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Danse - Entre récit fantastique et fresque psychologique

12 octobre 2012 | Frédérique Doyon | Danse
Une scène de The Tempest Replica, de la chorégraphe Crystal Pite.
Photo : Jorg Baumann Une scène de The Tempest Replica, de la chorégraphe Crystal Pite.

The Tempest Replica

Par Crystal Pite et sa compagnie Kidd Pivot. À l’Agora de la danse jusqu’au 13 octobre.

Avec The Tempest Replica, la chorégraphe Crystal Pite décompose La tempête de Shakespeare en un récit fantastique doublé d’une fable psychologique contemporaine. Une relecture qui laisse parfois perplexe mais déborde d’imagination et de sensibilité.



La pièce se divise en deux parties. La première déballe littéralement le squelette du récit shakespearien dans une suite de tableaux à la limite de la pantomime avec des personnages intégralement vêtus de blanc, y compris le visage couvert. Acte I, scène I : Prospero commandant une tempête à l’esprit Ariel pour causer le naufrage et se venger de son frère, du roi et de son prince qui l’ont dépourvu de son duché milanais. Prospero racontant à sa fille Miranda leur exil sur l’île, domptant le monstre - puis trahi par lui. Et ainsi de suite, le prince et Miranda réunis, les naufragés trompés par un faux banquet…


Jusqu’au doute fatidique de Prospero. Là, tout bascule dans une autre dimension. La danse prend le relais sur le récit, donne chair et consistance psychologique aux personnages - maintenant démomifiés, aux visages humains. La logique du texte intemporel cède alors le pas au kaléidoscope des émotions et des dynamiques relationnelles contemporaines : entre Prospero et son frère, entre Prospero et Ariel, entre Prospero et le monstre.


Comme dans Dark Matters, Pite confronte ici deux dimensions qui traversent toute son oeuvre : la narration et la danse. D’un côté, un récit plus linéaire, qu’elle rehausse de références populaires et fantastiques - le côté bédéesque, robot, superhéros des personnages en blanc, le théâtre d’ombres magnifiquement utilisé comme récit dans le récit - et de l’autre, une poésie de l’intime où la danse fait exploser tous les langages du corps - surtout dans le solo d’Ariel et le duo des deux frères. Le travail des interprètes est d’ailleurs impeccable.


La première partie s’étire toutefois en longueur et s’épuise en littéralité surlignée par les effets sonores (riches, mais appuyés) et les titres annonçant le contenu des scènes. La clarté de Pite verse ici dans la surenchère. Était-ce l’intention, pour mieux faire contraste avec l’insoutenable légèreté de la danse qui suit ? On l’aurait compris avec moins d’insistance.


Mais le glissement d’un univers à l’autre est franchement génial. Le combat de Prospero avec lui-même le propulse sur les chemins de l’intériorité et d’une autre vérité. Il troque le pouvoir, la domination, la vengeance - par sa magie - pour le monde fragile de l’émotion libérée. Et la finale ouverte revient avec force et humour au doute nourricier de Prospero.


À ce titre surtout, celle qui se frotte pour la première fois à un texte existant rend bellement hommage à la pièce de Shakespeare, à quelques jours d’une autre Tempête à laquelle elle a collaboré : celle de Robert Lepage, présentée à New York.

 
 
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