Russie - Guerre des mots au Bolchoï après l’attaque au vitriol
« Je me sens coupable de ne pas avoir tenté d’arrêter Nikolaï quand c’était encore possible », a déclaré le directeur du théâtre, Anatoli Iksanov, évoquant le danseur Nikolaï Tsiskaridzé, dans une entrevue publiée sur le site Internet du magazine Snob.
Dans cet entretien, M. Iksanov déclare n’avoir « aucun doute » sur l’implication de Nikolaï Tsiskaridzé dans la publication en 2011 sur l’Internet de photographies compromettantes, à caractère sexuel, qui avait entraîné la démission du directeur du ballet du Bolchoï Guennadi Ianine.
« À l’époque, Tsiskaridzé luttait ouvertement pour le poste du directeur artistique », auquel prétendait Guennadi Ianine, et qui a été finalement attribué à Sergueï Filine en mars 2011, a dit M. Iksanov.
Selon lui, « la signature est exactement la même » dans les problèmes rencontrés par Sergueï Filine ces dernières semaines, comme le piratage de son compte Facebook, avant l’agression à l’acide dont il a été victime le 17 janvier.
« Je n’ai qu’un sentiment : tout ce qui s’est passé est le résultat logique de l’atmosphère délétère qui a été créée en premier lieu par Nikolaï Tsiskaridzé », a conclu M. Iksanov. « Traîner dans la boue les collaborateurs du théâtre, se livrer à des intrigues en étant sûr de son impunité : voilà ce qui a rendu possible la tragédie », a-t-il ajouté.
Tsiskaridzé, 39 ans, qui danse depuis plus de 20 ans au Bolchoï et dont le conflit est notoire avec la direction, a répondu dans le même média. « Sur la base de quoi le directeur général a-t-il fait une déclaration sur mon implication dans ce crime ? […] Pourquoi fallait-il prononcer mon nom à l’occasion de cet incident terrible ? En me visant, il jette une ombre sur le théâtre », a lancé le danseur.
Le danseur, dont la rivalité avec Sergueï Filine était connue, avait été interrogé en tant que témoin dans le cadre de l’enquête sur l’attaque à l’acide du 17 janvier dernier contre le directeur artistique du Bolchoï. Aspergé d’acide par un inconnu et grièvement brûlé au visage et aux yeux, Sergueï Filine a été transféré au début de la semaine en Allemagne pour poursuivre des soins.
Dès le début, il a lié l’attaque à son activité professionnelle, la piste privilégiée aussi par les enquêteurs. Dans une interview à la télévision russe dimanche, il a dit être « absolument certain » de savoir qui était derrière l’agression.
Aucun suspect n’a cependant été officiellement désigné.
Rivalités féroces, luttes pour les rôles et les promotions, campagnes compromettantes : l’attaque au vitriol a attiré l’attention sur les coulisses du premier théâtre russe.








