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Danse - Bonheur de la cohérence

24 septembre 2012 | Catherine Lalonde | Danse
La 15e Biennale de la danse de Lyon se poursuit, donnant des migraines à l’amateur obligé de choisir entre Jiri Kylián et Prejlocaj, entre les explorations d’avant-garde et les grands noms. Regards sur les spectacles de Maguy Marin et de Defoort & Goerger, deux propositions aux antipodes, toutes deux offrant des bonheurs de cohérence.

C’est une machine de mémoire que Maguy Marin construit dans Nocturnes, pièce pensée avec le compositeur et complice Denis Mariotte. Dans le noir, seuls sont éclairés deux tourne-disques à l’avant-scène, pendant qu’une boucle sonore lourde gronde aux tympans. La lumière monte : six monolithes, lourds et gris, longent les côtés de scène et laissent filtrer, des coulisses, des couloirs de lumières. Côté jardin, un homme affalé sur une chaise, bouche ouverte. Mort ? Tabassé ? Noir : retour aux tourne-disques. Lumière : nouveau tableau humain, nature vivante de quelques secondes. Dans une grande rigueur de composition, Marin conserve ce système toute l’heure du spectacle. Sa force est le mariage sonore et musical ainsi que la puissance d’évocation : elle impose en un clin d’œil des personnages complexes, sans laisser ceux-ci dans le cliché. La tension monte, comme le bruit des bottes en coulisse. Des pierres et des gravats s’écroulent sur scène, la catastrophe est imminente. D’abord sortant du passé et parlant espagnol, les personnages passent au français, à l’allemand, à l’arabe, deviennent contemporains, évoquent la crise économique de la Grèce, le printemps arabe, la guerre civile espagnole dans une mondialisation de la douleur. L’histoire tourne en boucle et se répète, nous dit Marin. L’observation récurrente de portraits noir et blanc par un danseur illustre la structure même de cette pièce à tableaux dans une efficace mise en abyme. La machinerie est impeccable, activée par six interprètes entiers qui semblent partout à la fois. Mais l’émotion ne s’en dégage pas, et l’oppression qui pourrait assaillir le spectateur devant ces tristes rouages ne pèse qu’en lourdeur.
 
On a vu le travail d’Antoine Defoort et Halory Goerger au dernier Festival TransAmériques dans &&&&& & &&&. L’iconoclaste duo créateur est de retour avec le délirant et joyeusement antithéâtral Germinal. Danse ? Nah. Théâtre ? Bof. Perf ? Plutôt. Ils sont quatre, sur scène, à inventer un univers. À tenter de construire « une suite d’événements avec une cohérence temporelle », sans autres balises. Le spectateur assiste ainsi à l’invention de la didascalie (par transmission de pensée, siouplaît), de la voix, du fond de scène, du deus ex machina, des catégorisations par listes (objets qui font pocpoc et objets qui ne font pas pocpoc) par des interprètes au jeu hyperréaliste, jusqu’à en devenir clowns. Au passage, une comédie musicale postmoderne et de la jouissive destruction de plateau (à coups de pioche, siouplaît, et… de sapins). Ça ne ressemble à rien, c’est adolescent dans ce mélange d’intelligence brillante, de candeur, de tous les possibles et d’un je-m’en-foutisme absolu. Les nerds de l’art contemporain et de la métaphysique artistique comme les tronches de l’absurde s’en tapaient les cuisses, jeudi soir, pendant que d’autres, outrés peut-être par l’irrévérence face aux codes et aux attentes, sortaient de salle. Décapant. Et délicieux.

Catherine Lalonde est à Lyon à l’invitation de la Biennale de la danse.
 
 
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