Festival TransAmériques - La sous-réalité
Mygale
De Nicolas Cantin.
Avec : Gabrielle Côté, Peter James, Julien Thibeault, Ashlea Watkin.
Au théâtre La Chapelle jusqu’au 9 juin.
N’attendez ni danse ni théâtre. Cantin se glisse entre ses interprètes, le public et leurs habitudes pour y déjouer tics et attentes. Le résultat, forcément, est déstabilisant. Hors-piste. Ils sont quatre interprètes, dans un état de vulnérabilité quasi maladif, souvent chacun dans son univers. Ils s’affublent de plumes d’Indien, couronne de carton, Ray-Ban, baguette magique cheap. Ambiance vide et étrange. Descente collective d’acide, « down du high » qui aurait duré trois jours, retour trash à la terre qui dévoile les failles de personnalités.
Car ils ne vont pas bien, tentés par la violence ou la victimisation. L’enjeu est épuré ici, comme les relations de pouvoir, à l’algèbre fondamentale « je t’attire pour te repousser mieux ». Peu, très peu de gestes et d’actions. Les situations sont souvent interrompues avant éclosion. Il y a une violence, aussi, dans ces interruptions, dans cette contre-performance, parfois efficace et parfois tenant presque de l’autosabordage. Cantin braque ses choix, à l’opposé de toute séduction. Dans son premier Grand singe, le spectateur s’appuyait sur une narrativité, abstraite mais certaine, et sur une trame son racoleuse et hyperefficace. Dans Belle manière, le couple sur scène lui donnait une prise. Mygale, maintenant, ne rassure en rien.
Cantin distille une tension homéopathique sur un temps élastique. Il dilue le malaise jusqu’au public. Une perversité émane tant de son rapport au regard du spectateur qu’entre ses personnages. Car personnages il y a, encore, et c’est une faiblesse : seul Peter James, à la première, arrivait à être vraiment dans ce travail fragile, toujours juste, hors représentation.
Il faut être fan de radicalisme artistique pour aimer Mygale et adhérer à cette esthétique de sous-réalité. On en est. Malgré son exigence, la pièce est cohérente et rigoureuse. Elle laisse surtout pressentir un dosage plus délicat encore à trouver, plus pervers, où le metteur en scène jouerait avec le public de cette formule « je te donne ce que tu veux - je te repousse », osant être à la fois plus communicatif et aussi radical. Nous obligeant, de force ou par démagogie émotive, à entrer dans sa sous-réalité.








