Danse - L’année de l’interdisciplinarité
« Il y a un décloisonnement qui s’opère de manière globale. Mais pour décloisonner, il faut arrêter de tout catégoriser », lance celle qui a imaginé les soirées « mix-off » du OFFTA, jumelant des artistes venus d’horizons distincts qui créent ensemble une oeuvre. Elle a aussi contribué à fusionner deux comités du Conseil des arts : arts pluridisciplinaires et nouvelles pratiques. « Le plus important est de se demander comment l’art vivant s’inscrit dans le monde dans lequel on vit, peu importe la manière. »
En danse, on prend le pouls de l’interdisciplinarité depuis plusieurs années, mais les bons crus 2012 élus par Le Devoir sont particulièrement mixtes, empruntant ici au théâtre, à la danse ou au cirque, là aux arts visuels, médiatiques ou cinématographiques. Des choix de spectacles qui, deux fois sur trois, rejoignent ceux de Jasmine Catudal invitée à se prêter au jeu du palmarès. Et, on l’a constaté après coup, qui ont souvent tenu l’affiche à l’Usine C - avant l’implication de Mme Catudal.
Coup de coeur unanime des critiques du Devoir et de la codirectrice ? Kiss Cry, conte cinématochorégraphique du tandem belge formé de la chorégraphe Michèle-Anne De Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael. « Pour moi, c’est une intégration totalement réussie de la scène, du cinéma et du mouvement », dit-elle.
Snakeskins de Benoît Lachambre, pour sa danse-état unique, a aussi récolté un double appui. Auquel nous ajouterions le Tête à tête troublant de Stephane Gladyszewski, pour un seul spectateur, brouillant les limites corps-image/intime-extime/réel-fiction. Les autres choix de Mme Catudal : Croire au mal de Jérémie Niel, Les mêmes yeux que toi de la danseuse-chorégraphe Anne Plamondon, construit avec Marie Brassard, et Nicolas Cantin, pour l’ensemble de son oeuvre ni-théâtre-ni-cirque-ni-danse, enfant chéri de Catudal et de son OFFTA, qui l’a révélé.
Danse et théâtre ont beaucoup frayé en 2012. Un mariage fécond, alors que la première insuffle liberté à la seconde, dont les structures riches, mais parfois contraignantes, freinent le renouvellement attendu. « Il y a une grande réflexion à mener sur la représentation au théâtre. »
Mais celle qui a étudié l’histoire de l’art avant de se tourner vers la scénographie théâtrale s’en remet d’abord aux arts visuels, mère de toutes les avant-gardes artistiques, pour flairer les développements disciplinaires à venir. Avec une préoccupation avisée. « Il faut essayer de saisir ce qui émerge, mais aussi de les ancrer dans la pérennité. »
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Faits saillants de la saison danse
Dans le registre « il était temps ! » : l’annonce de six millions de dollars injectés dans le secteur de la danse sur une période de six ans, et de 2,5 millions pour créer une maison de la danse à Québec. Une bouffée d’air frais dans la foulée des États généraux de la discipline.
Pendant ce temps, le projet Wilder de la Maison de la danse, à Montréal, stagne.
Les Prix de la danse de Montréal, avec leur Grand Prix de 50 000 $ remis à la Belge Anne Teresa de Keersmaeker et 10 000 $ décernés à Marie Chouinard, à l’origine de ces récompenses, pour la meilleure chorégraphie (Le nombre d’or), ont fait jaser dans le milieu. Quoi ? Une galette envoyée outre-mer alors que la communauté d’ici crie souvent famine ? La même génération de créateurs québécois encore saluée alors que la relève bouillonne ? Puis, la poussière retombée, on a compris. Pas de retour d’ascenseur pour Chouinard, qu’un jury du Conseil des arts et des lettres du Québec a sélectionnée - sur dossiers, qu’il fallait bien déposer. Et faire briller Montréal comme capitale de la danse avec une enveloppe généreuse contribue aussi à la réciprocité avec les autres pays, qui ont si bien accueilli et salué la danse d’ici.








