Danse - Histoire de peaux
Jean-Sébastien Lourdais et Georges Stamos mènent les 25 ans de Montréal Danse
Photo : Alejandro De Leon
Elinor Fueter et Frédéric Marier dans Husk
À retenir
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Vers, Trois peaux
Chorégraphies de Jean-Sébastien Lourdais présentées du 1er au 3 février à l'Agora de la danse
Husk
De Georges Stamos, du 8 au 10 février, à l'Agora de la danse
Montréal Danse célèbre ses 25 ans par deux signatures chorégraphiques singulières, celles de Jean-Sébastien Lourdais et de Georges Stamos. Une bouffée d'air frais dans le parcours de cette compagnie sans chorégraphe fixe, un peu sortie des radars depuis quelques années.
«On a ouvert un deuxième volet à la création d'oeuvres où on mise plus sur l'innovation dans le ton et la matière des pièces», explique Kathy Casey, qui dirige Montréal Danse depuis le milieu des années 1990. Fondée en 1986 par Paul-André Fortier et Daniel Jackson pour soutenir le dynamisme de la scène chorégraphique montréalaise, en explosion à l'époque, la troupe renoue plus franchement avec cette mission d'origine.
Refabriquer le corps
En fait, Montréal Danse travaille à se renouveler depuis quatre ans. Notamment en créant un pôle de recherche (Research Events) qui a permis à la troupe de six danseurs permanents de développer une relation artistique avec de nouveaux chorégraphes, hors des impératifs de la création. Selon Mme Casey, Martin Bélanger a été le premier à incarner ce renouveau en 2006, qui s'est aussi traduit par un rapprochement avec l'esprit de la performance. Sa pièce s'adressait à un public adolescent.
Et depuis? Beaucoup de tournées hors Québec, notamment avec des pièces de Sarah Chase et d'Estelle Clareton, qui incarnent le pendant plus formel, qu'incarnait surtout la compagnie jusqu'ici. D'où un relatif silence radio, vu d'ici.
L'invitation lancée à Jean-Sébastien Lourdais et à Georges Stamos poursuit et accentue le renouveau. Le premier lance le bal cette semaine avec un programme double, son solo Vers et un quatuor, Trois peaux. Deux «propositions très différentes qui donnent un bon aperçu de son travail», indique Mme Casey.
Vers est né du désir de «refabriquer le corps», explique le chorégraphe au téléphone depuis le Toronto Dance Theater où il prépare une autre pièce. Habituellement soumise à des tensions physiques extrêmes, qui exacerbent les dysfonctions du corps — tant individuelles que sociales —, la danse de Lourdais tend ici «vers» l'intériorité.
La difficile mutation, amorcée grâce à la collaboration de la dramaturge Sophie Michaud, se poursuit dans Trois peaux. «Déprogrammer le corps ne se fait pas d'un coup», explique l'artiste. Celui qui avait baptisé sa compagnie Défaut de fabrication l'a d'ailleurs renommée Fabrication Danse. Un extrait vidéo annonce un quatuor qui incarne littéralement — dans les muscles — les pulsions des danseurs. «Je suis moins dans l'aspect théâtral qu'avant, et plus dans le travail de corps et d'état», dit-il.
Double identité
Curieusement, il est encore question de peaux dans la pièce de Georges Stamos, qui prend l'affiche la semaine suivante. Husk, c'est cette fine membrane qui enveloppe les noix. La pièce aborde la relation qu'on entretient avec son corps. Le corps comme peau, qui cache ou révèle qui on est. Inutile de dire que les danseurs (et Stamos en est un aussi), interprètes de profession, sont constamment confrontés à ce genre de question.
«Le corps est notre principal partenaire de vie. C'est aussi une extension artificielle de soi», dit-il. Stamos s'amuse avec cette double identité, avec le masculin et le féminin. Il refuse l'idée de pureté, d'adéquation corps-esprit. «C'est OK d'être artificiel, autre que "soi".»
Sans en faire l'enjeu de sa pièce, la transsexualité le fascine: «Les transsexuels sentent que leur corps n'est pas vraiment eux; ils doivent subir une chirurgie artificielle pour trouver leur nature.»
Tous deux traversés par l'esprit de la performance (peut-on vraiment l'en détacher de la danse désormais?), les quatuors de Stamos et Lourdais annoncent des esthétiques très distinctes et pourtant pleines de similarités: aspect visuel important, présence d'un compositeur sur scène à titre de quatrième performeur (Jackie Gallant chez Stamos et Ludovic Gayer chez Lourdais).
«Les deux sont intéressés par l'animalité dans le corps même si ça s'exprime différemment», ajoute Kathy Casey. Elle encourage fortement le public curieux à voir les deux pièces (un rabais sur les billets s'applique d'ailleurs dans ce cas). Pour voir aussi la polyvalence des danseurs d'une compagnie promise à un nouvel essor.
«On a ouvert un deuxième volet à la création d'oeuvres où on mise plus sur l'innovation dans le ton et la matière des pièces», explique Kathy Casey, qui dirige Montréal Danse depuis le milieu des années 1990. Fondée en 1986 par Paul-André Fortier et Daniel Jackson pour soutenir le dynamisme de la scène chorégraphique montréalaise, en explosion à l'époque, la troupe renoue plus franchement avec cette mission d'origine.
Refabriquer le corps
En fait, Montréal Danse travaille à se renouveler depuis quatre ans. Notamment en créant un pôle de recherche (Research Events) qui a permis à la troupe de six danseurs permanents de développer une relation artistique avec de nouveaux chorégraphes, hors des impératifs de la création. Selon Mme Casey, Martin Bélanger a été le premier à incarner ce renouveau en 2006, qui s'est aussi traduit par un rapprochement avec l'esprit de la performance. Sa pièce s'adressait à un public adolescent.
Et depuis? Beaucoup de tournées hors Québec, notamment avec des pièces de Sarah Chase et d'Estelle Clareton, qui incarnent le pendant plus formel, qu'incarnait surtout la compagnie jusqu'ici. D'où un relatif silence radio, vu d'ici.
L'invitation lancée à Jean-Sébastien Lourdais et à Georges Stamos poursuit et accentue le renouveau. Le premier lance le bal cette semaine avec un programme double, son solo Vers et un quatuor, Trois peaux. Deux «propositions très différentes qui donnent un bon aperçu de son travail», indique Mme Casey.
Vers est né du désir de «refabriquer le corps», explique le chorégraphe au téléphone depuis le Toronto Dance Theater où il prépare une autre pièce. Habituellement soumise à des tensions physiques extrêmes, qui exacerbent les dysfonctions du corps — tant individuelles que sociales —, la danse de Lourdais tend ici «vers» l'intériorité.
La difficile mutation, amorcée grâce à la collaboration de la dramaturge Sophie Michaud, se poursuit dans Trois peaux. «Déprogrammer le corps ne se fait pas d'un coup», explique l'artiste. Celui qui avait baptisé sa compagnie Défaut de fabrication l'a d'ailleurs renommée Fabrication Danse. Un extrait vidéo annonce un quatuor qui incarne littéralement — dans les muscles — les pulsions des danseurs. «Je suis moins dans l'aspect théâtral qu'avant, et plus dans le travail de corps et d'état», dit-il.
Double identité
Curieusement, il est encore question de peaux dans la pièce de Georges Stamos, qui prend l'affiche la semaine suivante. Husk, c'est cette fine membrane qui enveloppe les noix. La pièce aborde la relation qu'on entretient avec son corps. Le corps comme peau, qui cache ou révèle qui on est. Inutile de dire que les danseurs (et Stamos en est un aussi), interprètes de profession, sont constamment confrontés à ce genre de question.
«Le corps est notre principal partenaire de vie. C'est aussi une extension artificielle de soi», dit-il. Stamos s'amuse avec cette double identité, avec le masculin et le féminin. Il refuse l'idée de pureté, d'adéquation corps-esprit. «C'est OK d'être artificiel, autre que "soi".»
Sans en faire l'enjeu de sa pièce, la transsexualité le fascine: «Les transsexuels sentent que leur corps n'est pas vraiment eux; ils doivent subir une chirurgie artificielle pour trouver leur nature.»
Tous deux traversés par l'esprit de la performance (peut-on vraiment l'en détacher de la danse désormais?), les quatuors de Stamos et Lourdais annoncent des esthétiques très distinctes et pourtant pleines de similarités: aspect visuel important, présence d'un compositeur sur scène à titre de quatrième performeur (Jackie Gallant chez Stamos et Ludovic Gayer chez Lourdais).
«Les deux sont intéressés par l'animalité dans le corps même si ça s'exprime différemment», ajoute Kathy Casey. Elle encourage fortement le public curieux à voir les deux pièces (un rabais sur les billets s'applique d'ailleurs dans ce cas). Pour voir aussi la polyvalence des danseurs d'une compagnie promise à un nouvel essor.
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