Danse - Sur le rythme
Weight x 3 + 2
De TAO Dance Theater. Chorégraphie : Tao Ye. Interprétation : Wang Hao, Duan Ni, Lei Yan et Ye. Présenté par Danse Danse. À la Place des Arts jusqu’au 1er décembre.
La musique de Steve Reich a été fort utilisée chorégraphiquement. Anne Teresa De Keersmaeker s’y est frottée. Ici, Ginette Laurin s’en est servi sur Drumming. Pas de redite pourtant dans la proposition Weight x 3 de Tao Ye, sur Piano Phase et Drumming. D’abord, un duo : deux femmes, main dans la main, suremballées dans de larges kimonos qui couvrent leurs mains, suivent, par une série répétée de petits pas, exactement le rythme. Face au public d’abord, les mouvements s’évaseront, par étapes, à tous les plans géométriques, le mouvement impliquant de plus en plus le tronc, au-dessus de la batterie constante des pieds. Certains gestes semblent ressurgir de la pure et désuète danse moderne. Mais l’accumulation est si bien dosée que la danse est un petit ravissement. Suit un solo : une femme fait tournoyer au-dessus de sa tête et de son corps, sans cesse, un long bâton, en mouvements hélicoïdaux. Comme si un derviche tourneur avait transmis sa rotation à un objet plutôt qu’à sa colonne vertébrale. Ici encore, rythmique et précision implacable, dans une virtuosité qu’on associe davantage au monde du cirque. Ces deux chapitres, excellents, se reflètent : la première partie évite, par sa construction, l’hypnotisme ; la deuxième le crée volontairement, alors que les sons de Reich s’accumulent à l’oreille, jusqu’à l’outrance. L’alliance entre danse et musique est très réussie.
La pièce 2 vient après l’entracte. En silence, un homme et une femme prennent des poses, presque drôles d’étrangeté, au sol. Ils lancent leurs corps, tout en lourdeur, font débouler ainsi quelques mouvements avant la prochaine pose. Symbiose rythmique. Osmose des impulsions. Puis les corps se lancent de plus en plus, deviennent flottants, acrobatiques sans tape-à-l’oeil. De nouveau, le silence. Et reprise, dans une nouvelle perspective, de la partition, en lui jouxtant cette fois des musiques différentes. Ces cartes postales sonores font naître divers paysages imaginaires et entraînent une relecture des gestes. La pièce nous ramène à l’ouïe, à l’écoute. Mais la répétition finit par lasser.
L’ensemble dévoile un chorégraphe dont la force est la grande musicalité. L’interprétation est excellente, même si on aurait aimé des visages plus transparents dans leur concentration. Les costumes d’inspiration asiatique, qui suivent le mouvement sans définir les pourtours du corps, sont magnifiques. Les compositions sont très rigoureuses. Jusqu’à, comme dans 2, s’astreindre à l’étude, jusqu’à perdre la part des anges, la part d’âme. Mais l’écriture est assurée et Tao Ye est certainement un créateur à suivre.








