux aspirations — danser et chorégraphier —, la jeune femme rentre à Vancouver fonder sa compagnie, dont le nom, Kidd Pivot, en résume bien l'esprit artistique. «Un pivot est un petit mouvement précis qui exige beaucoup d'habileté et qui change la direction de la personne qui l'exécute tout en donnant un autre point de vue au public qui regarde; j'aime bien cette idée, souligne-t-elle. Je voulais aussi un mot qui ferait contraste, donc plus téméraire et irrévérencieux. Kidd, c'est pour ce qui va au-delà des lois, les pirates, les superhéros.»
On retrouve ce mélange d'agilité physique, d'intelligence du propos et de délire imaginatif dans Uncollected Work. La pièce est composée de deux volets, Farther Out et Field: Fiction «qui posent chacun un regard différent sur le processus de création à travers la perspective d'un auteur [Annie Dillard] et qui posent des questions sur la nature de la création», décrit-elle. Entourées d'accessoires de toutes sortes, la chorégraphe et l'interprète Cori Caufield y incarnent des personnages qui ne servent qu'à soutenir le propos de l'oeuvre. «C'est un peu théâtral puisqu'il y a du texte, il y a des personnages, mais [ceux-ci] sont des archétypes de la fiction: le soldat, la princesse, l'extraterrestre, l'astronaute.»
Il peut sembler étonnant d'explorer un enjeu si fondamental à l'orée d'une carrière. À moins qu'il n'annonce une seconde naissance et tienne alors lieu de baptême artistique. «J'ai senti que c'était vraiment un temps propice pour traiter de ce sujet au moment où je débutais avec ma compagnie, pour une première tournée. Je vais probablement continuer à aborder ce sujet pendant des années. Je crois que tous les artistes le font en quelque sorte, peu importe l'art.»
Le jeu des filiations artistiques étant l'un des traits importants du 11e F!ND, on retrouve aussi Crystal Pite (l'interprète) dans le spectacle Chorégraphes du Ballett Frankfurt, aux côtés de Richard Siegal et Allison Brown.
- Uncollected Work, de Crystal Pite (Kidd Pivot), les 1er et 2 octobre à l'Agora de la danse.
Coqueluche du milieu dès 1995, elle chorégraphiait pour l'Alberta Ballet, et recevait le Cliffort E. Lee Award, fraîchement sortie des rangs du Ballet of British Columbia. Cette double identité de danseuse et chorégraphe, devenue insoutenable avec la pression du succès, est d'ailleurs en partie la cause de son départ à l'étranger. «Je me suis dis qu'en allant à Francfort, je mettrais ma carrière chorégraphique en veilleuse pour me concentrer sur mon travail d'interprète, tout en étant exposée au travail de Forsythe et à toutes sortes d'autres artistes européens», explique-t-elle.
Paradoxalement, cette expérience a stimulé son désir de créer, consolidant et enrichissant ses qualités de chorégraphe. Le goût du risque de William Forsythe l'a particulièrement influencée. «Ce qui me fascinait, c'est qu'il pouvait faire des changements majeurs dans son travail à la dernière minute, confie-t-elle. J'ai été inspirée par sa capacité à laisser aller ses idées, à lâcher prise, toujours confiant qu'une autre idée viendrait.» Bien qu'elle ne partage pas entièrement cette philosophie, Crystal Pite sent qu'elle a surtout appris «comment gérer ce risque» avec le grand maître de Francfort.
Forte de cette réconciliation entre ses deux aspirations — danser et chorégraphier —, la jeune femme rentre à Vancouver fonder sa compagnie, dont le nom, Kidd Pivot, en résume bien l'esprit artistique. «Un pivot est un petit mouvement précis qui exige beaucoup d'habileté et qui change la direction de la personne qui l'exécute tout en donnant un autre point de vue au public qui regarde; j'aime bien cette idée, souligne-t-elle. Je voulais aussi un mot qui ferait contraste, donc plus téméraire et irrévérencieux. Kidd, c'est pour ce qui va au-delà des lois, les pirates, les superhéros.»
On retrouve ce mélange d'agilité physique, d'intelligence du propos et de délire imaginatif dans Uncollected Work. La pièce est composée de deux volets, Farther Out et Field: Fiction «qui posent chacun un regard différent sur le processus de création à travers la perspective d'un auteur [Annie Dillard] et qui posent des questions sur la nature de la création», décrit-elle. Entourées d'accessoires de toutes sortes, la chorégraphe et l'interprète Cori Caufield y incarnent des personnages qui ne servent qu'à soutenir le propos de l'oeuvre. «C'est un peu théâtral puisqu'il y a du texte, il y a des personnages, mais [ceux-ci] sont des archétypes de la fiction: le soldat, la princesse, l'extraterrestre, l'astronaute.»
Il peut sembler étonnant d'explorer un enjeu si fondamental à l'orée d'une carrière. À moins qu'il n'annonce une seconde naissance et tienne alors lieu de baptême artistique. «J'ai senti que c'était vraiment un temps propice pour traiter de ce sujet au moment où je débutais avec ma compagnie, pour une première tournée. Je vais probablement continuer à aborder ce sujet pendant des années. Je crois que tous les artistes le font en quelque sorte, peu importe l'art.»
Le jeu des filiations artistiques étant l'un des traits importants du 11e F!ND, on retrouve aussi Crystal Pite (l'interprète) dans le spectacle Chorégraphes du Ballett Frankfurt, aux côtés de Richard Siegal et Allison Brown.
- Uncollected Work, de Crystal Pite (Kidd Pivot), les 1er et 2 octobre à l'Agora de la danse.
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