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Vivre pour ne pas mourir d’ennui

21 septembre 2012 | Frédérique Doyon | Danse

Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde

De: Manuel Roque. Par: Manuel Roque et Lucie Vigneault. Au Studio Hydro-Québec du Monument-National jusqu’au 23 septembre.

Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde pose le postulat très sérieux de la fin du monde — ou son début — en campant deux êtres dans un décor rigolo de fête d’enfants tombée à plat. Les deux convives semblent s’ennuyer à mourir mais se donnent un mal fou à vivre.

Cette création de Manuel Roque, qui a touché au théâtre et au cirque avant de danser pour plusieurs chorégraphes, poursuit une recherche amorcée avec son solo RAW-me, présenté au OFFTA 2011. On navigue ici entre théâtre physique et performance. Et on découvre en Lucie Vigneault (ex-danseuse de Marie Chouinard), une performeuse qui a de l’aplomb. Surtout dans un délicieux numéro de lipsynch gestuel — oui, oui, sans remuer les lèvres.


Derrière les actions sans queue ni tête du duo, une dramaturgie subtile mais un peu mince s’y tisse, pointant vers la futilité sublime de l’humain et de ses quêtes. On se dégonfle en gonflant des ballons multicolores, on les «kick» frénétiquement. Courses, cris, sauts : un trop-plein d’énergie est dépensé… souvent en pure perte. Enfants? Primates ou premiers humains sans fard de civilisation? Allez savoir...


L’un essaie d’attirer l’attention de l’autre, qui converse avec elle-même jusqu’à la discorde. « J’ai quelque chose d’important à vous dire », lancera-t-elle plusieurs fois au public, sans y donner suite.


Le public sera aussi appelé à participer au joyeux chaos, qui n’a que faire d’un quatrième mur. Ici, Manuel Roque déboule sur les genoux de ses semblables, là c’est Lucie Vigneault qui interroge l’assistance sur son niveau de bonheur.


En filigrane, on entend quelques extraits d’entrevues, notamment avec l’astrophysicien Stephen Hawkin sur le peu de vie qu’il reste sur Terre. Et surtout, il y a ces moments d’attente, d’absence d’action sur fond sonore du quotidien ordinaire : un chien qui jappe, une voiture qui passe dans une rue mouillée…


Ludique et joyeusement absurde, la pièce est habilement construite et jouée. Mais elle manque encore de chair et de substance pour toucher à cet « existentialisme kinétique » vers lequel elle veut tendre, selon la chouette expression du chorégraphe trouvée dans le programme.

 
 
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