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Accuser le choc du désenchantement contemporain avec T.R.A.S.H.

2 mars 2013 | Frédérique Doyon | Danse
Débridée parfois jusqu’à l’absurde, la danse dialogue avec des musiques d’inspiration classique livrées en direct sur scène. Ci-dessus, Oona Doherty.
Photo : Paule VanWeert Débridée parfois jusqu’à l’absurde, la danse dialogue avec des musiques d’inspiration classique livrées en direct sur scène. Ci-dessus, Oona Doherty.

Enchanted Room et T + Bernadette

De la compagnie T.R.A.S.H., du 5 au 9 mars à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

Visionnez des extraits des pièces

Avec un nom pareil, pas le choix de s’assumer. La compagnie de danse T.R.A.S.H., issue de la scène rock underground néerlandaise, vient secouer les planches de Montréal avec deux courtes pièces conçues autour des relations entre un homme et une femme.


Un frère et une soeur cherchent la terre promise, quête qui vire au cauchemar dans Enchanted Room ; un couple se bute à l’incommunicabilité de ses désirs dans T + Bernadette. Ce parcours de l’innocence au désenchantement, emblématique de T.R.A.S.H., et heureusement perméable à l’humour, vient d’une vision du monde pleine de chaos et d’incertitude.


« On vit dans une période sombre où l’identité n’existe plus vraiment ; nous sommes des individus très fragmentés, explique la directrice artistique et chorégraphe Kristel van Issum, sur un ton plus réaliste que désespéré. Dans un sens, le monde devient plus transparent, on peut communiquer avec toutes les régions du monde, mais il devient aussi plus complexe ; on assiste à des événements de loin et on ne peut rien faire. Il y a beaucoup d’anxiété liée au changement. Et un vide, avec lequel on doit vivre. » D’où les frénétiques changements de costumes et de perruques…


On n’avait pas vu d’artiste de ce coin de pays depuis la venue d’Emio Greco en 2005. Sur les extraits vidéo, le travail de la troupe T.R.A.S.H. se rapproche d’un théâtre très physique. Mais loin du texte cohérent, les mots sonnent davantage comme des notes musicales ou des textures émotives à explorer.


La danse sous haute tension forme d’ailleurs un tout indissociable avec la musique et la scénographie, les trois composantes fondatrices de la compagnie formée en 2001 par Van Issum et le chorégraphe Guilherme Miotto, le compositeur Arthur van der Kuip et le scénographe Paul van Weert. « On travaille avec différentes disciplines, le corps est une partie du spectacle, où résonnent différents champs d’action, d’idées et d’émotions », indique Kristel van Issum, qui insiste toutefois sur les qualités kinétiques particulières du corps, excavées et sculptées au fil des improvisations.


« Je travaille beaucoup avec la personnalité des danseurs ; ils amènent leur bagage, leur univers, et on voit où on se rencontre, explique celle qui a étudié en sciences et en dramaturgie, avant de se tourner vers les corps dansants. J’essaie de libérer leur imagination pour ne pas se limiter à des anecdotes biographiques. Après, je sculpte le matériel, je cherche le sous-texte pour lier tous les éléments. »

 

Polyphonies


Débridée parfois jusqu’à l’absurde, la danse dialogue avec des musiques d’inspiration classique livrées en direct sur scène. « De ce contraste et cette opposition naît beaucoup énergie, rapporte au Devoir le compositeur Arthur van der Kuip, qui a signé une partition pour violoncelle dans T + Bernadette. Mettre une musique plus chaotique ou agressive sur le style de Kristel n’aurait pas du tout le même impact. » Trop, c’est comme pas assez…


Dans Enchanted Room, le compositeur s’est tourné vers les chants polyphoniques interprétés sur scène par un baryton et une soprano. « Il y a vraiment eu une riche culture de la polyphonie aux Pays-Bas, poursuit le compositeur. Ce tournant entre le Moyen Âge et la période baroque est très intéressant », raconte celui qui écoute beaucoup de musiques venues de pays de l’est de l’Europe, assis entre l’Occident et l’Orient, comme la Bulgarie, par exemple. « Dans l’Ouest, on utilise surtout des rythmes en 3/4 ou en 4/4, plus constants, alors que les rythmes irréguliers de l’Est sont fascinants, surtout en danse, on sent une pulsation plus qu’un rythme, ça flotte davantage. »


Ce qui fait que danse et musique sont particulièrement imbriquées dans Enchanted Room, cochorégraphié en 2010 avec Miotto, alors qu’ils dialoguent davantage dans T + Bernadette. Autre comparatif, selon Kristel van Issum : le premier duo est plus figuratif tandis que le second tend vers l’expressionnisme abstrait. Pour une peinture vivante et mouvante de chair et de tourments contemporains.

 
 
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