Partir du cliché au lieu d’y arriver
Le roman à l’eau de rose forme le coeur du Projet Harlequin de la danseuse Nancy Leduc
De Nancy Leduc, du 28 novembre au 8 décembre au théâtre de Quat’Sous
Qu’ont en commun les romans Harlequin, la danse contemporaine et le cinéaste Michel Lam ? Ils sont tous au coeur du Projet Harlequin, conçu par la danseuse Nancy Leduc, qui a commandé une courte chorégraphie à quatre artistes ayant pour matière principale les célèbres romans à l’eau de rose.
Michel Lam mais aussi la metteure en scène Evelyne de la Chenelière et deux autres réalisateurs, Mario Calvé et Alain DesRochers, donnent corps à un des récits qui ont enflammé l’adolescence de Nancy Leduc, interprète invitée à piloter un projet chez Danse-Cité. Une aventure à la fois ludique et teintée d’éléments autobiographiques, de sa jeunesse nourrie de romans Harlequin à son désir de monter une pièce sans vrais chorégraphes, pour exploiter sa formation en jeu et en mise en scène.
« À l’aube de l’adolescence, j’avalais tout ça [les romances] comme une éponge », se souvient celle qui a toujours beaucoup lu de tout dès l’enfance.
De cet univers et de sa vie familiale « colorée », elle a retenu ce goût avéré pour le kitch, bien senti dans ses chorégraphies passées, comme Ces enfants terribles.
Cette littérature stéréotypée, à laquelle plusieurs refusent même le vocable littéraire, elle l’assume et va même jusqu’à dire que nous sommes tous un peu des héros et des héroïnes de romans Harlequin, à un moment dans nos vies.
« Qu’on en ait lu ou pas, on finit tous par rencontrer quelqu’un qu’on aime et on doit composer avec ça : comment aimer, la rupture, l’insécurité », estime la danseuse, qui campe l’héroïne dans les quatre courtes pièces. Selon elle, on ne peut pas ne pas tenir compte du phénomène Harlequin, avec ses millions de bouquins vendus. « Il y a un besoin de la masse de s’évader dans ces livres-là… »
Passion toxique
Chaque « chorégraphe » a choisi un roman d’après son titre. Le solo d’Évelyne de la Chenelière, tiré du roman Mara la cruelle (Janet Dailey, 1982), porte sur « la découverte du désir à travers l’enfance, l’adolescence et le monde adulte », décrit Nancy Leduc.
Le duo signé par Alain DesRochers revisite La cascadeuse et le cowboy (Patti Beckman, 1989) et aborde l’attraction passionnelle.
Le trio de Mario Calvé pénètre dans Dans l’antre du fauve (Anne Mather, 1978) pour en extraire la toxicité des relations.
Quant au quintette de Michel Lam, inspiré du roman Au grand galop d’une roulotte (Margaret Rome, 1979) - titre « sans bon sens ! » à la base du Projet Harlequin -, il explore la solitude.
« Le plus inspirant et le plus difficile, c’est le vertige, raconte Michel Lam à propos de son expérience. On a beaucoup moins de ressources qu’au cinéma, mais dans cette limite de l’espace et des cinq corps, on se retrouve devant une infinité de possibilités. » Surtout avec l’apport « essentiel » des danseurs (outre Nancy Leduc : Mathilde Monnard, Annik Hamel, David Pressault, Benoît Leduc, Dany Desjardins et Guillaume Chouinard) et de la dramaturge Sophie Michaud. Quant à la matière, le cinéaste paraphrase Hitchcock : « Partir du cliché au lieu d’y arriver. » Le banal a nourri de grands films…
À écouter Nancy Leduc, les Harlequin ont peut-être servi de prétexte pour travailler avec des gens de théâtre et de cinéma, avec leurs codes souvent mieux compris du grand public que ceux de la danse.
Cette incursion dans d’autres langages artistiques, aussi riche que « confrontante » et « déstabilisante » pour la danseuse, lui a permis de renouveler ses voeux envers son métier et son milieu : « Là, j’ai envie d’être avec des spécialistes de la chorégraphie, qu’en deux mots, tout le monde se comprenne et que ça roule en studio… »
Comme quoi une petite rupture vient parfois fouetter à nouveau le désir…
***
PH teaser from Marie Helene Panisset on Vimeo.








