Danse - Préparation aux adieux
Il y eut de toutes ères de vieux danseurs : phénomènes ou exceptions aux corps d’exception. Ici, l’histoire de la danse est si fraîche que nous sommes la première génération à voir, sur les scènes, une cohorte de danseurs matures et vieillissants, conséquences de la longévité générale et de l’évolution de l’entraînement. Paul-André Fortier se dit lui-même l’aîné dansant. Et il aborde dans Vertiges la mortalité forcément à venir.
Un lé horizontal de bois blond coupe l’arrière-scène. Des ampoules nues sont semées au sol. Quatre rétroprojecteurs, d’où naîtront des ombres chinoises sur le muret suspendu, annoncent littéralement le retour vers le futur, la fin et les bilans. Le violoniste Malcolm Goldstein et le chorégraphe-interprète Paul-André Fortier habitent cet espace de leur 60X60 ans, l’un à la musique mais physiquement présent, l’autre à la gestuelle, dans une complicité riche, chacun tout ouïe à l’autre, vibrants de présence.
La chorégraphie est d’architecture simple et géométrique, signature de Fortier. Le geste a d’abord cette rigueur presque raide et cérémonieuse, marque du danseur. Mais les bras se déplombent, une théâtralité ressurgit, des auto-références naissent, d’abord dans une méditation sensible - très belle danse continue des mains, assise -, ensuite en crescendo avec une folie et un rapport au public de plus en plus frontal. Les deux artistes exposent une créativité telle qu’ils peuvent parler de la mort, en direct : leur vivacité remet le propos en perspective, les pose plus près de la Cabane que de la résidence pour aînés. La musique est parfaite de justesse, dans ses glissements, continuités et voix qui déraille.
Entre des tableaux qui s’appuient souvent sur la répétition et la douceur sensible, les transitions gagneraient à être tissées plus intimement aux scènes qu’elles lient. La précision des états se dilue à quelques endroits, si on veut chipoter, dans l’excitation. Vertiges dévoile un lyrisme fin et touchant. Et rappelle que voir des danseurs aînés sur scène n’est pas une chance anthropologique, mais un privilège artistique. Un beau Fortier.








