L’attrait des danses de l’Est
Le TAO Dance Theater propose une danse très formelle, loin du naturalisme qui colle aux arts venus du pays rouge
Du TAO Dance Theater, du 22 au 24 novembre au Centre national des arts et du 27 novembre au 1er décembre à la Cinquième salle de la Place des Arts.
La culture asiatique fascine. Mangas, jeux vidéo, arts martiaux. Et la danse ne fait pas exception. Pourquoi ?
En 2004, le diffuseur Danse Danse, en partenariat avec les Grands Ballets canadiens, remplissait entièrement la grande salle Wilfrid-Pelletier en conviant les Taïwanais du Cloud Gate Dance Theatre. Avec sa fusion de taï-chi et de danse moderne d’une grande beauté visuelle. En 2006, les Japonais Sankai Juku répétaient l’exploit des billets tous écoulés et revenaient en 2010 combler cette fois 92 % des sièges du théâtre Maisonneuve. Et rebelote, de saison en saison.
« La danse venue d’Asie a toujours remporté un grand succès », reconnaît Clothilde Cardinal, codirectrice de Danse Danse, qui propose sa 15e saison de danse contemporaine nationale et internationale pour grands et moins grands plateaux. Même son de cloche chez Francine Bernier, directrice artistique de l’Agora de la danse, qui a accueilli Min Tanaka en 2002 et Yoshito Ohno en 2011, fils du grand maître butô Kazuo Ohno, toujours devant un public généreux.
« Il y a une telle rigueur dans le travail de ces artistes, je crois que ça nous fascine », explique-t-elle.
« Le public est attiré par l’état méditatif distillé dans ces oeuvres, tente aussi d’élucider Mme Cardinal. On vit à un rythme tellement effréné, l’Asie semble l’endroit où on sait prendre une pause. »
Plus largement, cet engouement traduit l’attrait de l’antipode culturel et géographique, appelé à jouer un rôle déterminant dans le monde de demain. La puissance de ces contrées géopolitiques se fait aussi ressentir sur le plan culturel.
« Il se publie beaucoup d’articles sur la Chine qui se réveille, note Mme Cardinal. Il y a une frange d’artistes émergents qui cherche à percer. Et les gens ont hâte de voir ce que ces artistes ont à dire hors du discours officiel. »
Et l’attrait de l’Orient remonte plus loin. Les ballets du XIXe siècle étaient truffés de références à l’exotisme des danses de l’Est.
TAO Dance, pures formes
Le plus récent exemple de cette curiosité ? La visite du TAO Dance Theater cette semaine à Ottawa et la suivante à Montréal à guichets fermés.
La jeune compagnie formée en 2008 privilégie une approche radicalement contemporaine, ancrée dans la pure recherche du mouvement. Son fondateur, Tao Ye, chorégraphe et danseur, la décrit lui-même, dans un échange de courriels avec Le Devoir, comme « un retour à la nature inhérente et aux qualités intrinsèques du corps ».
Il dit ne pas croire à l’inspiration et « attache seulement de l’importance au processus d’accumulation. L’art guide le soi ».
C’est d’ailleurs ainsi qu’il crée ses pièces, cherchant longuement « un idiome de mouvement du corps » qui, à force d’accumulation, devient un langage. Chaque oeuvre développe donc un style à part entière, explique-t-il. Créé en 2001, 2 évolue surtout au sol. Weight x 3, qui remonte à 2009, s’articule à la structure et à l’esthétique de la musique de Steve Reich.
« Son mouvement est unique, mais assez austère », décrit Mme Cardinal, s’étonnant que les billets des cinq représentations se soient envolés depuis juin - quoiqu’il s’agisse ici d’une petite salle de 300 places.
Formé à l’École de danse de Chongqing en Chine, Tao Ye danse avec l’Ensemble de danse et de chant de l’Armée populaire de libération de Chine, puis avec la compagnie Jin Xing de 2003 à 2006. Il signe sa première création en 2004 et se joint à la Beijing Modern Dance Company en 2006, qui diffuse ses oeuvres à travers le monde avant de fonder sa propre troupe.
Une ascension foudroyante dont seuls les privilégiés avec des billets déjà en poche pourront témoigner. La rareté, aussi, nourrit l’envie…
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Des titres en forme de chiffres
Le chorégraphe Tao Ye croit qu’un simple mot ou un titre sont incapables de résumer une oeuvre sans faire obstacle à l’imagination des spectateurs. Les titres ont tendance à imposer des idées préconçues et à restreindre la liberté́ créatrice. En revanche, en désignant une oeuvre par un symbole (par exemple un chiffre), on peut transcender la dualité de l’abstrait et du concret. Quand une oeuvre d’art donne libre cours à l’imagination, elle inspire de multiples interprétations chez différentes personnes, permettant ainsi de donner à cette oeuvre une vie plus riche et de la développer à plusieurs niveaux.
Tiré du dossier de presse du Centre national des arts








