Danse - Les trois degrés du flamenco
La maestria des femmes domine la saison hivernale
HomoBLABLAtus, une création de la danseuse Myriam Allard et du chanteur Hedi «el Moro» Graja de La Otra Orilla
Ils réinventent le flamenco avec audace et aplomb, una planta dans la tradition, l’autre dans l’innovation. La danseuse Myriam Allard et le chanteur Hedi « el Moro » Graja de La Otra Orilla lancent la saison cette semaine avec leur création HomoBLABLAtus.
Au même moment, la plus classique Noche Flamenca propose Medianoche. Et la grande María Pagés vient présenter son Autorretrato à plus grand déploiement en avril. Regard triangulaire sur ce triplé flamenco qui fouette la saison plutôt tranquille.
HomoBLABLAtus, dernier stade de l’espèce humaine dépendante de la parole tel qu’imaginé par le tandem, stimule une œuvre par moments loufoque sur le poids des mots et des gestes, à l’heure du gazouillage planétaire.
« On est dans la surcommunication, dit Hedi Graja de sa voix posée et profonde. Ça ne veut plus rien dire. L’information la plus bidon est au même niveau que le drame le plus choquant. » Le duo va et vient entre ce trop-plein et son pendant, honni par notre époque : le silence, le vide.
« Le flamenco a des couleurs très nettes, explique Myriam Allard, qui a déjà travaillé avec Israël Galván, qui fait éclater les formes du flamenco. Une soleá n’est pas du tout une alegria. Je joue sur ces contrastes très forts qui se prêtent bien au propos. »
La Otra Orilla va encore plus loin dans l’éclatement des formes que dans le précédent El 12. « Il y a aussi une part coquine, de jeu, de grotesque dans le flamenco qu’on voulait exploiter », dit M. Graja, aussi metteur en scène. Ils en profitent pour interroger la part de tradition qui reste en eux, en la laissant s’exprimer librement, parfois de manière spontanée et informe dans leur corps et leur voix. La danseuse Aurélie Brunelle et le musicien Miguel Medina se joignent à eux. La collaboration outre-mer d’Antonio Arrebola donnera aussi lieu à un duo virtuel.
Productions intimistes
Avec ses productions intimistes dont raffolent les Montréalais, Noche Flamenca incarne avec brio les classiques formules tablao qui fondent le flamenco. « Il y a eu un retour au format tablao qui fait qu’on pense que c’est nouveau », prévient El Moro, alors que c’est tout le contraire.
Tandis que la flamboyante María Pagás a, pendant 20 ans, répandu à l’étranger le flamenco de grand ensemble, plus spectaculaire. Ses collaborations des dernières années, notamment avec Sidi Larbi Cherkaoui, témoignent d’un flamenco en évolution, quoique loin d’une réelle prise de risques d’autres chorégraphes de la scène actuelle, note Mme Allard. Autorretrato (autoportrait) fut créé en 2008 à New York à l’instigation de Mikhaïl Baryshnikov, avec six musiciens et huit danseurs. Un spectacle ponctué de la voix du poète portugais José Samarago.
***
HomoBLABLAtus
Du 16 au 26 janvier à la Cinquième Salle de la Place des Arts et au théâtre Centennial à Sherbrooke le 5 février.
Autorretrato
De la Compania María Pagés, du 4 au 6 avril à la salle Wilfrid-Pelletier et le 2 février au Grand Théâtre de Québec.
Noche Flamenca
Les 16 et 17 janvier au Cabaret du Mile-End.








