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    Danse - Beaucoup de bruit pour rien

    25 janvier 2013 |Frédérique Doyon | Danse
    Avec Bleu-Vert-Rouge, la chorégraphe Marie Béland se penche sur l’omniprésence de l’image et du discours médiatisés qui finissent par confondre niveaux de discours et de réalité.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Avec Bleu-Vert-Rouge, la chorégraphe Marie Béland se penche sur l’omniprésence de l’image et du discours médiatisés qui finissent par confondre niveaux de discours et de réalité.

    Bleu-Vert-Rouge

    De : Marie Béland. Avec la collaboration des interprètes : Mylène St-Sauveur, Simon Xavier-Lefebvre et Ashlea Watkins. À l’Agora de la danse jusqu’au 26 janvier.

    Décidément, l’enflure de la communication a la cote chez les chorégraphes en ce début de saison. Alors qu’HomoBLABLAtus de La Otra Orilla fustige l’hypertrophie orale de l’humain contemporain à la Place des Arts, Marie Béland se penche sur l’omniprésence de l’image et du discours médiatisés qui finissent par confondre niveaux de discours et de réalité.


    Plus près du théâtre physique que de la chorégraphie, Bleu-Vert-Rouge (clin d’oeil aux couleurs de base perçues par l’oeil) est complètement loufoque, absurde, comique, et se dérobe à toute compréhension. En apparence frivole et très chaotique, elle suit pourtant un fil cohérent, habile. À force de diviser, fragmenter et répéter en boucle le même propos, elle rappelle l’effet induit par la multiplication des sources d’images et d’informations dans notre quotidien : beaucoup de bruit et d’effets pour en dire peu.


    Les trois interprètes - aussi convaincants que convaincus, bravo ! - rejouent à peu près la même scène selon trois approches différentes. Son contenu - un flirt, une conversation entre amis plutôt banale - importe moins que son traitement. The medium is the message.


    Bleu présente la scène via un écran qui sépare et cache les interprètes des spectateurs, et projette l’image ou la silhouette de ce qui se déroule derrière. Les différentes prises de vue des caméras font jaillir doubles discours, allusions, illusions.


    Vert troque l’image pour le son amplifié des micros et reprend la scène sous la forme d’un théâtre d’objets farfelu qui la met en abyme. Surtout comique et distrayant, ce tableau ajoute peu.


    Rouge semble livrer la version intégrale de la scène. Sauf qu’ici, tous les éléments et répliques sont permutés jusqu’à créer un décalage entre les paroles et les actes, brouillant les langues et même les identités de ceux qui émettent et reçoivent le discours. La scène ressemble à un immense zapping qui confond les actions « réelles » sur scène, leur image recadrée sur écran et le fil continu d’images déversées par une ou deux télés - comme celle qu’on laisse allumée en arrière-plan de la vie, qui juxtapose un souper familial, les atrocités de la guerre, un talk-show, une pub de poupées ou une partie de football.


    Quelques motifs assaisonnent le tout : les corps manipulés, les actions court-circuitées et la figure d’Elvis… L’omnipotence du procédé fait à la fois la force et la faiblesse de la pièce : il pointe un travers de notre société hypermédiatisée, mais le propos finit par s’y épuiser. Beaucoup de bruit (et d’effets) pour en dire peu…













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