Danse - Trop-plein

C’est avec un réel bonheur qu’on retrouve la jeune compagnie québécoise La Otra Orilla, qui réinvente le flamenco avec une audace assumée. Mais HomoBLABLAtus, sa nouvelle création, souffre d’une surdose de moyens utilisés pour y arriver…

La pièce aborde la surcommunication de l’humain contemporain, à l’ère de l’enflure médiatique. La danseuse Myriam Allard et le chanteur Hedi « El Moro » Graja critiquent cette manie avec humour, en en rajoutant. Une vidéo vient donner un mode d’emploi sur le blabla. Un tableau met carrément en scène une parodie de talkshow psychopop sur l’art du small talk et les secrets pour entretenir une conversation vide… Le tout entrelardé de bulerias et autres seguiriyas inspirées et de chants troublants.


Seulement voilà, tout va dans trop de directions différentes, dispersant (et épuisant) le propos esthétique. Le tableau le mieux réussi fait dialoguer la danse d’Allard à celle virtuelle (transmise par vidéo) de l’Espagnol Antonio Arrebola, avec une conversation téléphonique qui vire en chicane. Mais était-il nécessaire de nous la refaire trois fois sur des humeurs et des rythmes différents jusqu’à laisser la danse mener le discours de ses jeux de pieds ?


Un autre thème se superpose au premier : que choisit-on de faire - de dire - aujourd’hui de cette accumulation d’informations, et par extension, quel flamenco exprimer à partir de tous les apprentissages reçus ?


Les neuf tableaux alternent donc (parfois brutalement) surcharge verbeuse/sonore et ambivalence en forme d’exploration. Et c’est cette dernière qui reste la plus riche. Comme dans ce tableau exquis où Allard se débarrasse d’un de ses souliers dans un ras-le-bol et s’adonne à une danse superbement bancale. Ou la folle ronde siamoise dans laquelle Allard et sa partenaire, Aurélie Brunelle, sont réunies par la même jupe à cerceaux. À saluer aussi : la batterie (Miguel Medina) qui remplace le traditionnel cajon.


Bref, HomoBLABLAtus pèche par excès de mise en scène d’un propos déjà hypertrophié. Beaucoup de superbes moments, mais trop, c’est trop, c’est trop…